La fête de la rose, ça se mérite. Certes, les baffes aussi, mais c’est au contraire dans une atmosphère apaisée que s’ouvrait le grand raout socialiste rhodanien ce samedi au Fort de Saint-Priest. On était venu par le tram T2, jusqu’au terminus, ce qui en soi est déjà une promenade. Ensuite, il suffisait de suivre les affichettes fléchantes, du moins : celles qui n’avaient pas été arrachées ou retournées par le vent pour indiquer le contraire de la bonne direction.
Au bout d’un quart d’heure de jeu de piste on croyait être arrivé au bout, enfin une grille, enfin une entrée indiquant « Fort de Saint-Priest ». Nenni. Après la chicane, il fallait suivre d’autres flèches qui cheminaient par d’autres sentiers, ça n’en finissait plus, mais si quand même, ouf. Le fort est en vue. La conférence de presse est annoncée. On trouve Jacky Darne, premier secrétaire, assis à l’ombre, au bout d’une table où quelques dignitaires et quelques journalistes se côtoient. On pique-nique d’un poulet froid, de légumes crus et de taboulé, qu’on essaie d’apprivoiser avec des couverts en plastique tendre. Au moindre effort la fourchette pète une dent. Au moins si ça tourne au vinaigre, ils ne vont pas se blesser avec ça ! Ni avec le reste : les propos de Darne sont ronds.
Que la primaire s’annonce belle, sous la ferme tutelle de la Haute autorité idoine composée de 300 casques bleus. On attend, qui sait ?, « peut-être quatre millions d’électeurs ! », s’enthousiasme Jean-Pierre Mignard, le porte-parole du machin. Après avoir frayé avec Royal sans défrayer avec Hollande, il se réfugie dans une position suisse : neutre. Il veut veiller à l’équilibre de la balance entre les candidats, sans être pris pour un fléau. Oui, reprend Franck Heurtrey, autre dignitaire de l’ordre, ces primaires sont un moment historique, « le paysage politique en sera à jamais bouleversé ». Du moins : si la gauche gagne. Dans le cas contraire c’est surtout les socialistes qui seront bouleversés. Il suffit.
Les festivités doivent commencer sur la terrasse. La « terrasse ». Une sorte de parking goudronné, chauffé à blanc par le soleil ; on y a disposé des chaises en métal noir, il y règne déjà une ambiance de plancha sur le point de grésiller. Ici et là des stands, des panneaux d’expo en forme de grille, des tables avec des piles de tracts que le vent s’amuse à disperser. Chaque candidat aux primaires a son kiosque. Tiens, l’ambassade de Martine vient de s’effondrer, soufflée par une rafale. « Pas grave, Martine rebondit toujours », se rassure un militant. No comment.
Les chaises sont vides, tout le monde est resté à l’abri sous les arbres quand Martine David, prend le micro pour souhaiter la bienvenue à la centaine de militants hélioproof plantés comme des pâquerettes sur le gazon. « Le soleil brille, et il chauffe ! », se plaint-elle. Ben oui, mais il ne fallait pas s’habiller en noir ! Scrongneugneu, l’enjeu est de taille, car « il faut mettre fin à la duperie sarkozyste ».
Les militants comprennent, ils savent que c’est là qu’il faut applaudir. Puis Jean-Pierre Mignard se ré-enthousiasme, la primaire se passera bien car « nous saurons traiter nos électeurs mieux que nous ne nous traitons entre nous ». Rassurant. « Et si nous réussissons la primaire, la moitié de la colline présidentielle sera acquise ». Pour autant que cette colline soit mieux fléchée que le Fort de Saint-Priest, c’est jouable. Ensuite tout le monde se retrouva en ateliers où on ne sait pas bien ce qui se passa, à part qu’il y faisait plus frais. C’était la fête de la rose, à vous les studios. On n’y a pas vu beaucoup de fête et encore moins de roses. Une soirée dansante était prévue, mais on n’est pas resté. Trop de festivités d’un coup...
Timéo Danaos
