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21juil.

Buffet pâtissier

Pourquoi cette réception au Musée des Tissus ? Gabriel Paillasson est pâtissier, pas tisseur. Il est même le créateur de la Coupe du monde de la pâtisserie, une manifestation qui a réuni depuis 20 ans 35 nations et plus de 600 finalistes.

Dans la cour de l’hôtel de Villeroy, des tables garnies de coupes attendent les convives. Et sur les marches du palais, l’hôte attend son ministre, en retard comme il se doit. Hervé Novelli préside aux destinées du commerce, de l’artisanat, du tourisme et de deux-trois bricoles. Il finit par faire son entrée, la mèche en bataille. Le vent tourne vite pour certains membres du gouvernement. Il file directement vers le pupitre,  dans la Salle des Tapis, où l’attendent quelques centaines d’invités, à l’ombre mais au chaud.

Vibrant hommage à l’artisanat pâtissier, cet art de « toucher malaxer, façonner, une brioche, un croissant ». Alors que la boulangerie doit s’employer à tâter des miches et des flûtes.

Le parterre est des plus hétéroclites, il faut de tout pour faire un appareil à tarte. Des représentants consulaires, Mauduy et Mathiolon presque côte à côte... comme deux ronds de flan. Des élus de droite et de gauche. André Gerin, le pourfendeur de burqas, Marie-Odile Fondeur, la déesse des Halles. Denis Broliquier et Albéric de Lavernée, qui ne lâchent pas un cm² du 2e. Et puis bien sûr, un beau rassemblement de cols tricolores, avec médaille d’or, des MOF venus de toute la région.

Le ministre s’emporte. Il retrace le parcours de Gabriel Paillasson, l’itinéraire d’un enfant gâteau. Bientôt 50 ans de métier et le produit est toujours frais. Meilleur Ouvrier de France à la fois en pâtisserie et en glace. Plus décoré qu’un gâteau d’anniversaire : Mérite agricole, Palmes académiques, Légion d’honneur, chevalerie du Mérite national et aujourd’hui « en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous  faisons Commandeur dans l’Ordre national du Mérite ». La Grande Cravate ! ça fait rire Gabriel : « décorer un Paillasson dans la Salle des Tapis !... ». Il profite de son statut de commandeur pour remercier tout le monde, égrène les noms un par un comme s’il recomptait des framboises. Tout le monde ? Non. Car il a beau se placer juste devant lui, écarquiller les yeux, remettre et enlever ses lunettes, Emmanuel Hamelin n’arrive pas à attirer l’attention, il finira zappé. VDM* !

Gabriel Paillasson s’est lancé dans une longue histoire de soie, ce qui est une façon de ne pas parler de lui. Dès le XVe siècle à Lyon et jusqu’à son père, agriculteur mais aussi... ouvrier tisseur. De la soie des carrés Hermès au velours des desserts. Un ténor sonore peut conclure par le chant des compagnons tisseurs « Car nous voulons tisser la chaîne / Qui doit servir à lier tous les cœurs ».

On lâche enfin le public dans la cour, où il fait plus doux. Il est d’usage, lors des remises de décoration, que le récipiendaire offre un buffet même s’il n’est pas marchand de meubles. Avec Gabriel Paillasson, on en profite pour vérifier la solidité de sa réputation. Tout est Maison, père et fils, fait de saveurs délicates, artistiquement mêlées, salé comme sucré, arrosé de petites bulles. Le temps d’immortaliser l’évènement sur les marches, où se mêlent MOF et meufs. Les compagnons tisseurs-ferrandiniers sont bardés d’une écharpe de soie rouge. Incursion surprise de Marc Fraysse, à qui le retour du gaullisme doit laisser quelque temps libre. Il doit y avoir de la fraternité dans l’air. Le ministre est déjà reparti vers d’autres cieux. Ou plutôt : d’autres rails. Il n’a plus droit qu’au TGV pour les parcours de moins de trois heures. La République est à la diète. Mais les MOF savent encore recevoir.

Timéo Danaos

 

*VDM : « Vie De Merde », un site où les internautes racontent des malheurs de ce type et concluent VDM !

 

20mai

Un petit air d’Aderly

Entre 12 et 14 heures, il n’y a pas de temps à perdre chez les professionnels. Jeudi dernier, l’Aderly convoquait une conférence de presse pour présenter son bilan, en rouge et en noir, mais tout de même en demi-teinte. Rendez-vous au Palais du Commerce, dans la salle dite : des agents de change. Mais comme il n’y en a plus, ce sont les journalistes qui rendent la monnaie.
On arrive à la bourre. Collomb vient de parler. Pour une fois on a réussi à arriver plus en retard que lui. C’est au tour de Bernard Fontanel, le président du Medef. Morose, à cause de la crise : « on est en train de perdre des emplois industriels ! ». Mathiolon hoche la tête. Il risque de perdre le sien aussi. Comme président de la CCI. Daclin reprend : heureusement, il y a la marque OnlyLyon, qui s’affiche en ce moment dans les aéroports d’Europe. Ça doit distraire les voyageurs immobiles, bloqués par le nuage de l’Eyjafjöll. OnlyLyon se vend bien, c’est devenu une référence. Avant il n’y avait que l’OL pour porter les couleurs de la ville. Or le foot et le business sont deux choses différentes (faudrait quand même en parler à Aulas). Une vingtaine de journalistes écoutent studieusement. Ils prennent des notes avec le stylo OnlyLyon qu’on vient de leur offrir, design sobre et élégant, tout en lignes courbes et profilées, une carrosserie genre Carla Bruni, à tête rétractable.
Et vient le temps des questions. Il faut aller vite, à 14 heures le travail reprend. Une consoeur tire la première salve. Est-ce son tailleur vert qui lui déteint dessus ? « Monsieur le maire, avec tous ces déplacements en avion votre bilan carbone doit être désastreux... ». « J’ai pris des mesures, plaisante Collomb. J’ai interdit à tous mes partenaires écologistes de circuler autrement qu’en TGV, ça compense ». Puis il doit se souvenir de la mésaventure de Gordon Brown la veille, et de la carrière que peut faire une simple phrase malheureuse, pourvu qu’un journaliste indélicat s’amuse à la répéter. Non-non, rectifie-t-il, mais en fait je ne peux pas faire autrement, on ne va quand même pas tout arrêter et s’isoler dans son coin. Et puis les constructeurs d’avions vont bien finir par trouver le moyen de consommer moins de carburant, les green technologies, tout-ça tout-ça. La dame est à moitié convaincue et son tailleur est toujours vert.
Rendez-vous au premier étage pour le buffet dit « déjeûnatoire » (on n’est pas à l’Académie Française). Aux murs du salon, les portraits de tous les ex-présidents de la CCI. Pas des rigolos. On a l’impression que ça les ennuie profondément de gagner de l’argent. C’est un peu comme le devoir conjugal, il ne faut pas avoir l’air d’y prendre du plaisir.
On sert un breuvage nommé Pommery et qui n’a rien d’un cidre. Du coup on se laisse aller à fêter ce qu’on veut, les pas-trop-mauvais résultats de l’année, la future sortie de crise, un jour, on verra bien, et le printemps qui nous rend visite pour la journée. Mathiolon ne quitte pas son air sombre, Fontanel affiche le sourire confiant du patron qui ne sait pas où il va. Et Jacques de Chilly garde un pied dans chaque chaussure, d’un côté l’Aderly, de l’autre OnlyLyon.
On décide de prendre le buffet à rebrousse-poêle, de commencer par le fromage et de remonter tout doucement jusqu’aux entrées. On croise au passage un riz aux Saint-Jacques, sans corail (encore une grève de la SNCF !) et on termine sur du saumon et du flétan fumés, accompagnés d’un hareng de plus basse extraction. Ici ou là, des canapés à une demi-place sur lesquels on ne s’étend pas, crevette par-ci, microtomate confite par là. Le Mâcon final est le bienvenu.
Collomb papillonne un peu et puis s’en va faire oublier son bilan carbone. 13 h 30, tout est bouclé. A propos, un journaliste qui fume, ça produit combien de CO2 par an ?
Timéo Danaos

16avr.

Collomb joue les fils de l’air

On se doutait que Collomb se sentait pousser des ailes, on en est sûr maintenant. Pas des ailes d’ange, ce n’est pas avec ça qu’on fait une carrière politique. Des ailes de coucou ou de Falcon, c’est selon. Vendredi, il concélébrait l’inauguration d’une extension de l’aéroport de Bron, celui réservé à l’aviation d’affaires.

Le Hall 8 déjà, il fallait trouver. Nous le cherchions benoîtement entre le 7 et le 9, mais non. A moins qu’il soit rendu invisible aux moldus, comme chez Harry Potter. Selon une mystérieuse arithmétique, le Hall 8 a été construit juste avant le Hall 1, au pied de la tour de contrôle, à une main de l’aérogare. Un indice a fini par nous guider : des voitures de fonction, des flics en faction, un tapis rouge et surtout un camion de traiteur.

Dans un hangar fait pour abriter neuf avions, une estrade et des sièges avaient été montés. Et sur l’estrade : Yves Guyon. « Discrétion et efficacité », sont les deux mamelles de l’aviation d’affaires proclame-t-il en substance. Mamelles qui devraient être multipliées par trois, si tout va bien, dans les années à venir. Oui, confirme Guy Mathiolon, car il y a bien un « s » à Aéroports de Lyon.

Puis Gérard Collomb s’empare du pupitre et prend son envol : « Quand nous rentrons d’un match avec Michel Mercier... ». L’OL donne des ailes. Voilà qu’il plane au-dessus de l’Est lyonnais, « des territoires d’avenir », et fait défiler le panorama de ses projets urbains, OL Land compris.

L’assistance, composée de managers de la région, s’en tamponne imperceptiblement le coquillard. Mais Collomb s’envole vers un avenir où le ciel de Lyon deviendrait la deuxième porte d’entrée du territoire français et lui-même serait porté par on ne sait quel nuage.

Sur le plancher des vaches Michel Mercier s’impatiente. Son tour arrive. L’ex-sénateur, toujours-président, enfin-ministre commence par observer que tout a déjà été dit. Il en faut davantage pour arrêter un Mercier qui a envie de parler. Il parle, donc. Nul ne saurait se souvenir de ce qu’il a dit, mais c’était fort sympathique. Mercier conclu, on lance un film tonitruant avec une musique à 120 décibels, le bruit d’un Airbus au décollage. Pour fêter les cent ans de l’aviation lyonnaise, on se projette en 2050, l’aéroport compte quatre pistes au lieu de deux, et 25 millions de passagers au lieu de huit. Personne n’a encore rien bu, mais déjà l’inauguration monte à la tête.

Le buffet se tient sous un chapiteau en plastique transparent, sorte de tente à oxygène pour crise économique au bord de l’asphyxie. On y sert des bulles, du vrai champagne. Michel Forissier s’extasie devant le jambon cru tranché en direct, de quoi vous réconcilier avec les inaugurations prestigieuses. Des messieurs en complet « executive » se congratulent conjointement et réciproquement, une flûte à la main. En flûtes aussi, une Arielle Dombasle à longues jambes se donne des airs de Barbarella de cuir noir. Une autre chouchoute dans ses bras un caniche renifleur qui lui sert aussi de goûteur et un peu d’essuie-tout. L’animal ne sait plus où donner de la truffe, lui non plus.

Voilà qu’on apporte l’attraction finale : une fontaine de chocolat dans laquelle on vient  tremper une brochette de fruits. Amusant mais délicat. On s’en met un peu partout au point d’être obligé de s’en lécher les doigts. On croit avoir entendu une dame proposer son aide pour cette délicate opération. On a sûrement mal compris. Visiblement les transports aériens rapprochent les personnes. De l’autre côté du hangar, Gérard Collomb est interviewé devant un jet privé, un zinc capable de vous expédier à l’autre bout du monde et de vous ramener avant le prochain remaniement ministériel, comme dirait Alain Joyandet. Pour peu qu’on trouve un courant porteur.

Timéo Danaos

01mar.

Si Ferney m'était conté: Episode 13, Le chevalier de Mouhy a rêvé de remplacer Choiseul




Un autre puissant de Lyon arrive dans la galerie de portraits de Ferney:le président des fabriques et des manufactures du Rhône, le Chevalier de Mouhy.





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