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01avr.

Pince-moi électoral chez le préfet

Décidément les réceptions électorales du préfet tournent au goûter de vieux. Au buffet : du jus d’orange, du Perrier à grosses bulles et du Coca light. Aucune chance de s’enivrer et on ne risque pas de grossir. Il est encore tôt, TLM n’en finit pas de brancher ses fiches et d’essayer ses lumières. Les radios bourdonnent dans la pièce d’à côté, elles n’ont pas grand chose à dire mais savent meubler le silence avec du rien. Toute la presse locale et un peu nationale s’ennuie avec un professionnalisme maintenant parfaitement rodé.

S’enivrer d’une victoire, ça se fait pourtant. Queyranne est tout de même bien-réélu, mais comme d’habitude, ses joies sont toutes intérieures. Quand il monte les marches en velours rouge, il affiche le même sourire calme que pour inaugurer un TER électrique. Les médias l’accaparent et il donne de bonne grâce cent fois la même réponse à cent fois la même question. Les plus ravis sont les attachés de presse, eux aussi viennent de sauver leur poste. Gagné par leur enthousiasme, nous allons fêter ça avec un cocktail tonique : jus d’orange mélangé au Perrier à grosses bulles. Soyons fous.

Puis vient Elisa Martin, du Front de Gauche, chevelure flamboyante. « Ralliez-vous à mon panache rouge »... Elle porte tout de même un presque-tailleur d’un rose adouci. Les négociations ont dû bien se passer. Les médias se précipitent pour lui poser la question à laquelle elle ne peut pas répondre : et maintenant ?

Très courtisé aussi Philippe Meirieu qui a eu raison de troquer sa moustache contre une carrière politique, et qui ne sait pas non plus. Sa récente expérience de l’écologie politique l’a au moins convaincu d’une chose, dans cette mouvance aux mille couleurs vertes, nul ne peut prévoir ce qui se passe.

C’est aussi ce que se disent Monsieur et Madame, Etienne Tête et Hélène Blanchard, enfin réunis en public après leur double campagne, l’une aux côtés du PS et l’autre au sein des écolos. S’ils avaient laissé les Verts régler leur différend politique, il aurait fallu mobiliser au bas mot : deux sous-courants, un groupe de travail, une commission des conflits, une caisse de peaux de bananes et quelques motions de censure.

Il manque toujours les UMP. On a bien croisé quelques Jeunes Pop au désespoir qu’on a essayé de consoler avec un : « Mais des branlées électorales, vous en aurez d’autres ! ». Ça ne les a pas réconfortés du tout. Nous accompagnons leur deuil d’un austère Coca light, insipide, inconsistant, comme un score qui ne tient pas au ventre.

Dans un coin Eric Lafond, seul comme un navire abandonné, accroché à son téléphone. Tente-t-il d’appeler des secours ? Silence radio. Pas d’Azouz Begag. Sans doute déjà en train de préparer son prochain livre : Un tabouret pour voir plus loin.

Ça y est, Françoise Grossetête est annoncée. Quand un candidat ramasse une veste, de quelle couleur est-elle ? Noire, si l’on en croit sa tenue. Elle a tout de même gardé au cou le foulard rose avec lequel son adversaire l’a étranglée. Noir aussi le tailleur de Nora Berra, tout sourire devant les caméras, et qui récite le bréviaire des spin doctors de la communication élyséenne : l’abstention, c’est la faute de la gauche, notre défaite, c’est la faute de la crise.

Bon, les perdants n’ont pas l’air effondrés. Quand ils clamaient partout qu’ils allaient gagner, ils ne devaient pas y croire beaucoup. Comme à toutes les promesses électorales. Les électeurs non plus, c’est pour ça que 48% ne sont pas venus. On aurait dû se terminer au Perrier, mais on n’a pas voulu abuser de l’hospitalité du préfet.

 Timéo Danaos

11mar.

Dur, dur pour les remplaçants

La scène se déroule dans le 8e. Ce jour-là, ce sont les associations qui sont en débat pour les régionales. C’est un peu à l’image de la campagne.

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19fév.

Chacun sa messe

Dis-moi comment se passent les réunions publiques et je te dirai quel est le parti. Chez Europe Ecologie, c'est bonne ambiance avec le ring au milieu de l'arène. Et pourtant, mardi près de la moitié des huit cents participants étaient debout, faute de place. Qu'est-ce que ça aurait été si les écolos avaient tenu meeting dans une salle plus accessible que celle de Francheville et par un temps plus clément !

La scène avait beau ressemblé à un ring, les coups ont - cette fois - été plutôt retenus. On était loin de la réunion publique sur le logement de Villeurbanne où ressortait en filigrane qu'aujourd'hui les élus en place ne faisaient rien en la matière. Mardi, l'adresse aux socialistes pouvait se résumer dans ce bon mot de Noël Mamère, reconverti en GO: "N'ayez pas peur" (des écolos). Impression confirmée par Daniel Cohn-Bendit qui, réaliste, préfère regarder le poids et l'influence d'Europe Ecologie au soir du premier tour que le nombre de régions qu'elle pourrait (peut-être) diriger. Ou une Cécile Duflot dont le discours apporte indubitablement un peu de fraîcheur à la classe politique.

Etait-ce la présence du maire socialiste de Francheville René Lambert ? L'édile est non seulement venu (après tout l'entrée est libre) mais on lui a également donné la parole. Ça n'a pas empêché Philippe Meirieu, arpentant la scène avec sa démarche syncopée, de donner quelques coups de griffes au PS. On ne refait pas le pédagogue, à fond dans sa démarche d'éducation pour offrir d'autres valeurs que celles de la consommation à tout crin aux jeunes.

On était évidemment à mille lieues du classicisme de l'UMP pour son lancement de campagne. Après tout, pourquoi changer ? C'est le premier parti de France. Le truc, c'est que pour galvaniser les foules, il faut donner l'impression d'y croire. Bernard Accoyer peut terminer son discours par un magistral: "pour la France", ça n'efface l'impression bizarre que laissent les candidats ardéchois en se plaçant dans la perspective d'une défaite avec une vice-présidence pour leur concurrent socialiste Hervé Saulignac. Ou le bide monumental parmi les militants de la conseillère élyséenne Sophie Dion qui conclut même en parlant des "belles têtes de gondole" de l'UMP pour ces régionales. Derrière Philippe Meunier a choisi de ratisser large en saluant à la fois le travail de Charles Millon... et celui d'Anne-Marie Comparini à la Région. La droite n'était pas aussi œcuménique en 1998. Il en fallait manifestement plus pour mobiliser les troupes. Les Jeunes populaires ont eu beau se lever, applaudir, hurler à l'arrivée au micro de Françoise Grossetête, ils ne représentaient qu'un quart de la salle. L'autre partie est sagement restée assise...

Au moins la députée européenne a-t-elle laissé la parole à se colistiers. En présentant les siens lundi dernier, Azouz Begag a - malgré ses promesses - monopolisé le micro dans un freestyle qu'il affectionne tant. A bon escient ? Derrière lui, à part Richard Morales qui tentait de faire bonne figure, Anne-Sophie Condemine et Anne Pellet donnaient parfois le sentiment d'être atterrées. Juste une impression sans doute. On attend avec impatience le premier "meeting" du Modem, lundi place Bellecour sur un tabouret.

11fév.

Europe Ecologie se fourre dans de Joly draps

Jeudi dernier à Villeurbanne, Europe Ecologie avait parié sur l’intelligence des citoyens. On était loin d’un meeting UMP (comme celui du lendemain) où les militants sont uniquement là pour faire la claque. Chez les écolos, une réunion publique sur le logement se transforme durant vingt minutes en petits ateliers de réflexion pour mieux interroger ensuite les « experts militants » à la tribune. A côté, les forums participatifs chers à Ségolène Royal, c’est de la rigolade.

Bon, malgré des synthèses de synthèses (forcément frustrantes pour le militant) afin d’éviter d’y passer la nuit, ça n’empêche pas des questions sur... l’augmentation des divorces génératrice de la multiplication des logements et donc de la consommation d’énergie. A entendre les réactions sur l’estrade, on n’est pas sûrs qu’Europe Ecologie propose des mesures concrètes (à part supprimer l’institution bourgeoise qu’est le mariage) sur ce point. Voilà au moins qui prouve par l’absurde que la parole est libre.

Côté « vedettes », Augustin Legrand a l’art du tête-à-queue en faisant campagne pour Europe Ecologie tout en reconnaissant... n’avoir jamais voté de sa vie. Michèle Rivasi et Philippe Meirieu sont au contraire plus convaincants. Même si, lorsqu’ils tapent sur le PS, ça ne met pas la foule en transe. Mais le lendemain, ils avaient un tout autre sujet de préoccupation que les coopératives de rénovateurs et d’isolateurs de logements que favoriserait la Région.

Au sein du staff régional, on était sur du sérieux : que va-t-on penser du manteau de fourrure qu’arborait Eva Joly lors du 13 heures de France 2 ? Marketing, image et casting au menu des écolos : on aura tout vu. Les vieux militants Verts n’ont qu’à aller se rhabiller. Vu l’importance politique du sujet, même Philippe Meirieu est intervenu dans le débat pour expliquer qu’il avait prédit (en vain) que ça passerait mal. Avec cette question lancinante tout le week-end dernier : était-ce bien un manteau de fourrure et, si oui, était-elle synthétique ? La délivrance est venue de Michèle Rivasi : c’est une imitation. Voilà qui tombe pile-poil pour sauver la planète !

Et le fait que, jeudi soir à Villeurbanne, l’icône froide et adulée d’Europe Ecologie n’ait pas eu un mot sur le scrutin de mars, se contentant de s’en prendre à la justice française (ce qui ne l’a pas empêché d’y travailler durant 21 ans) et de nous parler de la City et des bonus (compétences régionales bien connues), ça n’a gêné personne ? Ca doit être ça faire de la politique autrement.



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