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18mai

Quinzaine internationale, on liquide et on s’en va

Les patrons ne ratent jamais une occasion de se congratuler. Jeudi soir, ils clôturaient la grande quinzaine de l’international. Ca dure quinze jours, on y tutoie le monde, on s’y rencontre : 1 157 participants, 700 entreprises, plus de 100 rendez-vous professionnels assurés pour... et bien, pour décider de se revoir au plus vite. Car on ne plante pas une petite graine dans le jardin du voisin aussi facilement que ça, surtout si c’est un jardin anglais.

On arrive à la Chambre régionale de commerce au moment où le président Mauduy semble en avoir terminé avec le speech de bienvenue. Croit-on. Pierre Berat prend la relève : « Oui, le commerce extérieur régional se redresse ». Les chiffres sont bons, c’est le rebond. Les tableaux de résultats se succèdent : 1,84 milliard d’excédent régional, l’Asie, le Brésil, l’Allemagne, l’Europe. Que le printemps est doux. Alors Mauduy réinvente l’ubiquité. Il est à la fois ici et ici. Il lance la diffusion d’un film vidéo qui consiste en une interview de lui-même, quasiment par lui-même, une sorte d’autologie illustrée. Tout, vous saurez tout sur la quinzaine internationale, sur le « qui fait quoi ? » qui doit être le cousin du « vivre ensemble ».

Au son de sa voix, les images défilent : un TGV, un truc qui tourne, quatre pélos en réunion, des boxes de rendez-vous, une salle de colloque, une tribune où l’on retrouve Mauduy, bien entouré. Retour sur scène où on retrouve Mauduy, bien entouré. Le vrai. Il congratule maintenant les présidents des CCI locales, qui ne sont pas venus, mais qui ont envoyé des représentants, qu’il congratule aussi car ce sont de « vrais entrepreneurs » ! Et sur l’écran défile alors un diaporama qui reprend les mêmes images que la vidéo mais en fixe : un TGV, un truc qui ne tourne pas, quatre pélos figés sur une table de réunion, des boxes de rendez-vous immobiles, une salle de colloque silencieuse... Dans la Loire, tout s’est bien passé. Dans le Nord Isère aussi, Villefranche de même, et là et là itou.

Intermède vidéo : Mauduy II. Le film commence par une nouvelle autologie présidentielle sur le thème :  « c’est tous ensemble que nous ferons avancer notre région Rhône-Alpes ». Appuyée sur des images d’illustrations aléatoires. Propos que confirment en vidéo Jean-Jack Queyranne, Daniel Gouffé, François Turcas, qui ne sont pas venus non plus. On commence à comprendre pourquoi.

Qu’importe, cette quinzaine 2011 restera une bonne année, aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain. Mauduy reprend la parole. En fait, il ne l’a jamais vraiment lâchée. « Cette suite de discours, ça fait très long », reconnaît-il comme s’il n’y était pour rien. Il refile quand même le crachoir à Jean-Louis Gagnaire, vice-président PS de la Région chargé du développement économique, tout en se défendant : « moi je ne fais pas de politique ». « Moi si, répond Gagnaire. De temps en temps je passe devant les électeurs, c’est la seule contrainte ». Heureusement, le reste du temps, les électeurs, on s’en cogne.

Enfin le secrétaire général aux affaires régionales vient représenter à la fois le préfet, le ministre, et finalement toute la République, en tous cas celle qui n’est pas assez haut gradée pour avoir pu se défiler. « Bravo encore et bon courage », conclut-il. Il lui en faut aussi. « Nunc est bibendum », déclare alors Mauduy, avec l’autorité du chef de gare qui siffle le départ du train. Le buffet est frais et gourmand. Car on est toujours bien reçu chez les patrons de la région, quand on n’y va pas pour demander une augmentation de salaire. Ils savent mettre les petits plats dans les grands et les moyens dans le buffet. Le champagne a la fraîcheur d’une eau de source. On s’étendrait bien à l’ombre des lauriers qu’on vient de tresser pour entendre chanter les oiseaux.

Timéo Danaos

 

26fév.

Trois petits fours et puis s’en vont

Vendredi, l’association Oasis Sans Souci fêtait ses vingt-cinq ans. On n’avait pas la moindre idée de qui c’était, mais le nom sonnait bien. On se présente donc dans les salons rouges de l’Hôtel-de-Ville avec un retard raisonnable. Une cinquantaine de personnes sont assemblées en demi-lune face à la cheminée, et au milieu coule la parole de Jean-Michel Daclin : « Il faut croire à son étoile » déclare-t-il comme s’il apportait l’encens et la myrrhe « et l’Oasis y croit ». Après une telle méharée, on s’attendait à ce que les suivants rament un peu sur le sable. Et justement, Najat Vallaud-Belkacem s’empare du micro. Elle complimente  l’Oasis, « une des rares associations conventionnées avec la mairie ». Car, insiste-t-elle, d’habitude on conventionne  celles qui sont « professionnelles et bien structurées ». L’Oasis n’est peut-être ni l’un ni l’autre, mais si les nuits sont fraîches, la voilà habillée pour l’hiver.

La nouvelle présidente doit parler, c’est son tour, elle s’approche du pupitre comme on monte à l’échafaud, elle n’aime pas s’exprimer en public, elle peine. Alors l’ancienne présidente vole à son secours, elle complète, elle développe, un autre participant s’en mêle, puis un autre, tout se termine par une sorte de bavardage collectif, chacun y va de son couplet. Enfin la présidente sonne la fin de la récré, d’un vibrant « Longue vie à l’Oasis ! » et tout le monde applaudit. Côte à côte, Thierry Philip et Pierre Berat n’ont pas moufté, ils dodelinent, ils jouent les palmiers. Ils ont pris un air végétal et se fondent dans le décor. Arrive le gâteau aux trois chocolats, surmonté de deux bougies en forme de 25. Bravo ! Hourra ! Crémant de Bourgogne et mignardises ! Rompez.

Et c’est là qu’une certaine Madame Gambini profite d’un moment d’inattention pour tenter de nous rallier à sa cause : le scrapbooking. Il s’agit de torturer conjointement un album de photos et des images, découper, trouilloter, peinturlurer, coller, mastiquer, rajouter des vrais bouts de réel, des cailloux, une brindille, des coquillages, des bricoles. Ca donne une sorte de nature morte ayant beaucoup souffert. Marie-Dominique Gambini se félicite d’avoir fait connaître cette activité en France grâce au professionnalisme du journal de Jean-Pierre Pernaut. On se dit que jeudi soir Nicolas Sarkozy l’a échappé belle. Heureusement personne n’a osé le couper, ni réussi à le coller. Il aurait pu, finir en Scrap-président.

« Il n’y a pas assez d’hommes », se plaignent les participantes. Et c’est vrai qu’elles représentent près de 90% de l’effectif. Pourtant l’Oasis  propose des activités comme : bridge, couture, point de croix, cuisine, chorale, patchwork. Et scrapbooking. Allez savoir pourquoi les hommes préfèrent le foot et la bière !

Bien sûr Simone André est venue. Elle est ici comme les pyramides d’Egypte, du haut de son chignon quarante siècles contemplent la vie associative lyonnaise. Elle s’approche de la présidente Hanta Barreau pour lui souhaiter : « Tout le meilleur ! Je suis derrière vous, pas devant, pas à côté... » Simone André : GPS intégré.

On s’échange des nouvelles de la famille : « le pauvre est tombé amoureux d’une jeune femme plus jeune que lui, mais elle a déjà un enfant ! ». Il aurait préféré un meuble Ikéa, on peut les monter soi-même...

Une dame arbore un bracelet magique. De ceux qui prétendent vous guérir des maux que vous n’avez pas et vous prémunir contre ceux que vous n’aurez jamais. Celui-ci promet de veiller sur « l’équilibre interne ». Elle n’en aura pas besoin. Personne n’envisage de lui faire danser un rock endiablé ni de tenter de l’arsouiller au crémant de bourgogne. En une heure tout est plié. Une coupe ou deux, trois petits fours et puis s’en vont.

Timéo Danaos



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