Vendredi, l’association Oasis Sans Souci fêtait ses vingt-cinq ans. On n’avait pas la moindre idée de qui c’était, mais le nom sonnait bien. On se présente donc dans les salons rouges de l’Hôtel-de-Ville avec un retard raisonnable. Une cinquantaine de personnes sont assemblées en demi-lune face à la cheminée, et au milieu coule la parole de Jean-Michel Daclin : « Il faut croire à son étoile » déclare-t-il comme s’il apportait l’encens et la myrrhe « et l’Oasis y croit ». Après une telle méharée, on s’attendait à ce que les suivants rament un peu sur le sable. Et justement, Najat Vallaud-Belkacem s’empare du micro. Elle complimente  l’Oasis, « une des rares associations conventionnées avec la mairie ». Car, insiste-t-elle, d’habitude on conventionne  celles qui sont « professionnelles et bien structurées ». L’Oasis n’est peut-être ni l’un ni l’autre, mais si les nuits sont fraîches, la voilà habillée pour l’hiver.

La nouvelle présidente doit parler, c’est son tour, elle s’approche du pupitre comme on monte à l’échafaud, elle n’aime pas s’exprimer en public, elle peine. Alors l’ancienne présidente vole à son secours, elle complète, elle développe, un autre participant s’en mêle, puis un autre, tout se termine par une sorte de bavardage collectif, chacun y va de son couplet. Enfin la présidente sonne la fin de la récré, d’un vibrant « Longue vie à l’Oasis ! » et tout le monde applaudit. Côte à côte, Thierry Philip et Pierre Berat n’ont pas moufté, ils dodelinent, ils jouent les palmiers. Ils ont pris un air végétal et se fondent dans le décor. Arrive le gâteau aux trois chocolats, surmonté de deux bougies en forme de 25. Bravo ! Hourra ! Crémant de Bourgogne et mignardises ! Rompez.

Et c’est là qu’une certaine Madame Gambini profite d’un moment d’inattention pour tenter de nous rallier à sa cause : le scrapbooking. Il s’agit de torturer conjointement un album de photos et des images, découper, trouilloter, peinturlurer, coller, mastiquer, rajouter des vrais bouts de réel, des cailloux, une brindille, des coquillages, des bricoles. Ca donne une sorte de nature morte ayant beaucoup souffert. Marie-Dominique Gambini se félicite d’avoir fait connaître cette activité en France grâce au professionnalisme du journal de Jean-Pierre Pernaut. On se dit que jeudi soir Nicolas Sarkozy l’a échappé belle. Heureusement personne n’a osé le couper, ni réussi à le coller. Il aurait pu, finir en Scrap-président.

« Il n’y a pas assez d’hommes », se plaignent les participantes. Et c’est vrai qu’elles représentent près de 90% de l’effectif. Pourtant l’Oasis  propose des activités comme : bridge, couture, point de croix, cuisine, chorale, patchwork. Et scrapbooking. Allez savoir pourquoi les hommes préfèrent le foot et la bière !

Bien sûr Simone André est venue. Elle est ici comme les pyramides d’Egypte, du haut de son chignon quarante siècles contemplent la vie associative lyonnaise. Elle s’approche de la présidente Hanta Barreau pour lui souhaiter : « Tout le meilleur ! Je suis derrière vous, pas devant, pas à côté... » Simone André : GPS intégré.

On s’échange des nouvelles de la famille : « le pauvre est tombé amoureux d’une jeune femme plus jeune que lui, mais elle a déjà un enfant ! ». Il aurait préféré un meuble Ikéa, on peut les monter soi-même...

Une dame arbore un bracelet magique. De ceux qui prétendent vous guérir des maux que vous n’avez pas et vous prémunir contre ceux que vous n’aurez jamais. Celui-ci promet de veiller sur « l’équilibre interne ». Elle n’en aura pas besoin. Personne n’envisage de lui faire danser un rock endiablé ni de tenter de l’arsouiller au crémant de bourgogne. En une heure tout est plié. Une coupe ou deux, trois petits fours et puis s’en vont.

Timéo Danaos