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08avr.

Dimanche l’abstention était au buffet

Pour un pince-fesse, au début, ça pince mou et ne fesse pas grand chose, mais ça va changer. Jusqu’à 20 h 15, il ne se passe rien à la préfecture en cette soirée électorale de second tour.

Des journalistes errent au hasard comme des chiens sans croquettes. Certains portent une oreillette à  l’oreille, mais même à l’oreille il ne se passe rien. Aucune puce, rien. Le préfet a installé des panneaux d’affichage dans la grande salle pour fixer les résultats au fur et à mesure qu’ils tombent. Rien à faire, le fur se fait attendre et la mesure reste désespérément vide.

Un jeune socialiste en service commandé photographie les quelques résultats ruraux pour les envoyer au siège du PS qui s’en bat la rose. Même le buffet des journalistes fait la gueule. On y trouve de pauvres sandwichs triangulaires, on dirait un pique-nique de francs-maçons pendant un débat sur la mixité. On se console avec la mousse au chocolat et la crème caramel, les valeurs refuges. Les préfets passent et elles demeurent. Les deux piliers du Département. Un peu comme Mercier et Jamet mais en plus roboratif.

Tiens Mercier ! Il vient d’arriver dans la salle du trône auréolé de journalistes, il fait semblant de scruter les affichages pour que les caméras aient quelque chose a filmer. Il n’a rien à déclarer. Jean-Jack Queyrannne non plus mais cela ne l’empêche pas d’être interviewé  sur France 3.

Les invités arrivent de plus en plus avec de la pluie sur les épaules. Des bruits commencent à courir. Perben aurait été battu... Rah ! Personne ne s’effondre en larmes ! Les chiffres tombent. C’est vrai pour Perben mais aussi pour Bolliet, le maire du 4. Renversé sur le plateau par une écolo, il en est encore plus vert qu’elle. Et Richard Llung à Villeurbanne qui perd le match retour contre Béatrice Vessiller. Certains voudraient bien fêter ça au buffet, d’autres noyer leur chagrin. Bernique. Il faudra se contenter de Perrier (même pas Jouët), de jus d’orange en pichet et de Coca light. La République Weight Watcher. On va finir au pain sec et à l’eau.

Jean-Jacques David apparaît dans le grand salon, sous une véritable standing ovation. En même temps, c’est facile, tout le monde est déjà debout. Il est cornaqué par un Denis Broliquier plus radieux que Bernadette Soubirous quand elle a vu la Vierge. Il croit entendre l’horloge de l’Hôtel-de-Ville carillonner à ses oreilles.

Puis c’est au tour de Raymonde Poncet de faire son entrée. Les écolos lui ont orchestré un véritable triomphe. Ils sont sortis de la salle pour mieux rentrer avec elle et l’acclamer « Hourra ! bravo ! Hasta Siempre, Belle des Champs ». Elle porte encore au cou le foulard vert qui étouffa son adversaire. Elle avance bras dessus bras dessous avec Béatrice Vessiller, l’autre tatie flingueuse, la Calamity Jane de Villeurbanne. Tout le monde tombe dans les bras de tout le monde et réciproquement.

Emporté par cette explosion d’exubérance printanière, Jacky Darne lui-même, qu’on a connu plus taciturne, embrasse Béatrice Vessiller comme on embrasse une carrière d’expert comptable : « Je te félicite ». « Merci, ça me touche beaucoup », répond la dame étonnée que le Grand Pardon tombe en mars. Et à quelques pas de là, dans une discrétion toute relative, selon son habitude Michel Mercier serre plus de louches qu’il n’y a de soupe. Ce n’est pas parce qu’il tourne en rond qu’il perd le nord. Il fait des grâces aux nouveaux élus, minaude. Il n’a pas oublié que ce jeudi sera choisi le nouveau président du Département. Et qu’il s’en faudra de peu - aide-toi, le ciel t’aidera - pour qu’il ressemble à l’ancien.

Timéo Danaos

09fév.

Soirée de Gala à la Rotonde

Dimanche soir. La « Nuit des métiers de bouche » était tombée sur la Rotonde de Charbonnières. On était parti de Lyon à - 1°C, il faisait déjà - 8 en arrivant au casino. Le thermomètre tombait à la vitesse où les vieux font fondre leur retraite dans les machines à sous.

Dans le hall, tout le petit peuple des métiers de la bouffe commençait à se ressembler, les elfes, les trolls, les hobbits. Restaurateurs, charcutiers, hôteliers, bouchers, boulangers, et hauts dignitaires des organisations professionnelles. Certains portaient la rosette et n’avaient pas de jambon. D’autres le cordon bleu et n’étaient pas cuisiniers.

Les belles dames avaient sorti leurs robes façon papillote des soirs de gala. Un bitos en forme de biscuit roulé tout en feutre. Un manteau en plumes de laine. Des bronzages « spécial vacances d’hiver », avec l’abonnement à 13 euros la séance seulement. Les messieurs s’étaient mis en frais de costume, avec des cravates de toutes les longueurs, de la cravate-nombril à la cravate lèche-burnes. Tout cela était bon enfant, sympathique et décontracté. Les huîtres et le Piper n’y étaient pas pour rien.

On patientait tranquillement en attendant le ministre. Car il a beau être Garde des Sceaux, il garde aussi un œil sur les seaux à champagne quand ils passent à sa portée. Collomb profitait de cette absence pour faire la tournée générale en serrant le biscuit à la cuiller de tout ce qui bouge. Enfin, les portes s’ouvrent sur un salon 1900.

Les tables portent des noms de crus du Beaujolais, mais on y sert  du Crozes Hermitage blanc et du Côtes du Rhône rouge, de très bon aloi d’ailleurs. Philippe Gauvreau s’est mis en quatre pour recevoir la famille : homard et poulpe braisé en cocotte, souris d’agneau de sept heures...

Seule une table semble bénéficier d’un menu particulier, Collomb et Mercier s’offrent réciproquement une soupe à la grimace. Un cheveu est-il tombé dans le potage ? Un caillou s’est-il glissé dans une chaussure ? En tous cas, les deux centristes jouent les centrifuges et tapent l’esquive avant le dessert. Aucun d’eux ne semblait avoir le cœur à livrer un discours de plomb. Et rien que pour cette délicate attention, pour ce silence généreux, merci d’être venus.

Marie-Odile Fondeur est à l’honneur. Elle est un peu la fée Clochette du Sirha depuis vingt ans qu’elle le mène à la baguette. Le président du CGAD69* Bruno Cabut passe de table en table pour congratuler tout le monde. Il passe la brosse à dorer sur les pâtissiers, les boulangers, les bouchers et même les poissonniers. Puis il entreprend d’honorer comme il se doit le président sortant du Sirha Jean Bellet. Ce vénérable se verra remettre une caisse de Chapoutier et surtout un tableau de maître, en tous cas de maître-traiteur, représentant une tête de cochon ailé, délicatement entourée d’une sorte de corolle en dentelle noire, à la manière des duègnes espagnoles, ce qui renforce encore la profondeur de son regard. Trop d’émotion !

La fête se poursuit sur la piste de danse, ou des DJ vintage poussent les disques : Louis Prima Just a gigolo, Nina Simone My Baby just cares for me. Certains se hasarderont même dans un madison qui tenait plus d’une manœuvre de l’armée romaine une veille de défaite que d’une chorégraphie de Marius Petipa. La nuit devait se poursuivre à l’AKGB. On était bien tenté d’aller glisser un œil. Avec l’espoir d’y surprendre Mercier et Collomb enfin réconciliés, dans un slow pré-électoral chaloupant tendrement de droite à gauche, sans jamais quitter le milieu de la piste... mais le journalisme à des impératifs qui ne laissent aucune place à la fantaisie.

Timéo Danaos

 

*Confédération générale de l’alimentation de détail.

24nov.

Mamie Opac et les nonante balais

C'est la fête au village pour les 90 ans de la Grand-Mère. Elle est née en 1920, des œuvres de Laurent Bonnevay, elle a réuni tous ses enfants, petits enfants, ainsi que des filles et des gars collatéraux. Il y en a près de 900.

A défaut de souffler les bougies, le plus ancien office HLM de la ville fait briller les lumières, au Double Mixte, ce jeudi soir. Les stands sont éparpillés aux quatre coins de la salle, au milieu et sur les côtés. Un orchestre nous abreuve de soul, on est encore au jus d’orange, ça ne risque pas de monter à la tête. Les buffets ne sont pas ouverts, pas question d’en pousser les feux avant que les huiles n’arrivent. Or on attend toujours Mercier. Le multiministre a bien trouvé le temps de se départementaliser, mais pas avant 19 h 15. On peut toujours patienter en peinturlurant des fleurs sur un mur de plastique, en construisant des maisons avec des Lego, ou en contemplant les tours de ficelle d’un magicien à la veste pailletée comme une boîte à bijoux.

A côté de l’estrade, un portique et un trapèze. On annonce Cathy Baldini, des Folies du Lac. On lance la musique. Rien, la belle ne vient pas. Problème technique. On lance, on lance et finalement c’est Mercier qui arrive. Va-t-il monter sur le trapèze ? Se balancer au-dessus du vide dans la position dite du cochon pendu ? Nous régaler d’exercices de haute voltige dont il a le secret ? Que nenni. Il reste sur le plancher des vaches et de nous autres. S’il tient vraiment à se ramasser dans la sciure, il se contentera du prochain remaniement ministériel. Il parle. Des 80 000 personnes logées par l’Opac. De cette vénérable institution de HLM, créée par Laurent Bonnevay à l’époque où le métro n’arrivait pas jusqu’à lui. A ses côtés le préfet Gérault et le DG Philippe de Mester ne disent rien et n’en pensent pas beaucoup plus. Ils se contentent d’opiner du bonnet qu’ils doivent avoir blanc et blanc.

Les buffets s’ouvrent enfin et cela fait comme un appel d’air. Pas le temps d’attraper une crevette échouée sur un canapé, qu’on se fait accrocher par un « sticker ». Il est intarissable sur la vie de Laurent Bonnevay, né à Saint-Didier-au-Mont-d’Or, qui fut député, et qui fit voter la première loi sur le logement social en 1912, ce qui prouve qu’il était de droite, mais  pensait à gauche. Le voilà donc pardonné. Il devient urgent de s’inventer une casserole de lait sur le feu pour taper l’esquive.

Passent des élus tous plus ou moins vice-présidents : Maurice Charrier, Louis Pelaez. Albéric de Lavernée, plus gentleman farmer que jamais, on dirait toujours qu’il sort d’un club anglais. Et Christian Barthélémy, tiens il doit y avoir quelque chose à comptabiliser. Mais oui, bien sûr, les deux tickets de boisson distribués parcimonieusement au personnel. « Pas du tout, proteste Sophie Descroix, Ce n’est pas de la radinerie. C’est la responsabilité légale de l’employeur ». Si un salarié prenait le volant après avoir outragé la limite d’alcoolémie, l’employeur pourrait être inquiété. Aux Potins, ce risque n’existe pas : il y a peu de chance que le chauffeur du bus nous laisse le volant. On pourra donc profiter du cordon rouge et se venger du crémant de bourgogne.

A 20 h 50 pétantes, le gâteau d’anniversaire fait son entrée, bardé de fusées étincelantes et les représentant légaux de la grand-mère la félicitent pour ses 90 ans. Cathy Baldini a retrouvé son trapèze et son numéro de ruban où elle termine enroulé comme dans une chrysalide. On sera passé entre les mains d’un caricaturiste à la chaîne. Excellent exercice d’humilité qu’on ne saurait trop recommander à certains confrères. On repartira même avec un cadeau. Un thermos aux lignes sobres et élégantes. Qui n’est pas sans rappeler une urne funéraire... de camping. En ces temps de Toussaint, ça permet de garder Grand-Père au chaud.

Timéo Danaos

13nov.

French spoken

La francophonie ce sont ceux qui en parlent le plus qui en mangent le moins. Mercredi soir, les premiers états généraux se décentralisaient à l’Hôtel du Département.

Mercier s’était fait excuser, sans doute retenu par un espace rural. Collomb avait rejoint Montpellier à la fraîche. Et Queyranne avait glissé jusqu’à  Ségolène Royal au Toboggan, à Décines.

« Je ne serai pas long », déclare l’orateur à la tribune, en guise de bienvenue. Aïe, ça commence mal. Puis il explique que tout a déjà été dit pendant les tables rondes de l’après-midi et qu’il n’a pas grand chose à rajouter.

Erreur de débutant. C’est comme ça qu’on tue le métier. S’il fallait s’abstenir de parler à chaque fois qu’on n’a rien à dire, il n’y aurait plus de politique possible. Bien au contraire, plus on a la tête vide et plus on a l’esprit libre. On ne connaît plus aucune limite au néant de sa propre pensée. On peut parler pendant des heures.

Heureusement, Thierry Cornillet sauve l’honneur. Il sait qu’il a affaire à un public de connaisseurs, de vrais amoureux de la langue. Il n’a rien à dire mais le dit bien. Il fignole, il tarabiscote, il raffine. Il les décore du titre de « Mesdames et Messieurs les membres du Corps Diplomatique ». Il leur donne du : « Distingués invités ».

Et c’est là que, voulant trop bien faire, emporté par son élan, il flingue au passage un imparfait du subjonctif qui ne lui avait pourtant rien fait : « Si elle l’avait pu, la région vous EUSSIEZ reçu  avec plaisir ». Les murs en tremblent encore. Par chance, il n’était pas en train de passer son certificat d’études.

Bon, tout le monde s’égaille vers les buffets, sans rancune. Il y a là tout un concentré d’Onu monoglote, 600 invités, 30 pays, 5 continents,  vêtus à l’européenne ou en boubous africains, toutes les couleurs de la francophonie qui viennent danser sur tous les tons, tous les vocabulaires, tous les accents. Des ambassadeurs, des maires, des élus. D’ici et d’ailleurs.

Erick Roux de Bézieux qui est à la francophonie ce qu’Alan Stivell est à la culture celte et l’Oncle Ben’s à la culture rizière. D’anciens élus écolos tombés dans le panneau solaire.

On croise des personnages considérables. Michel Thiers, l’ancien maire de Brignais, arbore une carte de visite longue comme un ticket de caisse, toute une liste de présidences et de vice-présidences prestigieuses, dans des organismes tellement inconnus qu’ils forcent le respect.

Le département a mis les petits plats dans les grands, surtout les petits. On croque des tomates de schtroumpfs, des fromages de Minimois. Et des mets plus incertains comme ce bol contenant des œufs de caille... ou des yeux de veau ? Impossible de distinguer au goût, il faudra attendre la digestion.

Les hôtes du monde entier découvrent le crémant de bourgogne accompagné de son antidote : le cassis. Ils s’étonnent devant le beaujolais, de retour enfin sur les tables lyonnaises.

L’arrivée des mignardises permet de vérifier que décidément, les macarons, ça rend con. Un pauvre gourmand en fait les frais. Il croyait  s’échapper avec une assiette garnie et se retrouve coincé par une bande de voraces encore plus gourmands que lui, il réussit à peine à sauver ses doigts.

Après les canapés, les sofas. Certaines éminences sont installées confortablement dans les salons et papotent calmement.

Il règne une ambiance de village planétaire. Et tout se serait bien passé sans ces deux traîtres, ces deux renégats, ces deux fourbes, à moitié dissimulés par une fausse plante verte, et qui profitent que personne ne les voit pour... PARLER ANGLAIS !

Timéo Danaos

02juil.

L’aprème du 18 Juin

On prête au général De Gaulle un humour de corps de garde. Il n’aurait jamais accepté, dit-on, des timbres à son effigie, car il n’aurait pas supporté « qu’on lui lèche le c.. avant de lui mettre une grande claque dans la g..... ! ». Aujourd’hui les timbres sont autocollants et les ministres aussi. Impossible de s’en dépêtrer.
A l’appel du 18 juin, de leur devoir, ou simplement de leur envie de mettre leurs petits pieds dans ses grands pas, toutes les huiles plus ou moins vierges de la politique lyonnaise, s’étaient donné rendez-vous sur l’esplanade Charles De Gaulle, à la Part Dieu, devant la Croix de Lorraine. Il y avait là le préfet Gérault, Michel Mercier, Nora Berra, Gérard Collomb, Dominique Perben, Michel Havard et sans doute quelques autres. Il y avait aussi ceux qui résistent à tout sauf à la tentation, tant les sirènes du pouvoir sont douces à leurs oreilles.
Comment l’esprit de résistance pourrait-il souffler sur tous ces notables ? Il y avait tout de même sur des chaises 150 petit vieux ratatinés, que le souvenir tenait encore droits. La plus belle collection de sonotones de toute la région, des vieux modèles, pas encore équipés de filtres à conneries, mais tout de même d’un bouton On / Off qui permet de couper le son quand la rumeur du monde se fait trop gonflante.
Certains portent des calots d’époque, d’autres sont bardés de décorations qu’on serait bien en peine d’identifier. Ils se lèvent à chaque sonnerie militaire.
Quelques uns tremblent un peu quand retentit le Chant des Partisans « Ami si tu tombes / Un ami sort de l’ombre / A ta place ». Eux y étaient.
Deux jeunes filles lisent le texte historique de Charles De Gaulle, celui que presque personne n’a écouté, mais que tout le monde a entendu, telle qu’on a réécrit l’Histoire.
Michel Mercier, ministre-qui-passait-par-là, entreprend la lecture d’un message d’Hubert Falco, secrétaire d’Etat aux Anciens combattants, un quasi inconnu qui intervient trois fois par an, le 8 mai, le 11 novembre et le 18 juin, à peine plus que le Père Noël. Un chef d’œuvre de littérature xyloglotte. Il y est question des valeurs de la République, de liberté, d’égalité et de fraternité, qu’il ne faut pas que ce soit des mots vides de sens, ah ben non, mais des valeurs vivantes, voire assommantes. Mercier s’ennuie ferme et ça se voit.
On annonce un dépôt de gerbes par les « autorités ». Collomb doit bicher. Pour une fois, personne ne la lui reproche, son « autorité ». Il en profite pour livrer une composition florale montée sur tréteaux, très meublante. Sonnerie aux morts. Puis Marseillaise. Tout le monde au garde à vous. Dans le ciel, les lourds nuages noirs viennent de laisser place à un rayon de soleil. C’est peut-être bien le seul message de la journée.
Et pendant que les « autorités » vont saluer un par un les porte-drapeaux de moins en moins survivants, la fanfare militaire se donne un peu de plaisir « En passant par la Lorraine ». Ça c’est pour la Croix. « Les Gaulois sont dans la plaine ». Ça c’est pour... prendra qui veut. On attendait « Tiens voilà du boudin », mais c’est toujours imprudent quand il y a des dames.
Clémenceau disait : « la musique militaire est à la musique ce que la justice militaire est à la justice ». Et le coup de l’étrier ? On taraude à sec, militaire ! Mais non. Pas de vin d’honneur, pas de Madelon qui va servir à boire.
Chacun se sépare comme ça, sans cérémonie, on s’en va et puis c’est tout. Comme disent les pêcheurs, 18 juin ou pas, « on plie les gaules ».
Timéo Danaos

07mai

Fiançailles multisexe à Chiroubles

Pour réussir des fiançailles, il faut deux partenaires, si possible de sexe différent. Mais pas forcément. En Beaujolais, on ne s’embarrasse pas des convenances. On le fait volontiers à trois et même dix fois d’un coup. Samedi s’ouvrait à Chiroubles la dixième Fête des Crus. On y célébrait les fiançailles entre la belle bouffe, le vin et la ville. Pour la belle bouffe, dix toques blanches emmenées par Christophe Marguin. Pour la politique, on pouvait trouver dix toqués, Les Potins se seraient fait un plaisir de donner des noms. On préféra inviter les maires des neuf arrondissements, et la mairie centrale. Enfin les vignerons. Dix de chaque, pour les dix crus. Il s’agit de faire revenir le Beaujolais à Lyon. Le « troisième fleuve », si l’on en croit la tradition qui veut qu’il y coule aussi dru que le Rhône et aussi tendre que la Saône (d’ici à ce que Collomb veuille en aménager les berges !).

10 h 30, les officiels ne sont pas encore là. A la Maison des Vignerons tout est en place, un long bar elliptique, toutes les bouteilles rangées sur leurs rayons, certaines ouvertes et déjà bien vérifiées. Il fait frais comme dans une cave, et les vignerons en grande tenue insistent pour qu’on se joigne à eux aussi sec, afin de commencer la dégustation. Comme on a la mémoire des traquenards, et qu’on ne veut pas confondre « fêtes des crus » et « prendre une cuite », on joue l’esquive. Les premiers officiels arrivent. Les maires d’arrondissement portent une boîte carrée ornée d’un joli ruban : le cadeau de fiançailles. Bague en brillants ? Jarretière ? Sextoy ? Mais qu’y a-t-il donc dans ces boîtes ? Il faudra attendre la fi n de la cérémonie pour en avoir le coeur net.

Tout le cortège rejoint la Maison des Vignerons où la température grimpe d’un coup. Dix crus à déguster, chacun en une vingtaine de variétés, ça fait plus de deux cents bouteilles. Les plus avisés recrachent au fur et à mesure le divin breuvage. Et à cet exercice, les politiques sont imbattables, nul ne sait mieux qu’eux tenir le crachoir. Déjeuner VIP. Cinq cents personnes sur des bancs en bois. Mercier vient d’arriver attiré par l’odeur de cuisine. Pour lui et Jean-Michel Daclin une cérémonie émouvante va se dérouler. Ils vont être intronisés « Damoiselles de Chiroubles ». Ils prêtent serment la main sur le coeur de toujours chanter les mérites de la robe de rubis. On leur remet une médaille dorée, lourde comme un couvercle de cocotte-minute. On leur épargne le petit tailleur blanc à bordure violette qui va avec. Officiellement, ils ne sont que chevaliers des Damoiselles. Dommage, la photo aurait déjà fait le tour du web.

Enfin les fiançailles commencent. Remise de cadeaux, les chefs offrent un livre sur l’histoire des toques blanches, les vignerons deux de leurs meilleures bouteilles, et les maires la mystérieuse boîte carré avec le ruban croisé. Qui cache quoi ? Un diable lubrique ? Une langue de belle-mère ? Un kama-sutra en 3D ? Que peut-on bien offrir un jour de fiançailles ?

Broliquier a oublié sa boîte, le temps d’aller la chercher et le 2e arrondissement se retrouve derrière le 4e. Fiancé avec le Brouilly après s’être brouillé avec l’UMP. Le Chenas avec le 1er, le Chiroubles avec le 3e, le Juliénas avec le 4e, le Côte de Brouilly avec le 5e, le Morgon avec le 6e, le Fleurie avec le 7e, le Moulin à Vent avec le 8e, comme ça tombe bien ! Et le Saint-Amour avec le 9e, « pourvu que ça dure... », semble se dire Alain Giordano.

Quant à la mairie centrale elle hérite du dernier des crus, considérant que Collomb est appelé à Régnié encore pendant quelques temps. Et chacun repart avec ses cadeaux sans ôter le ruban. Mais qu’est-ce qu’il pouvait bien y avoir dans ces boîtes carrées ? On ne le saura jamais*.

Timéo Danaos

* La réponse est dissimulée dans le journal.

16avr.

Collomb joue les fils de l’air

On se doutait que Collomb se sentait pousser des ailes, on en est sûr maintenant. Pas des ailes d’ange, ce n’est pas avec ça qu’on fait une carrière politique. Des ailes de coucou ou de Falcon, c’est selon. Vendredi, il concélébrait l’inauguration d’une extension de l’aéroport de Bron, celui réservé à l’aviation d’affaires.

Le Hall 8 déjà, il fallait trouver. Nous le cherchions benoîtement entre le 7 et le 9, mais non. A moins qu’il soit rendu invisible aux moldus, comme chez Harry Potter. Selon une mystérieuse arithmétique, le Hall 8 a été construit juste avant le Hall 1, au pied de la tour de contrôle, à une main de l’aérogare. Un indice a fini par nous guider : des voitures de fonction, des flics en faction, un tapis rouge et surtout un camion de traiteur.

Dans un hangar fait pour abriter neuf avions, une estrade et des sièges avaient été montés. Et sur l’estrade : Yves Guyon. « Discrétion et efficacité », sont les deux mamelles de l’aviation d’affaires proclame-t-il en substance. Mamelles qui devraient être multipliées par trois, si tout va bien, dans les années à venir. Oui, confirme Guy Mathiolon, car il y a bien un « s » à Aéroports de Lyon.

Puis Gérard Collomb s’empare du pupitre et prend son envol : « Quand nous rentrons d’un match avec Michel Mercier... ». L’OL donne des ailes. Voilà qu’il plane au-dessus de l’Est lyonnais, « des territoires d’avenir », et fait défiler le panorama de ses projets urbains, OL Land compris.

L’assistance, composée de managers de la région, s’en tamponne imperceptiblement le coquillard. Mais Collomb s’envole vers un avenir où le ciel de Lyon deviendrait la deuxième porte d’entrée du territoire français et lui-même serait porté par on ne sait quel nuage.

Sur le plancher des vaches Michel Mercier s’impatiente. Son tour arrive. L’ex-sénateur, toujours-président, enfin-ministre commence par observer que tout a déjà été dit. Il en faut davantage pour arrêter un Mercier qui a envie de parler. Il parle, donc. Nul ne saurait se souvenir de ce qu’il a dit, mais c’était fort sympathique. Mercier conclu, on lance un film tonitruant avec une musique à 120 décibels, le bruit d’un Airbus au décollage. Pour fêter les cent ans de l’aviation lyonnaise, on se projette en 2050, l’aéroport compte quatre pistes au lieu de deux, et 25 millions de passagers au lieu de huit. Personne n’a encore rien bu, mais déjà l’inauguration monte à la tête.

Le buffet se tient sous un chapiteau en plastique transparent, sorte de tente à oxygène pour crise économique au bord de l’asphyxie. On y sert des bulles, du vrai champagne. Michel Forissier s’extasie devant le jambon cru tranché en direct, de quoi vous réconcilier avec les inaugurations prestigieuses. Des messieurs en complet « executive » se congratulent conjointement et réciproquement, une flûte à la main. En flûtes aussi, une Arielle Dombasle à longues jambes se donne des airs de Barbarella de cuir noir. Une autre chouchoute dans ses bras un caniche renifleur qui lui sert aussi de goûteur et un peu d’essuie-tout. L’animal ne sait plus où donner de la truffe, lui non plus.

Voilà qu’on apporte l’attraction finale : une fontaine de chocolat dans laquelle on vient  tremper une brochette de fruits. Amusant mais délicat. On s’en met un peu partout au point d’être obligé de s’en lécher les doigts. On croit avoir entendu une dame proposer son aide pour cette délicate opération. On a sûrement mal compris. Visiblement les transports aériens rapprochent les personnes. De l’autre côté du hangar, Gérard Collomb est interviewé devant un jet privé, un zinc capable de vous expédier à l’autre bout du monde et de vous ramener avant le prochain remaniement ministériel, comme dirait Alain Joyandet. Pour peu qu’on trouve un courant porteur.

Timéo Danaos

08avr.

Il était beau, mon légionnaire...

« La légion d’honneur, ça ne sert à rien de la refuser, il faut se débrouiller pour ne pas la mériter ». Selon cette maxime de Maurice Maréchal*, Robert Batailly a tout faux. Après avoir été fait chevalier puis officier, il était cravaté lundi « commandeur de la légion d’honneur ». Ruban rouge autour du cou avec l’étoile à cinq rayons doubles, le roi n’était pas son cousin, l’Empereur, si. Tout le Musée Grévin des notables lyonnais était venu l’acclamer, qui des entreprises, qui de la politique, de l’armée, du clergé, de la gauche, de la droite, et aussi de la franc-maçonnerie, tant l’homme est connu pour porter le tablier.

A droite de l’estrade, dans le grand salon doré de la préfecture, il y a quelques rangées de chaises pour les invités vintage. Ses conscrits ne sont plus de la première jeunesse, il est né en 1934. Et les discours allaient être longs, très longs. La salle comptait au moins autant de rosettes que le Parc de la Tête d’Or, quelques rubans bleus du Mérite, des épinglettes du Rotary, et même des distinctions plus énigmatiques, comme des crocodiles brodés sur des polos. Vu l’âge des participants, leurs coiffeurs respectifs nous offraient un festival de couleurs qui n’existent pas dans la nature, mais qu’on trouve couramment au rayon des jouets, sur la tête des poupées. Des champs de blés, des vieilles souches, des pruniers, des acajous, des écureuils, des flamboyances acryliques, des hérissons en nylon noir, et même une curieuse choucroute qui a dû rester coincée sur son crâne, depuis la période Bardot. Si Louis la Brocante passait par là, il aurait raflé le lot.

Mercier parle. Il salue Batailly qui est un « pays ». Comme lui, il vient de Bourg-de-Thizy où sa mère tenait le bistrot de l’Hôtel-de-Ville. Est-ce là qu’a germé l’idée de s’inscrire au Parti radical ? Il paraît que la politique s’y faisait à table. Aujourd’hui, c’est plutôt dans l’arrière cuisine. Mercier retrace toute la carrière de Batailly, commencée sous Doudou terminée sous Gégé, à la ville et au département. A ses côtés Nora Berra, chargé des aînés et donc en plein repérage. C’en est assez, tu l’a bien mérité, dit en substance Mercier avant de le cravater fermement.

Puis viennent les remerciements. Batailly lit un véritable annuaire téléphonique de tous ceux qui ont joué un rôle dans sa carrière. La liste est aussi longue qu’un comité de soutien à Queyranne, en comptant ceux qui n’ont rien demandé. On comprend pourquoi les mamies s’étaient dépêchées de squatter un siège. Elles en profitent pour hiberner en attendant la fin de la sonnerie aux vivants.

Enfin, c’est le cocktail et tout le monde s’achemine précautionneusement vers les buffets sur un plancher tout de même ciré. C’est la fête. Sauf pour Robert Batailly pour qui le disneyland continue. Tout le monde veut le congratuler à commencer par Queyranne et Collomb. Embrassades, accolades fraternelles, chacun veut se faire photographier avec lui. On se croit commandeur de la Légion d’honneur et on se retrouve Père Noël aux Galeries Lafayette.

Le crémant de bourgogne est de retour, avec son compatriote le cassis. Dans un coin, un ecclésiastique broute une carotte accompagnée d’un jus de pêche de vigne. Deux mamies passent d’un buffet à l‘autre et réciproquement avec une gourmandise persévérante. Il y a aussi du beaujolais, du kir et du cognac. Bon-bon-bon. Ce n’est pas parce qu’on est l’invité d’un franc-maçon. Mais il s’agit tout de même de garder le compas dans l’œil et de rentrer d’équerre.

Timéo Danaos

 

* Maurice Maréchal, fondateur du Canard Enchaîné.



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