Que du beau linge lundi dernier au Double Mixte pour célébrer la fête de l’entreprise. Tout le monde embrasse tout le monde, on est si content de se retrouver, on ne s’est pas vus depuis les derniers vœux, ça doit bien faire deux ou trois jours. D’Anne-Sophie Condemine à Richard Brumm, en passant par Gérard Collomb, Michel Havard, Nora Berra et même la chaise vide d’André Gerin. La CCI, le Medef et la CGPME réconciliés jusqu’à la prochaine escarmouche.
Le voilà, il s’avance, la patron de la CGPME, c’est lui qui invite, sous un tonnerre d’applaudissements. Il remercie tout le monde, salue le philosophe avec qui il a débattu dans l’après-midi, l’anoblit au passage : « André Comte de Sponville ». Il a le verbe généreux, François. Il fustige le moral en berne des troupes françaises, la palme de la morosité pour ce pays plus pessimiste sur son propre sort que les Pakistanais ou les Afghans.
La faute à qui ? « Au capitalisme sauvage qui depuis des années a ruiné l’économie réelle ». Pas moins de trois anciens de Goldman-Sachs président aujourd’hui aux destinées de l’Europe, en Grèce, en Italie, à la BCE.
Faut-il faire la révolution ? Pendre les patrons avec les tripes des curés ? Mais non. François Turcas n’a pas viré rouge. Rubicond, ça pourrait venir... La solution n’est pas le NPA mais la PME. « Nous sommes d’incorrigibles producteurs d’optimisme (...) les forces vices de la 5e puissance économique du monde ». Bref on les aura.
Les onze trophées de l’entreprise vont maintenant pouvoir être remis, en direct sur TLM, avec la grâce de Céline Boff du Progrès. Et d’Anne Glémorec d’Euronews. « Quel sens a cette fête de l’entreprise ? », demande-t-elle à Pierre Fanneau, du Progrès. « Bonsoir », répond-il, avant d’expliquer que 2012 sera l’année de l’internet pour Le Progrès, aussi vrai que 2011 fut celle de la pâte à papier.
Et le philosophe ? Il est monté sur scène. Il vient de participer à une table ronde sur le bonheur au travail. Mais c’est intéressant, ça ? Anne lui tend le micro, grave erreur. Il le prend. Il le garde. Il explique, il développe. On est parti pour un cours de fac. Anne se décompose sur place. A chaque mot de plus de cinq syllabes, TLM perd 10 000 téléspectateurs. « Et oui le bonheur au travail n’est pas naturel, il faut le construire peu à peu et c’est de la responsabilité des managers, et c’est un enjeu majeur s’ils veulent garder les meilleurs salariés »...
Et le bonheur à l’antenne d’Anne et Céline vient de se barrer en courant. Le timing de l’émission est fichu maintenant, on ne rattrapera plus le retard (noter sur un carnet : ne jamais donner la parole à un philosophe). On va devoir cavaler pour les dix trophées suivants : une enveloppe, un film, une question, une photo. Envoyez l’environnement, la responsabilité sociale des entreprises... le jongleur. Non, ce n’est pas un nouveau trophée mais un artiste du cirque Medrano venu en intermède jongler avec des baballes devant un public habitué à en faire autant avec les chiffres.
Et la cérémonie reprend : le développement territorial, la TPE... la femme. Non, ce n’est pas un artiste du cirque Medrano, mais une vrai femme, Nadine Ferri, une entrepreneure. Et elle a bien fait de venir, tous les autres lauréats sont des hommes, on commençait à se demander pourquoi ça s’appelait le Double « Mixte ». Ca y est, on arrive au bout. Malgré le Comte de Sponville. « Vous pourrez suivre la rediffusion sur TLM à partir de 21 h 30 », annonce Céline Boff. Il est déjà 22 h 15. Le mot de la fin pour François Turcas : « Vivement 2013 ». Ce sera aussi le mot de la faim. Vivement le buffet.
Timéo Danaos

