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28juin

Et au milieu coule une piscine

Roland Bernard a raison, un hôtel n’est jamais assez inauguré. Ainsi le Grand Hôtel des Terreaux, qui fut au XIe siècle le Prieuré Notre Dame de la Platière, puis l’Hôtel des Voyageurs de Rouen et Venise, puis l’Hôtel des Postes, avant de devenir le Grand Hôtel des Terreaux au XIXe siècle et d’être racheté dans la foulée par Roland et Marie-Claude Bernard en 1992.

Cet hôtel a bien du être inauguré et dévasté plusieurs fois au cours de son histoire. Qu’à cela ne tienne, le voici inauguré derechef pour ses vingt ans, en ce jeudi 14 juin de l’an de grâce 2012. Il a reçu des célébrités comme Brigitte Fontaine, Arno, Mickael Youn. On peut dire que maintenant il est à toute épreuve. « Et des politiques comme Jacques Delors, Daniel Cohn-Bendit, Eva Joly », précise Roland Bernard, qui ne dit pas si DSK fit aussi partie de ses clients. Si c’est le cas on l’a oublié, en tous cas il n’a laissé aucune trace, du moins sur le livre d’or.

Pour Collomb, la réussite de ce 4 étoiles est encore une incarnation du modèle lyonnais qui se manifeste aussi bien dans les géraniums aux fenêtres que dans la piscine intérieure toute en pierres de taille. Il salue d’un vaste geste la présence de Turcas, Mauduy, Fontanel, Grillot et Trouxe. « Messieurs les présidents, dit-il, nous essayons de porter partout la beauté ». On serait tenté de répondre qu’on n’est pas sorti de l’auberge, mais si justement, la réception se tient dans la rue, en face de l’hôtel. Il salue « Monsieur le député », dont la tête est mise à prix lors du prochain tour des législatives. Il ne salue pas la maire du 1er avec qui les relations sont passées de « détestables » à « exécrables », depuis dimanche dernier.

Haguenauer arrive en retard. Elle porte une robe fleurie comme un bouquet, impossible de la manquer. Elle remonte la foule en brasse coulée et refait surface aux côtés de Collomb. « Il nous faut beaucoup d’entrepreneurs comme Marie-Claude et Roland », conclut le maire. Et la fête commence.

Les hôtes ont prévu un orchestre manouche avec guitaristes aux ongles carrés, qui jouent Comme d’habitude en flamenco, et Petit Papa Noël en version Casa del Sol. Il n’en faut pas plus pour qu’un mosquito de deux ans se mette à frétiller. Bien sûr il ne connaît rien au flamenco mais il a dû voir du hip hop à la TV, il essaye de danser sur la tête, de se déboîter les bras et les jambes, et de sautiller comme une grenouille frappée par le soleil. Encouragé par l’assistance qui se garde bien d’en faire autant.

Il y a là de belles dames, des bourgeoises lyonnaises, de celles qui bronzent même quand il pleut. Des minets à mèches, dressées sur la tête, aplaties sur le front, ou disparues sans laisser d’adresse. Des minettes à raie divergente, à touffe exubérante, à chignon glissant. Et de beaux messieurs serrés dans leur costume impeccable. C’est mondain et détendu. Tout le monde s’embrasse et se sourit. On dirait qu’ils s’aiment.

Roland et Marie-Claude butinent d’un groupe à l’autre comme des abeilles dans un champ de fleurs. Que personne ne manque de rien. On est attiré par un palmier dont le tronc est fait d’ananas, et sur lequel ont échoué quelques dizaines de crevettes empalées sur des pique-olives. Il fait doux. Ca sent la menthe près du stand de mojitos. L’aneth près de l’étal du saumon cru. Et si ça sent le roussi dans les urnes, on ne le saura pas avant dimanche soir. Tout va bien.

Timéo Danaos

05oct.

Un Ministre presque parfait

On l’a appris par sa participation à l’émission Un dîner presque parfait, le ministre de la Culture l’est également de la gastronomie. Ben : pas de la mode masculine ! Frédéric Mitterrand à Lyon, c’est vintage 50’s, un costume qu’il a du emprunter à Vincent Auriol, une chemise de chef de bureau à la SNCF. Il était très attendu à l’inauguration de la Biennale d’art contemporain, ce mercredi à la Sucrière. Et très photographié. On l’aurait surpris rajustant le nœud de cravate d’un officiel pour la photo, avec un doigté qui dénote une longue expérience.

Frédéric Mitterrand est cool. A son aise dans un aréopage composé de cultureux, reconnaissables à leurs lunettes aux formes compliquées, leurs écharpes chamarrées même en plein soleil, et chez certains hommes, ces curieuses coiffures en oreilles de cocker.

Ca y est, la tribune aux palabres s’éclaire. Gérard Collomb s’avance vers le lutrin en plexiglas. Sans notes. Et peu importe, le roi  du hors sujet dit toujours à peu près la même chose. Il commence par les projets de la Confluence et finit par la réhabilitation de l’usine Tase. Si le ministre s’en bat l’œil, il se débrouille pour que ça ne se voit pas. Il cligne les paupières.

Jean-Jack Queyranne lui succède. Il dépose devant lui un petit bristol, c’est qu’il ne sera pas long. « Une biennale belle et terrible est née ! », clame-t-il en paraphrasant le titre. On le sent prêt à se jeter dans la tragédie grecque, et puis non, il fait un détour par la grotte Chauvet, il y croise le cinéaste Werner Herzog qui vient d’y tourner un film 3D. Ah ! l’art est bien le seul qui se dresse face au chaos, le seul qui vienne « fourailler aux entrailles des choses ». Fin de bristol. Magnifique.

Et le voilà, le Frédo, avec son costume de conservateur de la Culture. Il est accompagné d’une liasse de huit feuillets. On n’y échappera pas. Il salue chacun par son titre : « Monsieur le maire » aussitôt suivi d’une adresse plus familière, « Cher Gérard Collomb ». Il semble sincèrement heureux d’être là, comme soulagé d’échapper un instant au microcosme. Bah, plus que huit mois ! Il part en free style sur la biennale, puis sur l’accueil lyonnais, avant de revenir au discours tracé par les fonctionnaires de la Culture, où il ne manque pas un bouton de guêtre. Un petit mot de Thierry Raspail  pour finir ? Oups, on est placé trop près, on voit des choses qu’on ne devrait pas (quand même, il aurait pu faire ses racines).

Voici le moment de remettre le Prix de l’artiste francophone avec la Maison de la Francophonie. Mais là, au lieu de tendre la cuillère à Erick Roux de Bézieux, Frédéric Mitterrand repasse le plat à Gérard Collomb. Bon, le maire ne renonce jamais à parler même s’il n’a rien à dire. Il se met à lire ce qu’il a trouvé devant lui : la liste des membres du jury. Sinon il y avait aussi l’étiquette de sa cravate : soie naturelle, ne pas laver, dégraissage only. Et donc le gagnant est... Dominique Petitgand. Il est là. Il monte sur scène. Il ne comprend pas très bien ce qu’il y fait : « j’aimerais bien connaître les raisons de ce choix ». Panique à bord, personne ne sait. Sauf : Erick Roux de Bézieux, vous voyez bien qu’il fallait lui donner la parole. Le président de la Maison de la Francophonie explique : le travail avec les mots, une langue ouverte qui fait dialoguer en permanence le français avec l’anglais. En l’écoutant ébahi, l’artiste arrive à se convaincre que oui, c’est bien lui qui a fait tout ça. Il accepte le prix. Qu’il en soit remercié.

On va pouvoir se jeter sur le buffet. Faudra faire vite. En dehors d’une excellente bière Duvel, on ne trouvera guère à croquer que des tranches de pains aux noix, avec deux grains de raisin.

Haguenauer et Gelas sont habituées à mieux. Elles vont noyer leur désespoir un peu plus loin emportant au passage un exemplaire du Progrès. Si c’était pour les pages saumon, il fallait prendre Le Figaro.

Timéo Danaos



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