Le mystère des tables claudiennes enfin éclairci. Grâce au champagne et au chocolat. A l’entrée du Musée gallo-romain, le lion Ebène a plus à craindre des visiteurs que le contraire. Il pèse dans les deux cents kilos et ne saurait résister longtemps à une attaque de bambins excités par les fèves de Noël. C’est l’œuvre du MOF Nasserdine Mendi. Il a été confectionné par les chocolats Weiss, de Saint-Etienne, grâce au moule prêté par Mohamed Attia, le montreur de lions, ceux des biennales lancées en 2004.
Mais on est venu pour savoir. Le fin mot de l’histoire. La solution de l’énigme multiséculaire. Depuis leur découverte en 1528, les tables claudiennes restent un mystère pour les chercheurs. Ont-elles été moulées ou gravées ? Moulées, c’est impossible, une plaque de bronze de plus de 5 m² d’un seul tenant ? Gravée, c’est impossible aussi. Le bronze est un métal trop dur pour qu’on puisse le ciseler avec cette précision de « zéro défaut ». Alors ? Laquelle de ces impossibilités est vraie ? Réponse : les deux. La science a parlé. La plaque a été fondue en cire perdue, puis gravée en ciseau retrouvé. Ainsi parla la tribologie, après des mois d’études savantes.
Et ces tables sont lourdes d’Histoire pour Lyon, 2 000 ans et 220 kilos. Elles retracent un discours prononcé par l’empereur Claude au Sénat, pour soutenir ces Lyonnais qui demandaient leur citoyenneté. Et encore une fois le sénateur Collomb n’était pas là pour défendre sa ville, semble dire Michel Havard qui ne lâche rien !
La tribologie, c’est l’étude des traces d’usure des surfaces. Elle ne peut en aucun cas servir à s’y retrouver dans les tribus du Parti socialiste, ni à y mesurer l’usure des éléphants ou les traces de dents qui rayent le parquet. Bref elle est à distinguer de ce qui fait le quotidien du journaliste politique : l’étripologie.
Que venaient faire dans cette galère les chocolats Weiss ? Le directeur général l’explique devant le public réuni. Tout d’abord transmuter les tables en tablettes. Lors de la dernière fête de la science, ils avaient fourni des moules en silicone pour que les enfants puissent reproduire un fragment des tables claudiennes en chocolat. Quelle délicieuse manière d’apprendre l’Histoire !
Les belles dames approuvent. Elles ont beaucoup joué avec les silicones elles aussi. Elles représentent le meilleur de la chirurgie esthétique dans sa période impressionniste. Certaines n’ont plus de nez et trop de bouche, d’autres trop de seins et plus de fesses. Ou l’inverse. Cela ne les empêche pas de trôner au milieu de ruines gallo-romaines qui n’ont pas pris une ride. Une Barbarella de salons de thé avec des bottes à clous dorés. Une Mireille Darc vitrifiée au carbone 14. Une femme des années 80 avec un sac en peau de lapin. On croise même un vieux jeune au front plein de cheveux, avec la fameuse « mèche de droite » qui permet d’entrer au Q-Boat sans invitation.
Tout est très aimable. Car Weiss offre le buffet et comme chez Willy Wonka, il est tout en chocolat : des orangettes, des palets d’or, des macarons aux marrons, au caramel, au beurre salé. Les fines bulles coulent à flot, l’un pousse l’autre et réciproquement. On a même trouvé une eau pétillante authentiquement gallo-romaine dans une bouteille en forme d’amphore.
Mohamed Attia court toujours après ses lions, ceux de l’édition 2010 lui ont filé entre les mains, faute de financement. Il promet qu’ils reviendront en 2012. En pleine campagne présidentielle ? Mais qui osera se jeter dans la fosse aux lions à deux pas de l’Amphithéâtre des trois Gaules ?
Timéo Danaos
