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22fév.

Et François Turcas vira au rouge...

Que du beau linge lundi dernier au Double Mixte pour célébrer la fête de l’entreprise. Tout le monde embrasse tout le monde, on est si content de se retrouver, on ne s’est pas vus depuis les derniers vœux, ça doit bien faire deux ou trois jours. D’Anne-Sophie Condemine à Richard Brumm, en passant par Gérard Collomb, Michel Havard, Nora Berra et même la chaise vide d’André Gerin. La CCI, le Medef et la CGPME réconciliés jusqu’à la prochaine escarmouche.

Le voilà, il s’avance, la patron de la CGPME, c’est lui qui invite, sous un tonnerre d’applaudissements. Il remercie tout le monde, salue le philosophe avec qui il a débattu dans l’après-midi, l’anoblit au passage : « André Comte de Sponville ». Il a le verbe généreux, François. Il fustige le moral en berne des troupes françaises, la palme de la morosité pour ce pays plus pessimiste sur son propre sort que les Pakistanais ou les Afghans.

La faute à qui ? « Au capitalisme sauvage qui depuis des années a ruiné l’économie réelle ». Pas moins de trois anciens de Goldman-Sachs président aujourd’hui aux destinées de l’Europe, en Grèce, en Italie, à la BCE.

Faut-il faire la révolution ? Pendre les patrons avec les tripes des curés ? Mais non. François Turcas n’a pas viré rouge. Rubicond, ça pourrait venir... La solution n’est pas le NPA mais la PME. « Nous sommes d’incorrigibles producteurs d’optimisme (...) les forces vices de la 5e puissance économique du monde ». Bref on les aura.

Les onze trophées de l’entreprise vont maintenant pouvoir être remis, en direct sur TLM, avec la grâce de Céline Boff du Progrès. Et d’Anne Glémorec d’Euronews. « Quel sens a cette fête de l’entreprise ? », demande-t-elle à Pierre Fanneau, du Progrès. « Bonsoir », répond-il, avant d’expliquer que 2012 sera l’année de l’internet pour Le Progrès, aussi vrai que 2011 fut celle de la pâte à papier.

Et le philosophe ? Il est monté sur scène. Il vient de participer à une table ronde sur le bonheur au travail. Mais c’est intéressant, ça ? Anne lui tend le micro, grave erreur. Il le prend. Il le garde. Il explique, il développe. On est parti pour un cours de fac. Anne se décompose sur place. A chaque mot de plus de cinq syllabes, TLM perd 10 000 téléspectateurs. « Et oui le bonheur au travail n’est pas naturel, il faut le construire peu à peu et c’est de la responsabilité des managers, et c’est un enjeu majeur s’ils veulent garder les meilleurs salariés »...

Et le bonheur à l’antenne d’Anne et Céline vient de se barrer en courant. Le timing de l’émission est fichu maintenant, on ne rattrapera plus le retard (noter sur un carnet : ne jamais donner la parole à un philosophe). On va devoir cavaler pour les dix trophées suivants : une enveloppe, un film, une question, une photo. Envoyez l’environnement, la responsabilité sociale des entreprises... le jongleur. Non, ce n’est pas un nouveau trophée mais un artiste du cirque Medrano venu en intermède jongler avec des baballes devant un public habitué à en faire autant avec les chiffres.

Et la cérémonie reprend : le développement territorial, la TPE... la femme. Non, ce n’est pas un artiste du cirque Medrano, mais une vrai femme, Nadine Ferri, une entrepreneure. Et elle a bien fait de venir, tous les autres lauréats sont des hommes, on commençait à se demander pourquoi ça s’appelait le Double « Mixte ». Ca y est, on arrive au bout. Malgré le Comte de Sponville. « Vous pourrez suivre la rediffusion sur TLM à partir de 21 h 30 », annonce Céline Boff. Il est déjà 22 h 15. Le mot de la fin pour François Turcas : « Vivement 2013 ». Ce sera aussi le mot de la faim. Vivement le buffet.

Timéo Danaos

26oct.

Collomb s’égosille mais les Lyonnais restent sourds


On ne l’a pas assez dit ! La victoire de François Hollande, c’est bien lui, Gérard Collomb, qui en a été l’un des principaux artisans. Avec une modestie à faire pâlir d’envie Alain Bideau, le maire de Lyon s’est précipité dimanche soir pour se réjouir. « L’appel que j’ai lancé sur Lyon a été entendu » nous a-t-il expliqué. Quelle influence ! Quelle autorité ! Nous en restons sans voix… On aurait tort de penser que l’appel de Collomb n’a été entendu qu’entre Saône et Rhône. Bien au contraire. Son organe porte loin, très loin. Disons même qu’il porte de mieux en mieux à mesure que l’on s’éloigne de la place Bellecour et de l’Hôtel-de-Ville. A Lyon même, Hollande n’a séduit qu’un peu plus de 51% des électeurs. Sur l’ensemble du département du Rhône, le score s’améliore avec 54%. Et il frise les 57% pour l’ensemble du territoire.

Décidément, Collomb a raison de se pousser du col et de jouer les fiers-à-bras. Seuls les jaloux, les aigris et les potes de Michel Havard refuseront de reconnaître l’influence politique de la parole collombienne.

Bien sûr, ce deuxième tour des primaires vient confirmer le constat médical inquiétant déjà fait la semaine précédente : nombre de Lyonnais souffrent d’une forme aiguë de surdité profonde. Certains arrondissements sont plus touchés que d’autres par cette épidémie qu’il conviendrait de soigner rapidement. C’est principalement le cas dans le 1er arrondissement où l’électeur de gauche pourtant de bonne volonté n’a visiblement pas entendu l’appel de Collomb. Sur les terres de la mairesse Nathalie Perrin-Gilbert, Martine Aubry s’impose avec plus de 60% des suffrages. Il en va de même sur le plateau de la Croix-Rousse et même dans le 7e arrondissement. Comble de malheur, la maladie n’épargne pas plus le fief historique de Collomb. L’appel lancé par le maire n’a guère réveillé les électeurs. Le 9e est demeuré l’un des arrondissements où l’on a proportionnellement le moins voté pour ces primaires.

Cette surdité qui frappe Lyon pourrait être vite oubliée si elle ne risquait pas demain d’entraîner quelques conséquences politiques. Si François Hollande remporte la prochaine élection présidentielle, il ne manquera pas de remercier le maire de Lyon pour l’aide qu’il lui a apportée. Et comment mieux le remercier qu’en le laissant éloigné du gouvernement, histoire de lui éviter d’être touché par le désamour qui risque fort de s’abattre sur nos futurs dirigeants lorsque, après les promesses de la campagne, ils seront confrontés aux réalités et n’auront d’autres solutions que d’imposer la rigueur au pays ?

Gérard Angel

18sept.

Speed dating post mortem

Cinq minutes par personne. Tout le monde voulait se faire entendre à l’inauguration de la Maison des Deux Rives, à la Confluence, ce lundi. Rendez-vous à 18 heures au Monolithe, ce cube de béton doré de la rue Denuzière. Une maison-relais pour personnes en déshérence.

Tout le monde non, car un certain nombre de personnalités étaient au contraire venues là pour se taire, ce qui mérite le respect. Michel Havard, qui n’en pense pas moins. Et le préfet Carenco, celui qui ressemble à John Cleese des Monthy Python, un préfet nommé Wanda.

Mais Daniel Saillant parle. Il est le président d’Habitat et Humanisme Rhône, maison fondée en 1985 par Bernard Devert pour fonder des maisons. Et par Jacques Moulinier, disparu en 2010. « Il est là-haut, il nous regarde, il est content ». On aimerait bien qu’il n’en profite pas pour jouer avec les nuages, on est dans la cour.

Raphaël Appert, du Crédit Agricole, lui succède au micro. Certes, avec tout ce chahut boursier « ce n’est pas facile en ce moment de prendre la parole pour un banquier ». Il la prend quand même et il n’a pas l’intention de démissionner non plus. Bien au contraire. « Longue vie au projet ! ». La banque continue.

Denis Broliquier compte 33 logements là où une vingtaine seulement ont suffi aux autres, mais les autres n’ont pas besoin de se faire élire dans cet arrondissement, lui si. On n’a jamais trop d’électeurs. Il se souvient de Jacques Moulinier à l’époque où ils étaient tous les deux centristes. Comme le temps passe.

Puis c’est le tour de Philippe Barbarin : oui Jacques Moulinier est avec nous ce soir, et aussi Mère Térésa, « car c’est l’anniversaire de sa mort en ce 5 septembre ». Décidément le ciel commence à être chargé !

Gérard Collomb s’avance. Il salue le catholicisme social, grande tradition de la ville, il cite Henri Lacordaire, rend un hommage vibrant à Jacques Moulinier, mais n’en doutons pas, la politique menée en ce moment par la ville de Lyon se situe exactement dans la droite ligne des convictions défendues par Jacques Mouliner à son époque. Au centre droit, donc.

Ah, reprend Jean-Jack Queyranne, on peut dire que Jacques Moulinier était passionnément Lyonnais. C’est grâce à des gens comme lui qu’au cœur de la Confluence aujourd’hui, « il n’y a pas que des bâtiments prestigieux, du commercial et des immeubles de standing », il y a aussi... (euh... l’immeuble du Progrès ?). Non ! Il y a aussi « du logement pour tous, le droit au logement effectif ». Effectivement.

Allez Michel ! Le Garde des Sceaux va fermer le banc. Il se souvient de Jacques Moulinier et de tout le parcours politique qu’ils ont suivi ensemble sur les chemins du centre : « Jacques avec qui nous avons mené des combats politiques et nous en avons perdus autant que nous en avons menés ». Toute une carrière. Quand on pense à tous les combats que Michel Mercier va maintenant devoir perdre tout seul !

Coupons le ruban avant que ça ne refroidisse. Le coup de ciseau inaugural sonne le tocsin pour les bouchons de champagne qui dépotent un peu partout. Du moins : du crémant de Bourgogne, le même que Michel Mercier sert à sa table du Département, ça sent le déstockage massif.

Une ambiance très cathosphère. Dress code : s’habiller de couleur terne et toujours donner l’impression de s’ennuyer un peu, mais pas trop.

Si d’aventure on croque un canapé (ceux au fromage de chèvre par exemple) le faire comme par inadvertance et en ne donnant  pas l’impression d’y prendre du plaisir. Manquerait plus que ça !

Timéo Danaos

28avr.

L’UMP à front renversé

Quelle honte ! Quelle horreur ! Réduire brutalement les dépenses en fermant des écoles isolées ou des résidences pour personnes âgées, ne pas investir assez pour anticiper la demande dans les cantines scolaires, supprimer un poste de directeur sur deux dans les établissements d’hébergement pour les aînés, mettre en place un plan d’austérité qui aboutit à la fermeture de trois restaurants de l’UGFRL (Union de gestion des foyers restaurants lyonnais)... Sans parler du plan d’économies au sein de l’administration.

Non, non, il ne s’agit pas d’une énième harangue du Parti socialiste contre la politique de rigueur du gouvernement Fillon. Mais du bilan de la mi-mandat de Gérard Collomb dressé par l’opposition de droite, Michel Havard en tête. Le député UMP a beau assurer que lui tient le même discours à Paris et à Lyon, il est délicieux de l’écouter dénoncer la « situation sociale dégradée » à la Ville de Lyon et se mettre résolument du côté des agents dans le malaise ambiant. Toute ressemblance avec ce que l’on peut entendre vis-à-vis du chef de l’Etat dans l’Education nationale, à l’hôpital public ou chez les magistrats ne serait que pure coïncidence. Idem quand il s’agit de pointer les cadeaux faits au privé dans « le scandale immobilier avec la rue Grôlée » ou « le scandale historique avec l’Hôtel-Dieu ». Sans compter le « scandale financier avec la Sacvl ». Si l’on écoutait l’UMP, on réhabiliterait illico l’investissement public dès lors qu’il s’agit de l’intérêt général.

C’est pourtant simple : tout est question de méthode, de savoir-faire, d’anticipation et de concertation. Car de l’argent, il y en a. Pour les transports, par exemple, Havard l’assure : il y a des « budgets non captés » par le Sytral au niveau national. Ceux qui croyaient François Fillon à la tête d’un Etat en faillite en seront... pour leurs frais. Puisque c’est l’UMP qui vous le dit.

Seule constante : la non augmentation des impôts vaut aussi bien au plan national qu’au niveau local. Mais alors, qu’aurait fait Havard à la place de Collomb ? Réponse... en 2014. Lorsqu’il sera candidat. Pas question de débuter le festival avant l’heure cette fois. Des municipales de 2008, le chef de file de l’UMP a gardé quelques cuisants souvenirs. L’un d’entre eux fut l’idée lancée très tôt d’un évènement autour du cinéma... reprise avec le succès que l’on sait par Gérard Collomb. Ainsi naquit le festival Lumière.

Havard ne rejouera donc pas la même scène et préfère « prendre le risque d’attendre 2014 pour dévoiler mes projets, que ce soit autour d’un éco-quartier ou d’autre chose ». D’ailleurs, pas un mot sur ce qu’il propose dans le document qu’il s’apprête à diffuser à quelque 8 000 exemplaires. Seulement l’annonce de sa candidature aux Lyonnais. Si Michel Havard tient ses promesses, ça risque de finir par être long trois ans de campagne sans propositions.

Alexandre Buisine

27avr.

Quand Giordano se prend à rêver d’un fauteuil de député

Les yeux fixés sur les performances des écolos lors des dernières élections européennes, régionales et cantonales, Alain Giordano se voit déjà un destin national. Son analyse est simple, pour ne pas dire simpliste. Si un accord national intervient entre le Parti socialiste et EELV (Europe Ecologie Les Verts), la formation que dirige Cécile Duflot peut espérer décrocher deux candidatures dans le Rhône.

Les écolos pourraient tout à fait jeter leur dévolu sur deux circonscriptions : celle de Villeurbanne où Béatrice Vessiller vient de brillamment se faire élire conseillère générale et une circonscription sur Lyon.

Sur le papier, c’est évidemment dans la seconde circonscription, notamment du côté de la Croix-Rousse, que les écolos obtiennent leurs meilleurs scores. Aux dernières régionales, la liste EELV a même devancé de près de deux points la liste menée par Jean-Jack Queyranne dans le 1er arrondissement. Pas sûr toutefois que le PS acceptera demain de sacrifier l’un des siens - le très actif député Pierre-Alain Muet - pour laisser le champ libre à un candidat écolo. Le maire du 9e ne l’ignore pas, lui dont l’arrondissement est à cheval sur deux circonscriptions. Du coup, le voilà qui lorgne sur la première, celle que détient l’UMP Michel Havard. Ce n’est certainement pas un hasard s’il a choisi la première circonscription pour organiser la semaine dernière une réunion avec quelques responsables d’associations locales.

Pour employer un euphémisme, on dira que son activisme actuel n’est pas vraiment du goût des élus socialistes du 9e arrondissement. Voilà des mois que les relations sont mauvaises. Elles ont encore empiré ces dernières semaines. La preuve ? Les élus socialistes, le 1er adjoint Bernard Brochard en tête, refusent désormais de participer aux réunions hebdomadaires qu’organise le maire avec sa majorité. Ils justifient leur bouderie par la décision de Giordano d’associer des fonctionnaires à ces réunions qui sont théoriquement politiques.

En délicatesse avec les socialistes, Alain Giordano devra également compter avec les ambitions d’un autre partenaire des socialistes : le radical Thierry Braillard. Au terme d’un accord national, c’est déjà lui qui, aux dernières législatives, a représenté l’ensemble de la gauche dans cette première circonscription. Il n’avait d’ailleurs été battu que d’une courte tête par Michel Havard. On l’imagine aisément, Braillard va tout faire pour être à nouveau en piste l’année prochaine. Pour se donner un maximum de chance, il vient de se faire élire vice-présdient du PRG, en charge des… élections. Comme quoi, on n’est jamais si bien servi que par soi-même.

Gérard Angel

10mar.

La requinquette du pouvoir

Jeudi soir, c’était le grand raout de la droite lyonnaise. Michel Havard avait réuni tous ses amis, même ceux qui ne l’étaient pas, ou qui l’étaient peu, et ceux qui ne demandaient qu’à le devenir si d’aventure il se faisait élire maire de Lyon à la place du maire d’Aujourduy. Six cents personnes réfugiées sur l’Embarcadère, et pourtant il n’a pas pris l’eau, et pourtant il pleuvait dru. La droite de maintenant : Philippe Cochet, Nora Berra. La droite d’hier : Henry Chabert, Jean-Michel Dubernard (venu prêter main-forte). Et même la droite hors d’âge, à l’abordage ! La droite du centre : Fabienne Lévy. Et la droite de passage : tiens Victor Bosch !

Toute la droite ? Non, car un petit coin de Broliquie résiste encore et toujours à l’appel du large, du moins : du large rassemblement. « Qu’est-ce qui nous rassemble ? », se demande d’ailleurs Dominique Perben au micro. Il est venu passer le flambeau. Pas celui de la victoire, le malheureux, il le cherche encore ! Ce qui nous rassemble, « c’est la ville et son passé fabuleux. Elle a inventé les prud’hommes, découvert la Chine ». Pas le même jour, bien sûr ! Mais le maire d’Aujourduy est un cran en-dessous de ce qu’il faudrait.

Heureusement s’avance Michel Havard. Il monte sur scène. Il remercie Dominique Perben, sous des applaudissements mous, voire un rien rancuniers. « Je serai candidat à la mairie de Lyon », annonce-t-il. La foule se déchaîne : Habemus papam ! Jouez haut-bois, résonnez musettes ! Calmos... Michel Havard temporise : « il ne faut pas démarrer en fanfare car la route est longue ». Et on ne va pas la parcourir avec un hélicon autour du nombril, ça non. « Lyon recule », dénonce-t-il. Et que font les socialistes pendant ce temps ? Ah vraiment « ils feraient mieux de balayer devant leur porte et de se regarder dans la glace ». Encore faut-il avoir pensé à installer une glace devant sa porte, mais peu importe.

Demain le nouveau chef présentera un nouveau projet : la ville à vivre. Le voilà qui dévoile le logo de l’association qui le conduira jusqu’à son destin : Association Ensemble Pour Lyon. Ben c’est quoi ? On voit une sorte de rond avec des tas de petits bonshommes éparpillés dedans, des bleus foncés, UMP pur jus, des bleus clairs, radicaux hésitants  et des jaunes canari, peut-être des Modem décolorés.

« Pouvons-nous gagner ? ». Quatre personnes répondent : oui. Les autres ne savaient pas qu’il fallait prendre la parole. « Oui nous le pouvons ! », clame Havard, à condition que chacun apporte sa pierre à l’édifice. Sa pierre ou plutôt son petit caillou blanc. Car on vient de découvrir un plateau de balance contenant tout un tas de galets. Chacun est invité à venir en prendre un, et au fur et à mesure que le plateau se vide, normalement il devrait se passer quelque chose... mais il ne se passe rien. Alors un officiant caché derrière une colonne tire sur une corde et miracle ! Le plateau remonte pendant qu’un autre descend, un autre qui contient une maquette de l’Hôtel-de-Ville, enfin à portée de main, nous y voilà, alléluia ! Rien ne vaut les bonnes vieilles grosses ficelles.

Buffet. Car jusqu’à présent seuls les applaudissements ont été nourris. Une droite toute requinquée s’approche de tables couvertes de charcuteries, de pain, de vin rouge et de blanc, la campagne des municipales démarre et pour démarrer une campagne rien ne vaut un buffet campagnard. Michel Havard n’en finit pas d’être congratulé. Et il y a de quoi. Pendant que les ogres s’emparent du buffet, lui s’installe dans le rôle du Petit Poucet. N’empêche, il est le premier candidat qui, pour lancer sa campagne, propose à ses troupes d’aller prendre un gadin !

Timéo Danaos

14déc.

Les tablettes de Claude

Le mystère des tables claudiennes enfin éclairci. Grâce au champagne et au chocolat. A l’entrée du Musée gallo-romain, le lion Ebène a plus à craindre des visiteurs que le contraire. Il pèse dans les deux cents kilos et ne saurait résister longtemps à une attaque de bambins excités par les fèves de Noël. C’est l’œuvre du MOF Nasserdine Mendi. Il a été confectionné par les chocolats Weiss, de Saint-Etienne, grâce au moule prêté par Mohamed Attia, le montreur de lions, ceux des biennales lancées en 2004.

Mais on est venu pour savoir. Le fin mot de l’histoire. La solution de l’énigme multiséculaire. Depuis leur découverte en 1528, les tables claudiennes restent un mystère pour les chercheurs. Ont-elles été moulées ou gravées ? Moulées, c’est impossible, une plaque de bronze de plus de 5 m² d’un seul tenant ? Gravée, c’est impossible aussi. Le bronze est un métal trop dur pour qu’on puisse le ciseler avec cette précision de « zéro défaut ». Alors ? Laquelle de ces impossibilités est vraie ? Réponse : les deux. La science a parlé. La plaque a été fondue en cire perdue, puis gravée en ciseau retrouvé. Ainsi parla la tribologie, après des mois d’études savantes.

Et ces tables sont lourdes d’Histoire pour Lyon, 2 000 ans et 220 kilos. Elles retracent un discours prononcé par l’empereur Claude au Sénat, pour soutenir ces Lyonnais qui demandaient leur citoyenneté. Et encore une fois le sénateur Collomb n’était pas là pour défendre sa ville, semble dire Michel Havard qui ne lâche rien !

La tribologie, c’est l’étude des traces d’usure des surfaces. Elle ne peut en aucun cas servir à s’y retrouver dans les tribus du Parti socialiste, ni à y mesurer l’usure des éléphants ou les traces de dents qui rayent le parquet. Bref elle est à distinguer de ce qui fait le quotidien du journaliste politique : l’étripologie.

Que venaient faire dans cette galère les chocolats Weiss ? Le directeur général l’explique devant le public réuni. Tout d’abord transmuter les tables en tablettes. Lors de la dernière fête de la science, ils avaient fourni des moules en silicone pour que les enfants puissent reproduire un fragment des tables claudiennes en chocolat. Quelle délicieuse manière d’apprendre l’Histoire !

Les belles dames approuvent. Elles ont beaucoup joué avec les silicones elles aussi. Elles représentent le meilleur de la chirurgie esthétique dans sa période impressionniste. Certaines n’ont plus de nez et trop de bouche, d’autres trop de seins et plus de fesses. Ou l’inverse. Cela ne les empêche pas de trôner au milieu de ruines gallo-romaines qui n’ont pas pris une ride. Une Barbarella de salons de thé avec des bottes à clous dorés. Une Mireille Darc vitrifiée au carbone 14. Une femme des années 80 avec un sac en peau de lapin. On croise même un vieux jeune au front plein de cheveux, avec la fameuse « mèche de droite » qui permet d’entrer au Q-Boat sans invitation.

Tout est très aimable. Car Weiss offre le buffet et comme chez Willy Wonka, il est tout en chocolat : des orangettes, des palets d’or, des macarons aux marrons, au caramel, au beurre salé. Les fines bulles coulent à flot, l’un pousse l’autre et réciproquement. On a même trouvé une eau pétillante authentiquement gallo-romaine dans une bouteille en forme d’amphore.

Mohamed Attia court toujours après ses lions, ceux de l’édition 2010 lui ont filé entre les mains, faute de financement. Il promet qu’ils reviendront en 2012. En pleine campagne présidentielle ? Mais qui osera se jeter dans la fosse aux lions à deux pas de l’Amphithéâtre des trois Gaules ?

Timéo Danaos

16sept.

Collomb - Berra : rupture pour un jeûne

Gérard Collomb l’aura appris à ses dépens : l’ère de la droite lyonnaise étriquée et couille molle est révolue. Avec un culot et une détermination à faire pâlir de jalousie Dominique Perben et ses amis, Nora Berra a montré que Lyon va désormais devoir compter avec elle. Voilà des années que Collomb piétine allégrement ses adversaires UMP sans jamais s’attirer la moindre réaction. Cette fois, il est tombé sur un os. Ses efforts pour priver de parole la secrétaire d’Etat aux Aînés auront été vains. Sans se démonter, Nora Berra a su tranquillement s’imposer devant un Collomb vert de rage de perdre ainsi la face dans sa propre mairie.

La scène s’est déroulée à l’occasion du repas de rupture du jeûne organisé mardi soir dans les salons de l’Hôtel de Ville. Collomb n’a pas apprécié que le recteur de la Grande Mosquée Kamel Kabtane convie Nora Berra à participer à la fête. Il a encore moins apprécié quand celle-ci a fait savoir qu’elle prononcerait un discours. Pas question a fait savoir le maire de Lyon. Ses collaborateurs ont alors expliqué qu’il n’y aurait pas de discours, mais simplement un échange de toasts.

Ce programme a été suivi à la lettre. Vers 21h30, Kamel Kabtane se lève pour prononcer quelques paroles. Gérard Collomb lui répond brièvement. Ensuite, c’est au tour de l’ambassadeur du Qatar. Difficile de parler d’un simple toast alors qu’il s’agit déjà d’un vrai discours que lit le diplomate avec application.

Pendant ce temps-là, Nora Berra a ostensiblement sorti son discours. Collomb fait mine de ne rien voir. Quand l’ambassadeur termine son propos, le maire se lève pour le raccompagner. « Je reviens » promet-il à l’assemblée. Aussitôt, sur ordre de son cabinet, la valse des serveurs reprend. « Dépêchez vous de servir » entend-on du côté de l’office. L’objectif est clair : tout faire pour empêcher Nora Berra de parler.

A 22 heures, les collaborateurs du maire se frottent déjà les mains. Les musiciens se sont remis à jouer et les convives ont le nez plongé dans leur assiette. Qu’importe ! Nora Berra montre alors qu’elle ne manque pas de cran. Elle se lève, se dirige vers la tribune, demande aux musiciens de lui passer le micro. Et la voilà qui pendant un quart d’heure va prononcer un discours au demeurant fort bien troussé.

En face du maire, le député Michel Havard boit du petit lait. Nora Berra le venge publiquement des petites vexations que se plait à lui infliger régulièrement Collomb. Attention ! Il n’est pas sûr que le député UMP ne soit pas, demain, la prochaine victime de sa camarade de parti. En agissant comme elle l’a fait, Nora Berra a endossé l’habit de principale adversaire du maire de Lyon. Encore deux ou trois coups comme celui-ci, et l’Elysée pourrait bien considérer judicieux de la charger de mener la prochaine campagne municipale à Lyon.



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