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13oct.

Anniversaires en rafale à la Confluence

Jeudi soir le groupe Cardinal fêtait son troisième moisiversaire de présence à la Confluence. Ou quelque chose d’autre. En tous cas il y avait une fête entre le cube Orange et la rue Le Bec. On entrait par le show room de RBC mobilier. L’occasion d’admirer un divan en peau de vache pour psychanalyses champêtres. Un cactus en plastique vert pour Lucky Luke des villes. Et toute une collection de sièges incroyables, avec des formes morphologiquement incompatibles avec ce qui est censé s’asseoir dedans.  Comme le fera remarquer le directeur plus tard : « le design n’est pas assez présent en France, surtout en province ». Heureusement, la civilisation vient d’arriver « en province ».

A l’accueil on bague les invités d’un bracelet orange, car les cerbères du cocktail ne laissent entrer que les poulets identifiés. La rue Le Bec est encore à moitié déserte. Il est 20 heures. On attend Collomb. Comme la SNCF, il a inventé la notion de « retard normal ». En dessous d’une demi-heure, personne ne s’inquiète. « Mais pas question d’ouvrir le buffet avant le discours du maire », précise une charmante hôtesse, en touillant ses moules dans un grand plat à paella. Heureusement, sur la terrasse, on a déjà commencé à ouvrir des huîtres et à déboucher du blanc. Le stand choucroute vient d’ouvrir lui aussi.

Nadine Gelas et Evelyne Haguenauer, qui pourtant n’ont rien à voir avec la choucroute, ont fait leur entrée. Jean-Paul Mauduy remonte la foule avec la dignité d’un saumon en période de frai. Roux de Bézieux papillonne de ci de là, aussi à l’aise dans cet aréopage que dans son bac à sable du Medef.

20 h 30. Collomb n’est toujours pas là. Les buffets viennent d’ouvrir, les serveurs allaient finir par se faire mordre. Des queues se sont formées devant les joues de bœuf aux carottes, les ragoûts catalans de calamars, les crêpes Josiane au nutella. On déplace la tribune, on la rapproche du peuple, on rebranche le micro et la boîte à « euh ». Collomb va parler. Il est au moins 21 heures. Il était temps. On finissait  par ne plus savoir pourquoi on était là. Donc, on est venu fêter d’un coup les un an de Le Bec à la Confluence, les dix ans du groupe Cardinal et, par anticipation, les presque dix ans de Collomb à la mairie ! C’est pour l’année prochaine, souligne finement Gégé qui n’en rate pas une. Il salue Jean-Christophe Larose qu’il appelle familièrement « Jean-Claude ». Les deux hommes sont devenus très proches.

Collomb n’est pas en retard, il a été retenu. Par une délégation d’architectes européens qui voulaient visiter la Confluence en bateau, sous toutes les coutures. Et toutes les coutures du bateau y sont passées, jusqu’à cette heure tardive.

Pendant que le maire parle, les files d’attentes continuent et les gamelles se remplissent. C’est la  plus belle concentration de fausses blondes de tout le sud lyonnais, du « blond de blondes » au « blond de brunes », en allant jusqu’au « blond de blanches ». Quelques unes sont tellement cuites par les UV qu’on dirait des pommes au four.

Les messieurs rayonnent dans toute leur magnificence. « J’ai commencé comme vendeur », s’enorgueillit l’un. L’autre s’émerveille : « Tout Lyon est ici ». L’arrivée des macarons déclenche une épidémie de mauvaise foi. Un homme traverse la salle avec une assiette et se la fait ravager au passage. « Mais c’est pour ma femme ! », ment-il effrontément. Pendant qu’une blonde plus ou moins authentique cueille six macarons qu’elle place sur le dos d’un flyer. « Nous sommes six ! », s’excuse-t-elle avec une malhonnêteté confondante. Pendant que le « tout Lyon » s’auto-peopolise, on se glisse subrepticement dans la nuit pour reprendre une activité normale.

Timéo Danaos

03juin

Apéricube géant aux Docks

Un cube orange croqué comme une pomme en deux coups de dents géants. Une façade métallique fine et dentelée comme une crêpe bretonne, c’est l’architecture la plus audacieuse du nouveau quartier des Docks, à la Confluence, inauguré jeudi soir. Le siège du groupe Cardinal. Qualifié de « kitsch et sans beaucoup de sens », par la directrice de la Maison de l’Architecture Rhône-Alpes, Valérie Disdier, qui ne se sent pas obligée d’encourager le talent.

La fête était prévue jusqu’à deux heures du mat’. On se pointe à l’accueil vers 22 heures : « Je suis journaliste... ». « On s’en fout », répond une charmante hôtesse avec un large sourire. Je suis le bienvenu quand même.

Evités les discours d’inauguration interminables, qui auraient vu Gérard Collomb et Jean-Christophe Larose (groupe Cardinal) se lancer quelques piques à fleurets mouchetés. Disons plutôt : quelques brochettes. Le thème de la soirée est : barbecue géant.

Evitée aussi de peu la prestation de la troupe de Mozart, la comédie musicale de Dove Attia et Albert Cohen, en show case exceptionnel. Mozart s’en remettra, depuis le temps qu’on l’assassine. Deux mille invités. La plus grande et « la plus belle fête de l’année », s’enthousiasme Erick Roux de Bézieux, qui ne touche pas terre. La foule est compacte. De beaux messieurs en costume et cravate de soie, cadres sup’, entrepreneurs. Des élus. Et toute cette pseudo jet set lyonnaise, ce bling bling de province, des commerçants du centre ville, décoration, arts de la table, restaurants, bars, boutiques de mode, de Pasherchik à Moshecher. Et vous, vous faites quoi dans la vie ? « Je vends des skis et des snowboards cours Vitton ». Il ne reste plus qu’à trouver celui qui vend de la neige.

Finalement, les écolos se sont affolés pour rien. Lors du dernier conseil municipal, ils s’inquiétaient de la disparition des blaireaux. Tant qu’il y aura des cocktails, l’espèce ne sera pas du tout menacée. Nicolas Le Bec s’est donné du mal. C’est lui qui a orchestré les ripailles. Il pose pour des photos-souvenir avec la gentillesse d’un Mickey à Disneyland. On lui doit les : paellas, sushis, moules marinières, assiettes de charcuteries et fromages, viandes grillées, ris de veau en brochettes. Et même un stand de bière et frites, pour donner un petit côté « port d’Amsterdam », auquel il ne manquerait que les marins qui  se comportent de manière très disgracieuse avec « les femmes infidèles ».

Et voilà qu’au détour d’un groupe de minets en maraude, on découvre le plus inattendu des étals : un banc d’huîtres. Ouvertes par deux écaillers, au fur et à mesure qu’on les déguste, les huîtres. Des marennes Oléron. Rien que pour cela on veut bien inaugurer n’importe quoi : une caserne de pompiers, un presbytère, voire même un siège du Modem. Comme un tabouret Ikea, par exemple.

La musique techno bat la sarabande, quand une voix de DJ girl impérieuse appelle tout le monde à se rassembler sur l’esplanade pour le feu d’artifices. Il sera tiré d’une barge, de l’autre côté de la Saône. Une pétarade fort honorable, bonne séance de rattrapage pour les Lyonnais qui ont été privés de gerbes de feu l’an dernier.

Enfin, on a le droit de toucher aux coupes de champagne servies discrètement pendant le tumulte. Le Dock 40 rouvre alors en format discothèque. Les minets se ruent sur le dancefloor, il leur reste deux heures pour pécho. Il est temps de rentrer par le dernier tramway. Trois filles blacks à jupe courte l’attrapent de justesse. Elles s’interpellent en riant dans une langue inconnue. Elles ne peuvent s’empêcher de brancher encore quelques passagers, mais juste pour jouer, leur journée est finie. Le tramway file dans la nuit, avec des fêtards aux yeux pleins d’étincelles, des étudiants désœuvrés, un clodo bien amoché, et trois filles de rue à qui leur « protecteur » n’a pas laissé de quoi se payer un taxi.

Timéo Danaos



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