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12juil.

La Région accouche par le siège

Jeudi soir on inaugurait le nouveau siège de la région Rhône-Alpes à la Confluence. Le hall est immense. Il plonge en pente douce jusqu’à la salle du conseil. Au sol, des marquages indiquent le chemin. Des pas, pied gauche, pied droit, l’un bleu, l’autre jaune. D’après l’espacement entre eux, l’homme qui a servi de modèle doit mesurer dans les 3,40 mètres. On est heureux de ne pas l’avoir croisé.

Pour l’heure Gérard Collomb, Jean-Jack Queyranne et François Turcas sont installés sur une sorte de rampe de lancement qui leur sert de promontoire. On crachote un peu dans le micro et le maire prend la parole. Ah la Confluence ! La « fluidité du nouveau quartier ». Les 45 000 m² du Marché Gare qui vont prochainement servir de bac à sable des architectes Herzog et de Meuron. Le pôle de loisirs avec ses restaurants que les élus régionaux vont bientôt pouvoir découvrir, en espérant qu’ils n’en profitent pas pour « passer trois heures à table » (on espère surtout que la présence de Turcas n’est pour rien dans cette insinuation malveillante).

Rendez-vous à 18 h 30 dans la salle du conseil, JJQ fera un discours. Chic ! A l’heure dite, on lance une vidéo. L’architecte Christian de Portzamparc, accoudé sur un mange-debout, dans un hall encore désert, regarde refroidir une tasse de café. « Ce bâtiment est un serpent, explique-t-il. Et sous ce serpent, il y a la salle du conseil ». La salle des sornettes, quoi.

Ensuite, le président monte à la tribune, flanqué de part et d’autre d’une trentaine d’élus qui jouent les glaïeuls : « Charbonnières ne répondait plus aux besoins de notre temps ». Mais ce nouveau bâtiment oui , car c’est « un grand vaisseau arrimé à la Darse ».

Un vaisseau ? Qu’a-t-il fait du serpent ? « Nous voulions du beau, pas du toc », et donc « la façade est en terre cuite ». Un peu comme une cruche. Victor Hugo ne disait-il pas : « l’architecture est le grand livre de l’humanité » ? Alors que Daniel Pennac déclarait : « l’architecture est l’art de la suggestion ». En attendant qu’ils se mettent d’accord on pourrait peut-être ouvrir le buffet ? L’hôtel de région est « une vitrine et un outil ». En cas d’urgence, brisez la glace !

« Bienvenue à tous et à toutes. Les buffets sont à votre disposition, avec des spécialités de la région ». Bravo. Pour qui doit installer des tables sur un pan incliné, les choses ne sont pas faciles. Toutefois, le traiteur s’appelle La Potinière, il bénéfice dans ce journal d’un préjugé favorable.

On croise Denis Broliquier, en repérage, Roland Bernard, en voisin, Etienne Tête, en conciliabule, Jean-François Debat, en grande pompe. Ainsi qu’une Miss 2e Dauphine Le Progrès ondoyant sur ses talons.

Suivant les consignes du président, on entreprend de se régaler de spécialités régionales : du saumon fumé (de Grenoble ?), de la feta (de Valence ?), des verrines de Saint-Jacques (de Miribel ?) et puis du foie gras, du rouget, des feuilles de vignes, du chorizo. Certes, si on n’était pas d’une totale mauvaise foi, on aurait souligné aussi la charcuterie lyonnaise ou les petites quenelles. Mais voilà, on l’est.

« Monsieur est un tentateur ! », glousse une dame à un jeune serveur qui lui présente un plateau de sucré. Ne nous emballons, pas, il s’agit seulement de pâtisseries, pas de fruits de la passion !

« Il y a aussi des buffets à l’intérieur ». Et c’est vrai, on les voit à travers la vitre. Déserts. Avec trois pauvres maîtres d’hôtel perdus comme trois poissons dans un aquarium trop grand. Ce n’est pas qu’on ne voudrait pas y aller, mais personne n’a réussi à trouver l’entrée !

Avant de partir, une touchante attention. On remet à chaque invité une mallette toute en carton et ficelle, pour faire développement durable. Elle contient une mine de renseignements sur la région, ses compétences, ses réalisations, le travail des élus. Bref tout ce qu’ils auraient dû savoir avant de se présenter aux élections. Une bien belle soirée.

Timéo Danaos

21janv.

L’impatience des jeunes socialistes



« Au PS, à 40 ans t’attends ; à 50 ans tu désespères ; à 60 ans, tu as tes chances ! ». Celui qui s’exprime de la sorte sait de quoi il parle. A tout juste 40 ans, le secrétaire fédéral aux élections Jean-Christophe Vincent constate qu’il ne fait pas bon aujourd’hui être jeune au Parti socialiste. C’est vrai au niveau national où les Arnaud Montebourg, Vincent Peillon, Manuel Valls et autres Pierre Moscovici sont d’ores et déjà les grands perdants de la prochaine présidentielle. A 50 ans, ils sont déjà plus âgés que nombre de dirigeants de grandes démocraties. Las ! En France, ils sont priés de patienter quelques d’années. Leur heure n’est pas encore arrivée. En 2012, les vraies vedettes s’appellent Dominique Strauss-Kahn (61 ans), Martine Aubry (60 ans), Ségolène Royal (57 ans) ou François Hollande (56 ans).

Le constat n’est guère différent dans le Rhône où les deux principaux élus ont largement dépassé les 60 ans. Le maire de Lyon Gérard Collomb a 63 ans ; son camarade Jean-Jack Queyranne, président du conseil régional, en a deux de plus. L’un et l’autre sont pourtant bien placés pour comprendre l’impatience des jeunes générations. Collomb n’avait que 34 ans lorsqu’il a été élu député. Quant à Queyranne, il était devenu premier adjoint de Villeurbanne à 32 ans et député à 36 ans.

C’était l’époque où le Parti socialiste du Rhône misait clairement sur la jeunesse. Quand il devient premier secrétaire fédéral, Roland Bernard a tout juste 35 ans. Voilà deux ans qu’il est maire d’Oullins. Il sera député à 37 ans et sénateur à 42 ans.

En 1979, Yvon Deschamps prend les rênes de la fédération du Rhône. Il a 36 ans. Il restera en poste jusqu’en 1993. C’est alors la jeune Sylvie Guillaume qui lui succède. Elle a tout juste 31 ans. Ensuite, c’est adieu la jeunesse, bonjour l’expérience. Christiane Demontès approche la cinquantaine quand elle succède à Sylvie Guillaume. Elle-même sera remplacée en 2008 par Jacky Darne alors âgé de 65 ans.

On se gardera d’évoquer l’âge des parlementaires socialistes actuels. Dans le Rhône, tous ont plus de 60 ans ; y compris ceux qui, comme Pierre-Alain Muet et Jean-Louis Touraine, se verraient bien repartir pour un second mandat en 2012. Ils auront alors 67 ans.

A Lyon, Gérard Collomb semble bien décidé à tenter la passe de trois. En 2014, il n’aura effectivement que 67 ans. A tout juste 50 ans, le « jeune » David Kimelfeld, qui fait aujourd’hui figure de possible successeur, est prié de patienter. Avec un peu d’espoir, il peut espérer s’asseoir dans le fauteuil de maire avant d’atteindre l’âge légal de la retraite.

Gérard Angel



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