Jeudi soir, c’était le grand raout de la droite lyonnaise. Michel Havard avait réuni tous ses amis, même ceux qui ne l’étaient pas, ou qui l’étaient peu, et ceux qui ne demandaient qu’à le devenir si d’aventure il se faisait élire maire de Lyon à la place du maire d’Aujourduy. Six cents personnes réfugiées sur l’Embarcadère, et pourtant il n’a pas pris l’eau, et pourtant il pleuvait dru. La droite de maintenant : Philippe Cochet, Nora Berra. La droite d’hier : Henry Chabert, Jean-Michel Dubernard (venu prêter main-forte). Et même la droite hors d’âge, à l’abordage ! La droite du centre : Fabienne Lévy. Et la droite de passage : tiens Victor Bosch !
Toute la droite ? Non, car un petit coin de Broliquie résiste encore et toujours à l’appel du large, du moins : du large rassemblement. « Qu’est-ce qui nous rassemble ? », se demande d’ailleurs Dominique Perben au micro. Il est venu passer le flambeau. Pas celui de la victoire, le malheureux, il le cherche encore ! Ce qui nous rassemble, « c’est la ville et son passé fabuleux. Elle a inventé les prud’hommes, découvert la Chine ». Pas le même jour, bien sûr ! Mais le maire d’Aujourduy est un cran en-dessous de ce qu’il faudrait.
Heureusement s’avance Michel Havard. Il monte sur scène. Il remercie Dominique Perben, sous des applaudissements mous, voire un rien rancuniers. « Je serai candidat à la mairie de Lyon », annonce-t-il. La foule se déchaîne : Habemus papam ! Jouez haut-bois, résonnez musettes ! Calmos... Michel Havard temporise : « il ne faut pas démarrer en fanfare car la route est longue ». Et on ne va pas la parcourir avec un hélicon autour du nombril, ça non. « Lyon recule », dénonce-t-il. Et que font les socialistes pendant ce temps ? Ah vraiment « ils feraient mieux de balayer devant leur porte et de se regarder dans la glace ». Encore faut-il avoir pensé à installer une glace devant sa porte, mais peu importe.
Demain le nouveau chef présentera un nouveau projet : la ville à vivre. Le voilà qui dévoile le logo de l’association qui le conduira jusqu’à son destin : Association Ensemble Pour Lyon. Ben c’est quoi ? On voit une sorte de rond avec des tas de petits bonshommes éparpillés dedans, des bleus foncés, UMP pur jus, des bleus clairs, radicaux hésitants et des jaunes canari, peut-être des Modem décolorés.
« Pouvons-nous gagner ? ». Quatre personnes répondent : oui. Les autres ne savaient pas qu’il fallait prendre la parole. « Oui nous le pouvons ! », clame Havard, à condition que chacun apporte sa pierre à l’édifice. Sa pierre ou plutôt son petit caillou blanc. Car on vient de découvrir un plateau de balance contenant tout un tas de galets. Chacun est invité à venir en prendre un, et au fur et à mesure que le plateau se vide, normalement il devrait se passer quelque chose... mais il ne se passe rien. Alors un officiant caché derrière une colonne tire sur une corde et miracle ! Le plateau remonte pendant qu’un autre descend, un autre qui contient une maquette de l’Hôtel-de-Ville, enfin à portée de main, nous y voilà, alléluia ! Rien ne vaut les bonnes vieilles grosses ficelles.
Buffet. Car jusqu’à présent seuls les applaudissements ont été nourris. Une droite toute requinquée s’approche de tables couvertes de charcuteries, de pain, de vin rouge et de blanc, la campagne des municipales démarre et pour démarrer une campagne rien ne vaut un buffet campagnard. Michel Havard n’en finit pas d’être congratulé. Et il y a de quoi. Pendant que les ogres s’emparent du buffet, lui s’installe dans le rôle du Petit Poucet. N’empêche, il est le premier candidat qui, pour lancer sa campagne, propose à ses troupes d’aller prendre un gadin !
Timéo Danaos
