C'est dans un petit coin de verdure, au cœur du Parc de la Tête d’Or, sur la terrasse du chalet, que les radicaux organisaient un brunch ce dimanche vers midi. Pour clôturer leurs travaux qui sans cela n’auraient été ni réellement commencés ni réellement terminés. Chez les radicaux, selon une tradition plus d’une fois séculaire, tout ce qui se perd dans le programme se gagne dans le menu. Car dans l’âpreté du combat politique, on meurt parfois d’une mauvaise blessure, mais jamais de faim ni de soif ! Ceux-ci sont les radicaux valoisiens, à différencier des radicaux de gauche qui sont de l’autre côté, c’est à dire à la mairie.
Le brunch permet une délicieuse juxtaposition entre un petit déjeuner continental tardif et un pique-nique urbain amélioré. On passe directement du café, jus d’orange et viennoiseries à l’assiette de charcuterie, saumon fumé et fromage fort en gueule. Le tout arrosé d’eau minérale, de vin blanc, de vin rouge, et toutes sortes de boissons colorées. A l’ombre de marabouts blancs, au pied de l’étang aux cygnes, les radicaux semblaient redécouvrir Lyon, qui fut tenue d’une main ferme (un peu comme une fourchette) pendant plus de cinquante ans, par l’un des leurs : Edouard Herriot.
Et le maire actuel ? « Il est radical lui aussi », susurre quelqu’un « mais il ne le sait pas ». Voilà. Maintenant, il sait. Toute la France radicale (donc ça existe) se retrouve ici. Les jeunes portent les mêmes chemises pastel roses ou bleues, les aînés des liquettes plus austères blanches ou à rayures. Et tous ont au cou leur sésame formé d’un cordon rouge et d’un badge qui leur sert de label blanc. Tiens on les aurait plutôt vus en cordon bleu et label rouge !
Fabienne Lévy joue les hôtesses de maison, pour une fois elle se sent un peu maire de Lyon. On croise des Lyonnais attendus et d’autres inattendus. Hugon a déserté son bouchon habituel pour venir en taquiner d’autres chez la concurrence. Djida Tazdaït cherche toujours un point de chute, éternelle candidate à la candidature. Guy Mathiolon se fait une tête d’invité. Le Progrès décèlera dans sa présence une soudaine envie de politique. Pour trois rondelles de saucisson et un cornet de glace !
Certains sont venus accompagnés. Au titre des chiens-chiens à mémère on repère un yorkshire qui semble tout droit descendu des genoux de Jean-Paul Belmondo. Un caniche caramel, fier comme si c’était lui qui tenait la laisse, difficilement assorti avec une robe mauve. Tout ce joli monde virevolte un peu dans tous les sens, tout content de se retrouver, comme on rentre à la maison après un long voyage.
Des invités prestigieux de la veille, il ne reste que Borloo. Il s’est fait coincer sur la pelouse, escorté de jeunes filles toutes plus radicales les unes que les autres, on le photographie sous toutes les coutures pour s’assurer que c’est bien lui. Puis on lui remet un viatique lyonnais, un cabas en toile marqué « Bobosse » et contenant des produits de la région. Il pourra méditer sur la fameuse formule d’Herriot à propos des mérites comparés entre l’andouillette et la politique. Et le voilà parti. Car le développement durable n’attend pas. Le brunch s’attarde, entre la roseraie au doux parfum d’épines socialistes, et la plaine africaine, au goût sauvage mais dont les fauves sont neutralisés. Comme dirait Guignol : « avec toute cette impolitique y nous feront tourner les sanques » !
Timéo Danaos
