On allait porter en triomphe les héros du développement durable, nus sur un bouclier en rotin, vêtus d’une simple feuille de vigne non sulfatée, couverts de pétales de tournesol qui se dressent délicatement vers la lumière. Les premiers « Trophées » ouvraient à la Cité internationale, patronnés par Le Progrès et le Barreau de Lyon, qui n’y connaît rien non plus.
La réalité fut plus austère. On arrive à 17 heures dans l’atelier 3 « se déplacer en ville ». Le vert est plus qu’à moitié vide : 30 personnes éparpillées dans une salle de 300. Josiane Beaud, de la SNCF, a sa tête des mauvais jours. Elle porte un costume couleur mayonnaise, qui n’arrive même pas à égayer la salade. Le directeur des services départementaux se lance dans un joyeux plaidoyer pour le covoiturage « qui ne coûte presque rien aux finances publiques ».
Seul Bernard Rivalta se montre d’humeur guillerette. Il n’arrête pas de plaisanter aux dépens (si l’on ose dire) de Queyranne : « quand je dis qu’il me doit des sous, il me doit des sous ». On imagine une petite fée du Sytral qui lui glisserait à l’oreille : « Et toi, mes 161 000 euros, quand est-ce que tu me les rends ? ». Mais ce n’est pas le moment de la ramener. Bernard l’Artiche n’est pas tendre avec la profession « contrairement à ce qu’ont expliqué certains journalistes imbéciles, on n’est pas dans le mur ». On n’est pas dans la dentelle non plus. Et voilà qu’un quidam fait remarquer que sur les invitations à cette « journée du développement durable », on mentionnait bien les deux parkings P1 et P2, mais nullement les trois lignes de bus. Personne ne semblait s’en être aperçu, donc tout le monde est venu en voiture. CQFD.
La grande cérémonie des trophées était annoncée à 19 h 30, retransmise « en direct sur TLM ». Elle démarre vers 20 h 15. Les téléspectateurs se sont-ils tapés des écrans de pubs pour patienter ? Ils ont dû en manger, de la salle de bains Yves Perdosa !
Coté cour un salon, fait de fauteuils en rotin (ah, quand même !). Coté jardin, un bar décoré de feuillages en nylon et de faux palmiers en plastique. Une jeune hôtesse joue les utilités, habillée en feuille. Artificielle, bien sûr. Sandrine Audin (TLM) et François Guttin-Lombard (Le Progrès) présentent les lauréats un par un. Ou plutôt un parrain. Une entreprise couve de son aile chaque trophée, ce qui lui permet de diffuser un film à sa gloire sur les antennes de Tout-Lyon-tout-le-temps. Puis elle se soumet aux questions incisives des deux journalistes : « Etes-vous concerné par le développement durable ? » ou « Est-ce que vous pensez que votre entreprise doit montrer l’exemple ? ».
Le buffet devait sonner comme une délivrance. Erreur. On a voulu bien faire les choses. Contre un mur, un étal de marché propose des choux-fleurs, des poireaux, des carottes, des poivrons. Ce sera tout pour les grosses légumes. Collomb a ouvert la séance ce matin, il parait qu’il y avait un peu de monde. Mais la moitié du public est partie avec lui. Même Rivalta a dû se tirer avec les radis.
Il règne une ambiance aussi joyeuse que lors du premier enterrement de Grand-Mère, dans ce hangar à cocktail. On a fait dans le naturel pourtant. Des jus de fruits d’agriculture raisonnée, des brochettes d’ananas. Au milieu des eaux minérales avec et sans bulles, trône une monstrueuse bouteille de Coca Cola, insolente, hérétique, mais fermée. On se rabat sur le beaujolais bio. On a failli le confondre avec un verre de jus de groseille, mais l’instinct du cocktailophile veillait. Finalement, on s’amuse plus chez les écolos. Mais là, il n’y en avait pas.
Timéo Danaos
