Gérard Collomb a beau parler de « décision commune » à propos du départ de Jean-Yves Latournerie, la réalité est bien différente. Il s’agit purement et simplement d’une éviction brutale qui n’est pas sans rappeler dans la manière celle de Jean-François Lanneluc voici bientôt deux ans.
Chacun sait depuis longtemps au Grand Lyon que le courant passe mal entre Collomb et Latournerie. Les deux hommes sont très différents. Trop différents peut-être. Collomb est un sanguin pressé qui croit qu’il suffit de lever la voix et tempêter pour obtenir gain de cause. A l’inverse, le préfet Latournerie est du style discret, pour ne pas dire effacé. Sa prudence toute administrative peut passer aux yeux de certains pour de la frilosité. Il n’est pas du genre à prendre des initiatives qui ne soient pas blindées sur le plan juridique.
C’est sur le dossier du Grand stade que leurs différences de comportement auront posé le plus de difficultés. Pressé par Jean-Michel Aulas, Collomb reproche à Latournerie de ne pas avancer suffisamment vite. En recrutant un préfet à ce poste stratégique, il comptait sur son expérience de l’administration pour permettre de surmonter les écueils qui s’accumulent. On murmure aussi que Latournerie était mal à l’aise de voir nombre de collaborateurs du Grand Lyon consacrer beaucoup de leur temps à s’occuper du livre que doit publier Collomb ces prochains jours.
C’est jeudi dernier que le sort du directeur général des services a été scellé. Collomb l’a convoqué le matin pour lui annoncer sa décision de se séparer de lui. Latournerie est tombé des nues. Il ne s’y attendait pas. Il ignorait que Collomb avait discrètement renoué le lien avec l’ancien titulaire du poste, Benoît Quignon. Probable que celui-ci ne s’éclatait guère dans les fonctions de directeur général du Groupe logement français qu’il occupe depuis à peine six mois. Quoi qu’il en soit, sitôt l’accord de Quignon acquis, Collomb n’a pas attendu avant de virer Latournerie.
« Et de trois », ont commenté plusieurs vice-présidents en apprenant la nouvelle par un mail très laconique. En un an, Latournerie est le troisième proche collaborateur de Collomb à quitter le navire. Il succède à Jean-François Lanneluc et à Sylvain Auvray voici tout juste quelques semaines. Et encore, ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Dans un passé récent, il y a eu d’autres départs d’importance. On pourrait citer celui de l’ancien directeur de cabinet au Grand Lyon Christophe Cizeron parti sous d’autres cieux, ou celui de Corinne Tourasse qui vient de quitter la direction des planifications et des politiques d’agglomération pour rejoindre le conseil régional en tant que directrice générale adjointe, en charge des transports.
Gérard Angel

