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Keyword - Paul Bocuse

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16nov.

Une soirée particulière avec Lefebvre

On arrive très en retard, grâce à la nouvelle politique d’amélioration du service prônée par le Sytral. Désormais, les bus n’ont plus d’horaires, mais des fréquences. Ce qui permet au C9 d’être beaucoup plus fréquemment en retard.

Ce soir on doit remettre les diplômes aux 129 élèves de l’Institut Bocuse, en présence du maître et même d’un ministre en service minimum. L’auditorium Maurice Ravel est très plein, on se glisse sur une place libre et on observe. Sur la scène, des danseurs de noir vêtu virevoltent sur une musique de menuet dopée au Red bull. Ils dressent une table de gala, nappe blanche, chandeliers en argent. Puis, sur une musique digne d’un funérarium lors d’une journée portes ouvertes, le directeur Hervé Fleury lance la cérémonie. Le thème du jour : le rêve. « Le rêve éveille les forces de la vision ».

On installe des bancs de bois blanc, les lauréats montent sur scène, tenues blanches de cuisinier, tenues noires de maître d’hôtel. Et Paul Bocuse apparaît, du fond de la scène. Il fend la mer tel Moïse dans Les Dix Commandements. Le public est debout, il applaudit. On s’aperçoit au bout d’un moment que le ministre est là lui aussi, on ne l’avait pas remarqué. Tout le monde s’assied. Michel Guérard est le parrain de la promotion. Il commence son discours sur une musique de relaxation pour institut de beauté pendant un massage aux pierres chaudes. Mais très vite il s’anime, il pétille, il sautille : « Le rêve m’a permis de réaliser les rêves les plus fous ! ». Il convoque une brochette de « rêveurs excentriques : Léonard de Vinci, Montgolfier, Jeanne d’Arc, les frères Lumière, Steve Jobs, Gustave Eiffel ! ». Il ne se connaissaient pas, les voilà réunis pour la première fois. « Ne vivez jamais avec la pensée des autres », conclut-il. Ce qui revient à dire : ne tenez aucun compte de ce que je viens de dire.

Puis, c’est au tour du ministre. Frédéric Lefebvre n’a rien préparé, il fait confiance à son talent naturel. Il parle de son émotion, d’être là ici, lui qui fait partie d’un « gouvernement qui se bat, depuis l’effondrement de la banque Lehmann Brothers ». Les gens commencent à se demander s’ils ne se sont pas trompés de salle. Alors il change de stratégie. Cette journée, c’est vraiment une journée particulière, dit-il, il se sent comme dans le film d’Ettore Scola. Dans le rôle de Gabriele, homosexuel italien piégé par la montée du fascisme ? Ou d’Antonietta ? Bon, il essaie autre chose, une anecdote maintenant. En arrivant ici avec l’escorte de gendarmerie, raconte-t-il, les motards ont participé à l’arrestation de braqueurs. Ouaip ! Mais tout le monde s’en fout, on n’est pas venu pour ça.

Une femme excédée crie quelque chose du fond de la salle, qu’on ne distingue pas précisément mais qu’on devine irrévérencieux. Alors, pour tenter de sauver les meubles, il risque ce truc des artistes de cabaret quand leur numéro tourne au fiasco, il fait applaudir une gloire incontestée : Paul Bocuse. Encore. Ah Paul Bocuse ! Depuis le temps qu’il rêvait de le rencontrer ! Et dire qu’il ne lui est pas venu à l’esprit qu’il aurait pu venir dîner à Collonges, tout simplement.

Le ministre s’efface. Ca y est on distribue les diplômes, un par un. Il y en a 129 et c’est Michel Guérard qui s’y colle. Le roi de la salade folle est d’humeur badine, il sourit, prend la pose pour la photo, fait la bise aux filles, 129 fois, sans rechigner. Il y a là vingt nationalités représentées, une petite planète du goût, une Onu de la fourchette. Et puis c’est un des plus formidables buffets de l’année, préparé et servi par les élèves de l’école. Jamais il n’y aura eu autant de monde derrière les fourneaux et dans la salle. L’espérance de vie d’une épluchure ou d’un verre sale oubliés sur un meuble est de cinq secondes.

Timéo Danaos

22déc.

Mon potin pour un pâté

L'Ecole des fans du pâté en croûte tenait son championnat du monde ce lundi au château, chez Paul Bocuse. A Limonest, l’institut du vénérable maître-queue est plus difficile à trouver que ses halles, son pont, ou même son restaurant, accessoirement. On entre par une allée qui traverse le parking, on note au passage que si les métiers de bouffe se lamentent beaucoup sur leur sort, ils préfèrent écraser une larme au creux d’une Mercedes ou d’une BMW, que d’un Berlingo ou d’un Kangoo.

L’annexe de l’institut grouille de gens pressés. Des serveurs en tenue portent des plateaux urgents, d’un « laboratoire » à l’autre. Carrelage blanc, inox étincelant, vitrages rutilants, ici la cuisine se fait dans les conditions d’une opération à cœur ouvert. Chaque candidat arrive avec son chef d’œuvre emballé soigneusement, conservé au frais, protégé des chocs. Il le déballe délicatement, le dépose sur une planche et le découpe au tranche-lard avec une dextérité d’orfèvre.

Des caméras sont entrées dans le bloc. L’équipe de France 3 s’essaie à des plans audacieux dignes des grands moments du cinéma. Une attaque en piqué sur pâté en croûte, genre : La Mort aux Trousses. Un gros plan glamour, genre : Certains l’aiment chaud. Ou un panoramique tournant, genre : Un Homme une femme quand le pâté et sa croûte se jettent dans les bras l’un de l’autre sur une plage de Deauville. Magnifique !

Il faut bien s’occuper, le jury délibère. Christophe Marguin porte un tablier de cuir comme s’il allait ferrer un cheval, mais non, c’est sa tenue ordinaire de la Confrérie. Le temps de goûter au passage une savoureuse composition de Nicolas Lafaurie, faite de gibier parfumé au gewurztraminer vendanges tardives. Dans « l’aquarium », un autre candidat s’échine sur son pâté de poisson, tellement déstructuré qu’on se demande s’il ne va pas re-sauter dans le bocal. A l’étage d’en dessous, les cors de chasse appellent déjà. Toute la cérémonie sera ponctuée par leurs sonneries vibrantes, capables de réveiller un foie de volaille dans sa gelée.

Marie Bernolin salue l’assistance et lui fait scander un ban de sa composition : « Vite ! Du pâté en croûte, c’est bon, on aime ça ! ». Du fait Maison. Elle promet que l’année prochaine, elle le mettra en chanson. Rien ne presse. Suit une série d’intronisations, sous le haut patronage de Saint Antoine, pour les charcutiers, de Saint Honoré pour les pâtissiers du faubourg, et de Saint Laurent, qui conquit les cuisiniers, pour avoir su périr sur le grill sans renier sa foi. Peu de politiques sont capables d’en faire autant lors d’une interview. Néanmoins, le député UMP Christophe Guilloteau se trouve adoubé chevalier, qualifié d’épicurien et sommé de ne plus se présenter au Palais Bourbon sans une tranche de Richelieu.

L’huissier finit par arriver, dans un costume gris, triste comme une saisie immobilière. Il égrène les nominés. A peu près tout le monde est quatrième ex aequo et remporte un seau à champagne avec une bouteille à mettre dedans. Puis Alexandre Decruz, de la Cour des Loges, coule le bronze. Jean-Michel Carrette des Terrasses, touche l’argent. Et Eric Métivier, de chez Lenôtre (Paris) est élevé au nirvana du pâté en croûte. Il gagne une bouilloire, un parapluie, un lit carré, des bouteilles, mais surtout la gloire éternelle, le respect de ses pairs et le droit de trinquer avec ses amis. Assez parlé, allons déguster. Car les 12 pâtés sont là, convoités par des dents féroces.

Timéo Danaos



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