Peut-on se moquer du jour de la femme le jour de la femme ? Non. Mais trois jours après, au moment de la sortie du journal...
Lundi à l’Hôtel-de-Ville, deux manifestations étaient prévues, l’une par un club de boulistes, l’autre par quatre organisations de femmes d’entreprise. Dans deux salons du premier étage : à droite les boules, à gauche les femmes.
Sous le haut patronage monté sur une estrade de Gérard Collomb, le colloque « Supplément Dame » s’ouvrait donc dans le plus grand, le salon Bling-Bling. « On est tous des femmes », comme devait dire plus tard Marie-Claire pédégère de TNT Express. Il y a bien quelques hommes disséminés ici ou là, mais leur présence paraît aussi incongrue qu’une tâche suspecte sur la soutane du pape.
D’ailleurs, Collomb passe dessus sans les voir et ouvre son allocution d’un tonitruant : « Mesdames ». Et il enchaîne : « Nous avons besoin de la créativité des femmes ». Juste avant de glisser sur sa propre peau de banane, voulant témoigner à quel point « le regard des femmes sur la fonctionnalité d’une ville est quelques fois intéressant ». Quelques fois ? Houuu ! Protestations, chahut poli mais ferme... Collomb ramasse son épluchure : « ...est TOUJOURS intéressant ». On l’a échappée belle.
Il termine par une fleur de rhétorique avec tous ses pétales : « vous aurez gagné votre combat quand c’est nous qui seront obligés de demander la parité pour les hommes ». Il aurait pu dire « le jour où nous appliquerons nous-mêmes la parité » mais ça, c’est comme arrêter de fumer : je commence demain. Et demain ce n’est pas le jour de la femme.
Dans la salle, près de cinq cents cheffes d’entreprises. Tailleurs, escarpins, robe de velours marron glacé, un manteau de fourrure qui n’a pas obtenu la permission de vestiaire, du beau linge. Au plafond, des moulures d’hommes nus semblent contempler ce spectacle comme autant de chippendales assagis et désabusés.
Inégalités par ci, plafond de verre par là, toutes les injustices qui frappent les femmes dans le monde du travail y passent. Pourtant, dans la région, les femmes créent 35% des entreprises, contre 26% au niveau national. Et leurs réseaux s’organisent : Action’Elles, HEC Femmes, FCEL (Femmes chef d’entreprise de Lyon). Enfin, Thérèse Rabatel vient rappeler comment l’éducation formate, dès le plus jeunes âge, les détestables petits machos que nous adorons être. Et tout se termine par un cocktail.
On s’attend à quelque chose de light, des brochettes de fruits et légumes frais comme dans les snacks branchés de la Part-Dieu, des petites salades pour lapins comme dans les bistros du centre-ville à midi. Pas du tout, c’est du bon gros cocktail avec canapés de saumon, foie gras, œufs de lompe. Des petits friands, des petites quiches. Et des mignardises sucrées dont les diététiciens ne veulent même pas prononcer le nom.
Qu’importe. L’assistance se jette dessus avec la férocité d’une réunion de Weight Watchers qui tourne au désastre. On ne retient plus rien. Dans les verres, du kir, du vin blanc, et une curieuse mixture rose épaisse... on aurait retrouvé le jus de goyave de Florence Foresti ? Non, de la pêche de vigne, boisson et dessert.
La circulation est rendue difficile par les sacs à main portés sur l’épaule. Dans le salon vert on salue le portrait de Joseph-Marie Jacquard, avec ses faux airs de Didier Barbelivien en fin de carrière se demandant s’il n’aurait pas mieux fait d’apprendre la guitare. Aujourd’hui ce sont les femmes qui font du business, Papy, il n’y en a pas encore d’accrochée au mur, mais ça ne saurait tarder.
Timéo Danaos
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18mar.
Pince-femmes à l’Hôtel-de-Ville
18:00 - Par gérard Lespotinsdangele - Souvenirs souvenirs - aucun commentaire
