Dans les caves des musées de Gadagne, on pendait une drôle de crémaillère mardi 11, en l’honneur de l’appartement-témoin du Turak-théâtre (voir ci-contre). Sous la « présidence d’honneur de Gérard Collomb », c’est à dire qu’il n’était pas là. En attendant la cérémonie officielle qui ne manquerait pas d’être édifiante, on en profitait pour visiter les lieux. Une salle de bains-chambre à coucher, peuplée d’un curieux bric à brac. Un cheval à rallonge, des guitares gratte-plumes, une balayette à musique, des rhinocéros en bouchons de carafe, une guirlande de couteaux de boucher. Des girafes Sophie éclatées, écorchées, démantelées, débitées en tranche, explorées sous toutes les coutures, toutes les tortures, comme si un musée d’histoire naturelle leur était spécialement consacré. Des jeunes filles à tête de robinet. Des os de seiche qui sèchent. Et Képénékian qui arrive.
Au dernier moment on a déplacé son micro dans la salle principale, mais on a laissé les deux haut-parleurs dans l’autre pièce. Bizarre. On dirait qu’il est ici et qu’il parle à côté. D’ailleurs, c’est ce qu’il fait, il ne sait pas trop quoi dire. Il l’avoue franchement : « On peut rester un long moment pour essayer de comprendre... ». Et il n’y arrive pas. Alors il digresse. Il salue la nouvelle conservatrice du musée en lui souhaitant « Bon Vent ». D’habitude on dit ça à ceux qui s’en vont.
Ensuite, c’est le tour de Maria-Anne Privat-Savagny, la nouvelle conservatrice, justement. Parler après Képénékian est un vrai bonheur. Il y a des élus qui vous bouffent l’auditoire, le vampirisent, sautant gaiement d’une anecdote à l’autre, toujours captivants, trouvant le mot qu’il faut, la remarque inattendue, la citation éblouissante. Allez donc après ça tenter de le réanimer et de lui redonner envie d’écouter ! Avec Képénékian, aucun risque. Celui qui prend le micro après lui est comme attendu, on irait jusqu’à dire : espéré.
Même ceux qui détestent les discours officiels sentent bien qu’on ne peut pas en rester là. Alors la conservatrice joue sur du velours. Elle raconte le théâtre d’objets auquel se livre l’équipe de Turak, sa filiation avec les marionnettes. Puis elle introduit dans la place, Michel Laubu, seul représentant officiel de la Turakie, et perché comme un baron d’Italo Calvino. Chaque fois qu’il prononce le mot « Turakie », un trompettiste et un saxophoniste entonnent l’hymne national de ce pays incongru.
Il explique tout, l’appartement conçu comme un refuge pour tout un monde de petits personnages menacé par la montée des eaux en cas de réchauffement climatique. Il raconte la naissance du rhinotrain, fruit de la « rencontre amoureuse et brutale entre un rhinocéros et un train ». Il a l’œil allumé comme une lanterne dans la nuit.
Les gamins se faufilent entre les jambes des grandes personnes et ne semblent pas plus étonnés que ça. Cocktail cultureux. « On voulait du pétillant, mais le budget était un peu serré ». Alors on a opté pour un Asti Spumante, ce mousseux doux et fruité qui vous tombe sur la nuque comme une enclume.
On ne sait pas si le public fait partie du théâtre. Il y a là tout un aréopage aux tenues étranges, qui gazouille gentiment en picorant des amuse-gueules. Les dames promènent une impressionnante collection de sacs. Sacs à clous, sacs à poches, sacs à pompons, sacs à breloques, sacs à gidouille. Accrochés un peu n’importe comment : sacs à mains, sac à bras, sacs à dos, sacs à cul, sacs à pendouille. A chaque fois qu’elles se retournent on en prend un coup dans le buffet. L’une d’entre elles, turakienne sans doute, trimbale une véritable besace de survie, capable de contenir le déménagement d’une famille entière. En tous cas de quoi survivre en attendant les secours, si d’aventure le musée se retrouvait coupé du monde à cause d’une tempête de neige. Ou de l’Asti Spumante.
Timéo Danaos
Keyword - Maria-Anne Privat-Savagny
27janv.
L’apéro chez Turak
16:46 - Par gérard Lespotinsdangele - Souvenirs souvenirs - aucun commentaire
