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20janv.

La boîte des pandores s’amuse

Se retrouver au coeur d’une caserne, expérience troublante pour qui n’est pas habitué à fréquenter la gendarmesque, du moins de son plein gré. A l’entrée de la rue Bichat, deux géraniums* montent la caisse*, mais laissent entrer les baveux*.

Ce vendredi matin, le colonel Guérin fête son départ, le colonel Guimard son arrivée, le général Granchamp les fête l’un et l’autre, et le préfet Carenco couve le tout d’une aile protectrice et lourdement galonnée. La cour de la caserne ressemble à ce qu’elle doit être : raide et réglementaire. La planète a été bien grattée*, elle est propre, nue, bordée d’arbres au garde à vous, la petite feuille sur la nervure du bout du tronc. Le mât le plus haut porte un drapeau bleu-blanc-rouge, car rien n’est au dessus de la République. La cérémonie se déroule en bon ordre protocolaire. Les bleus sont alignés, les pousse-cailloux*, les schtroumpfs, les chats bottés* au pied de leur cheval*, les bœufs* en grande tenue. Même la brigade cynophile est venue faire son cinéma. On connaissait les chiens policiers, on découvre les serpattes à quatre pattes, après les boîtes de pandores, voici les niches.

C’est l’instant solennel, la cérémonie de passation des pouvoirs. Le colon* descendant vient de rendre son fanion au gégène*, le gégène s’est dépêché de refiler le mistigri au nouveau comanche*, lequel sort sa latte*, un coup de raquette*, tout le monde fait le drapeau*... sonne la Marseillaise et volent les mouettes ! Buffet. Un vin d’honneur est servi dans la halle des sports. Discours, dans une résonance de cathédrale militaire.

Le Vieux rend hommage à tout le monde, il arbore une poitrine de sapin de Noël*. Il a beau être général de division, ce matin il ne divise pas, il multiplie, il additionne, il élève au carré, le carré des officiers. Il promet un avenir radieux au nouveau commandant. Lyon serait un accélérateur de tableau d’avancement : « le Rhône, c’est un peu la piste aux étoiles ». (Lui-même en porte déjà trois sur son képi). Car ceux qui nous quittent ont manifesté de grandes qualités, ceux qui nous rejoignent en manifestent de plus grandes encore, et c’est ainsi que les arbres finiront bien par monter au ciel, grimpés sur les épaulettes des militaires, scrongneugneu ! A ses pieds, qu’il a rutilants  - car il ne sert à rien de cirer les pompes des autres si c’est pour négliger les siennes - tout en vrac : Broliquier, Havard, Touraine, Guilloteau, Terrot, Meunier. Beaucoup ne retiennent pas leur émotion de voir tant de talents récompensés, et nul doute que leur émotion sera plus grande encore quand leur tour sera venu.

Le colonel sortant prend la parole. Il salue son ex-supérieur : « Merci de la paix royale que vous m’avez accordée ». Le général sourit gentiment, le rôle de fouteur de paix ne lui déplaît pas.  Alors le colon* se lance, et termine sur un aphorisme de son cru, c’est le cas de le dire : « le courage intellectuel, c’est comme la virilité chez les hommes, tout le monde en a, mais elle n’a pas la même taille ». Il est temps de rendre l’antenne avant que tout cela ne dégénère et ne se termine en bitaucirage !

La gendarmerie est un des rares lieux au monde où l’on sert à boire dans de vraies coupes à champagne (et non des flûtes), de celles qui ont été, dit-on, moulées à la main sur les seins de Madame de Pompadour, qui devait les avoir petits mais pétillants. Dans les bouteilles : du « blanc de noir ». Arme redoutable pour lutter contre l’alcoolisme. Impossible d’être contrôlé positif après avoir ingurgité ce breuvage. Dans le pire des cas, le ballon explose.

Timéo Danaos

*Glossaire “Argot de gendarme”. Géranium : garde. Faire la caisse : monter la garde. Baveux : journalistes. Colon : colonel. Comanche : commandant. Gégène : général. Gratter la planète : nettoyer le jardin. Sortir sa latte : sortir le sabre. Coup de raquette : salut militaire. Faire le drapeau : saluer le drapeau. Pousse-cailloux : fantassins. Chats bottés : motards. Cheval : moto. Bœufs : officiers. Sapin de Noël : officier très décoré.

25fév.

Pince-fesse: vernissage de campagne à l’UMP

L'enseigne ressemble à une vieille chanson d’Alain Barrière : Mavi. Un gros « tube » à l’époque, un bon tuyau aujourd’hui. Un magasin de sapes en faillite récupéré pour l’occasion. Du prêt-à-porter, parfait pour faire de la politique. « La mode à petit prix », ça tombe bien, il n’est pas question d’augmenter les impôts. La devanture est rose, un peu comme si les socialistes avaient savonné la planche.
Inauguration prévue samedi vers midi. Gling ! Nora Berra pousse la porte, elle embrasse tout le monde, Françoise Grossetête sourit, tout se passe bien on arrive des Halles de Lyon, ça met en appétit. L’ambiance est classe, on est loin de l’élégance approximative des socialistes. Gros défilé de manteaux de prix, il ne fait pas chaud. Du pied de poule, du pied de coq... du pied de grue aussi, dans un coin, accoudé au comptoir, Philippe Cochet veille au grain. Les femmes portent la coupe au carré, blonde si possible, et des écharpes aux mille couleurs chamarrées. Sauf Fabienne Lévy qui s’enguirlande elle-même d’une superbe écharpe vert-sapin. Les hommes ont des coiffures plus sages, accommodés avec les restes, plus ou moins broussailleux selon le degré de calvitie qui rationne les ressources capillaires.
On ne s’entasse pas ici comme dans le métro. On reste dans une mondanité convenable, on se voussoie, on se papote. Ca ressemble moins à une réunion politique qu’à un vernissage. Rendez-vous le 21 mars pour savoir qui aura été verni. Tout d’un coup Françoise Grossetête rassemble ses troupes : « nous n’avons pas de micro », avertit-elle. Et pas beaucoup de chauffage non plus, les convecteurs ont l’air en RTT. Il y aura pourtant deux pannes d’électricité en dix minutes, deux pétages de plombs, dans une réunion aussi bien élevée !
« C’est parti, tout le monde est dans les starting blocks », clame Françoise Grossetête. Car, elle en est sûre, la dynamique du premier tour entraînera la victoire du second. Voire du troisième ou du prochain.
Philippe Meunier fustige Jean-Jack Queyranne, qui a « laissé partir l’EPR », cette nouvelle génération de centrale nucléaire. Tout doux, ce n’est quand même pas lui qui est responsable des deux pannes de courant. « Sabre au clair (..) nous allons remettre cette région sur les rails », insiste Meunier qui a une conception un peu hussarde des transports ferroviaires. « Ne regardons pas le passé mais l’avenir, battons-nous ». Sinon ce seront nos adversaires qui le feront. Nora Berra n’est pas moins enthousiaste : « Des talents, on n’en manque pas, on n’a pas eu besoin de people ». Ca, c’est pour Gwendal Peizerat. Maintenant que les liste sont faites, il n’est plus temps de rouler des patins. Buffet. Quand on s’appelle « populaire » on fait dans les produits du terroir : charcuterie, jambon de poulet, Brouilly, Côteaux du Lyonnais, Chignin. Les tables de pique-nique  sont vite nettoyées.
Dans un coin, une curiosité rarement vue dans une permanence électorale : des cabines d’essayage. Françoise Grossetête avait pourtant indiqué que son programme était « reconnu comme étant un très bon projet pour la région Rhône-Alpes », on ne pensait tout de même pas qu’on puisse l’essayer sur place. Espérons seulement que les candidats n’ont pas été sélectionnés de la même manière. Décidément l’équipe de campagne a su profiter de tous les équipements du magasin de vêtements. Les vestes ont été accrochées sur des cintres à des porte-manteaux. Les candidats n’auront pas besoin de se baisser pour les ramasser.
Timéo Danaos

19fév.

Chacun sa messe

Dis-moi comment se passent les réunions publiques et je te dirai quel est le parti. Chez Europe Ecologie, c'est bonne ambiance avec le ring au milieu de l'arène. Et pourtant, mardi près de la moitié des huit cents participants étaient debout, faute de place. Qu'est-ce que ça aurait été si les écolos avaient tenu meeting dans une salle plus accessible que celle de Francheville et par un temps plus clément !

La scène avait beau ressemblé à un ring, les coups ont - cette fois - été plutôt retenus. On était loin de la réunion publique sur le logement de Villeurbanne où ressortait en filigrane qu'aujourd'hui les élus en place ne faisaient rien en la matière. Mardi, l'adresse aux socialistes pouvait se résumer dans ce bon mot de Noël Mamère, reconverti en GO: "N'ayez pas peur" (des écolos). Impression confirmée par Daniel Cohn-Bendit qui, réaliste, préfère regarder le poids et l'influence d'Europe Ecologie au soir du premier tour que le nombre de régions qu'elle pourrait (peut-être) diriger. Ou une Cécile Duflot dont le discours apporte indubitablement un peu de fraîcheur à la classe politique.

Etait-ce la présence du maire socialiste de Francheville René Lambert ? L'édile est non seulement venu (après tout l'entrée est libre) mais on lui a également donné la parole. Ça n'a pas empêché Philippe Meirieu, arpentant la scène avec sa démarche syncopée, de donner quelques coups de griffes au PS. On ne refait pas le pédagogue, à fond dans sa démarche d'éducation pour offrir d'autres valeurs que celles de la consommation à tout crin aux jeunes.

On était évidemment à mille lieues du classicisme de l'UMP pour son lancement de campagne. Après tout, pourquoi changer ? C'est le premier parti de France. Le truc, c'est que pour galvaniser les foules, il faut donner l'impression d'y croire. Bernard Accoyer peut terminer son discours par un magistral: "pour la France", ça n'efface l'impression bizarre que laissent les candidats ardéchois en se plaçant dans la perspective d'une défaite avec une vice-présidence pour leur concurrent socialiste Hervé Saulignac. Ou le bide monumental parmi les militants de la conseillère élyséenne Sophie Dion qui conclut même en parlant des "belles têtes de gondole" de l'UMP pour ces régionales. Derrière Philippe Meunier a choisi de ratisser large en saluant à la fois le travail de Charles Millon... et celui d'Anne-Marie Comparini à la Région. La droite n'était pas aussi œcuménique en 1998. Il en fallait manifestement plus pour mobiliser les troupes. Les Jeunes populaires ont eu beau se lever, applaudir, hurler à l'arrivée au micro de Françoise Grossetête, ils ne représentaient qu'un quart de la salle. L'autre partie est sagement restée assise...

Au moins la députée européenne a-t-elle laissé la parole à se colistiers. En présentant les siens lundi dernier, Azouz Begag a - malgré ses promesses - monopolisé le micro dans un freestyle qu'il affectionne tant. A bon escient ? Derrière lui, à part Richard Morales qui tentait de faire bonne figure, Anne-Sophie Condemine et Anne Pellet donnaient parfois le sentiment d'être atterrées. Juste une impression sans doute. On attend avec impatience le premier "meeting" du Modem, lundi place Bellecour sur un tabouret.

12juin

L'OL Land sur fonds publics n'emballe pas les Français

Tout dépend de la question. On se souvient du sondage commandé par Jean-Michel Aulas qui expliquait que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes avec le (futur) Grand Stade de l'OL à Décines. Et ce, malgré les opposants qui ne manquaient pas de donner de la voix, jusque dans les urnes à l'occasion des municipales. Certains avaient alors eu beau jeu d'expliquer que les habitants de l'Ouest lyonnais (par exemple) pouvaient tout à fait ne rien avoir contre ce projet puisqu'ils n'en subiraient pas les nuisances.

L'association Carton Rouge vient de démontrer que l'on peut tout à fait trouver une très large majorité de Français s'y opposant. Il suffit de casser sa tirelire pour réaliser un Sondage sur le Financement du futur stade de football lyonnais.pdf qui met en exergue l'apport d'argent public à un projet privé lucratif. La réponse est sans appel: 71% des sondés sont contre. Au moment où nos collectivités se débattent dans des difficultés financières et peinent à financer des programmes autrement plus cruciaux (notamment dans le social), c'est bien le moins.

Voilà une enquête d'opinion réalisée par CSA qui tombe à pic alors qu'un amendement gouvernemental au projet de loi sur le tourisme doit justement permettre de déclarer ces enceintes privées d'intérêt général... et ainsi permettre aux collectivités locales de mettre au pot. Ce n'est pas le député de la 13e circonscription du Rhône Philippe Meunier qui nous démentira, lui qui se bat  (un peu seul) contre cette possibilité à l'Assemblée. Voilà qui va nous permettre de voir si nos élus, à commencer par le Chef de l'Etat dont on dit qu'il en est très friand, gouvernent avec les sondages.



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