Poser la première pierre d’une passerelle métallique, quelle drôle d’idée ! On attendait avec impatience de voir comment ils allaient s’y prendre, nos élus. Rendez-vous 10 h 30 lundi sur les berges du Rhône, au pied de la Cité internationale. Le maire du 6 était là, et aussi celui de Caluire, les vice-présidents chargés de tout ce qui se rapporte aux ponts (Gilles Buna), de tout ce qui passe dessus (Gilles Vesco), de tout ce qui passe dessous (Roland Bernard) et quelques autres dont l‘importance n’est pas moindre. Une passerelle ça s’arrose, elle sera le 25e pont de Lyon sur le Rhône.
Après quelques mots aimables, on trouve Gérard Collomb avec un gant de travailleur manuel, en train de visser un boulon sur une capsule cylindrique qui préfigure un début de bout de pont. « Ici est enfermée pour l’éternité la charte qui nous unit à la ville de Caluire », proclame-t-il. Et du haut de cette quincaillerie, quarante siècles nous contemplent, avec quelques poissons.
Tout le monde veut en être. Chacun y va de son boulon, Philippe Cochet visse le sien, puis Gilles Vesco, puis Gilles Buna. Certains d’entre eux manient couramment la truelle, mais manifestement la clé anglaise, ce n’est pas leur truc. Enfin, tout ce qui devait être verrouillé finit par l’être, comme toujours en politique.
Collomb satisfait à ses obligations médiatiques, de TV, et surtout de radios, car elles sont venus nombreuses. Il faut dire qu’un pont qui n’existe pas encore, c’est un sujet très radiophonique, pas besoin d’images. Une mère tient absolument à faire photographier son enfant avec Collomb. « Il ne savait pas qui était le maire », explique-t-elle. Voilà un bambin qui va enfin pouvoir retrouver le sommeil.
Allez ouste, tout le monde sous le barnum, à deux cents mètres, il ne manquerait plus qu’on s’en tire sans discours ! Philippe Cochet commence. Il est content, le maire de Caluire, au point qu’il en oublierait presque d’être le président de l’UMP locale. Car cette passerelle va permettre de redynamiser le quartier Saint-Clair, de l’autre côté du fleuve. Du coup il remercie tout le monde, on ne fait pas plus consensuel.
Puis Gilles Buna. Bon, il ne va pas se re-taper la liste des remerciements, Cochet s’en est chargé, il fait confiance. D’autant qu’il n’a rien préparé. « Je n’avais pas prévu d’intervenir », s’excuse-t-il. Et comme il n’a pas grand chose à dire, le maire le fera aussi bien que lui, il lui repasse le micro.
Gérard Collomb s’est mis à l’écologie. Maintenant, il recycle désormais une partie de ses discours. Il cite à nouveau Albert Einstein : « Les hommes construisent trop souvent des murs, il faut savoir construire des ponts ». Exactement la même phrase qu’à l’occasion de l’inauguration du Pont Raymond Barre.
Cette passerelle sera dédiée aux modes doux, les piétons (parce qu’ils sont doux) et les vélos (parce qu’ils sont à la mode). Elle sera belle, grâce au talent des architectes Dietmar et Feichtinger, les mêmes qui ont twisté du métal à Paris devant la Bibliothèque François Mitterrand, pour créer ce curieux viaduc appelé Simone de Beauvoir.
A Lyon la passerelle virtuelle devra patienter encore dix-huit mois et regarder l’eau couler sous les pont en attendant son tour. Dans l’immédiat, s’il pouvait couler aussi un peu de champagne... buffet.
Le traiteur Serge Magnier donne toujours dans l’œuvre au noir. Il torture des cannellonis en les enfermant dans un carré de jambon cru serré avec une pince à linge. Délivrons-les !
Timéo Danaos
