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28avr.

Sacem et ça récolte (peu)

« Chers sociétaires ». Il n’est pas donné à tout le monde de passer l’entrée de la Plateforme ce mercredi 13 avril. Il faut être auteur, compositeur ou éditeur, dûment invité par la Sacem, le gabelou de la musique.

Claude Lemesle préside. Depuis 23 ans. Mais c’est la dernière fois. L’année prochaine, il ne se représentera pas. Il va retourner à une vie normale. « J’ai aussi des chansons à écrire », confie-t-il. Le parolier préféré de Joe Dassin et de Reggiani porte une veste blanche, une main dans la poche comme un instituteur, un éternel sourire qui lui fait une bouille à la Wolinski.

« Chers sociétaires ». Tout sur la gestion de vos droits, d’ici jusqu’à 20 heures, ensuite on  vous paie l’apéro. Mais par pitié « pas de cas personnels, seulement des questions d’intérêt général », supplie Claude Lemesle. Bien sûr. Deux cents artistes dans le public. Une bonne palanquée de quinquas, une petite pincée de trentenaires. Pas de grosses vedettes, mais des tas de petites galères.

La Sacem, c’est 700 millions de droits d’auteurs par an. Mais il y a 132 000 sociétaires inscrits, qui proposent  500 000 œuvres nouvelles chaque année. C’est dire si la plupart touchent des nèfles.  Et justement, c’est eux qui sont dans la salle, toutes voiles dehors.

L’internet est-il un bon moyen de promotion ? On se rêverait bien un destin à la Grégoire : Toi + Moi + la Toile + la Tune. Louis Deringer, directeur de la répartition, jette un seau d’eau froide sur le chien. Il ne faut pas s’emballer : « une diffusion sur Deezer rapporte 7 millièmes d’euro, à répartir entre l’auteur, le compositeur et l’éditeur ». Mieux vaut vendre des frites.

Les questions fusent de tous les côtés. Car le destin frappe où il veut et tous croient en leur étoile. Josy B. râle : pourquoi la Sacem ne fait-elle pas davantage la promotion des artistes régionaux ? « Parce que ce n’est pas son boulot », semble être la réponse la plus appropriée. Cet autre a la preuve qu’il est diffusé par une radio au Cameroun, comment faire pour toucher ses sous ? Rien répond Diringer, il n’y a pas de société d’auteurs dans ce pays, dommage. Et les petites radios locales, pourquoi on ne touche rien dessus ? Parce qu’elles sont trop petites, justement. Et locales. On aurait dû y penser. « Moi, se plaint une chanteuse, j’ai écrit une chanson qui s’appelle Jamais Seule, et qu’est-ce que je vois ? Johnny Hallyday vient de sortir un album qui porte le même nom ! ». Ouaip. « Des chansons avec un titre pareil, il doit y en avoir des centaines, soupire Claude Lemesle, et il y en aura encore bien d’autres ». Deringer enfonce le clou : « Et puis ce ne serait pas une bonne idée de sortir votre album sous ce titre maintenant, parce que vous auriez des ennuis ». C’est pô juste ! Ben non.

Au bout d’un moment, Claude Lemesle commence à en avoir ras la partoche. Il est gentil,  il essaie de ne pas le montrer. L’apéro, pitié, l’apéro ! Délivrez-moi de mes amis ! Même pendant le cocktail, ils ne vont pas le lâcher, lui demandant son avis sur tout, lui collant des CD dans les mains. On se glisse subrepticement jusqu’au bar du bas, celui dont les hublots frisent les flots du Rhône. Les tenues des serveurs sont noires, Serge Magner ne doit pas être loin. Il nous a dégoté un pétillant Chardonnay qui finit sur une note en bouche résolument pharmaceutique. On trouvera pourtant une vraie coupe de vrai champagne égarée au milieu des autres. L’instinct, sans doute. On croise des rastas, des métalleux blanchis sous la limaille, des poètes maudits traînant leur albatros sur le pont, des chanteuses à cheveux secouant leurs croches à tous les vents, des rockers fanés, des jeunes « pop rock » aux pieds pointus. La fête sera colorée et tonitruante.

Timéo Danaos

23sept.

Danse avec les peoples

Et ce fut la quatorzième et dernière biennale de Guy Darmet. Tout ce que Lyon compte de peoples auto-proclamés ne pouvait rater l’évènement, Les Potins non plus, attirés par le gratin autant que par les gratons. Jeudi soir, 19 h 30, le carré VIP se remplit doucement de carrés Hermès. Les happy fews patientent nonchalamment, une coupe de champagne au poing et le sourire aux dents. Belles dames et beaux messieurs, en grande tenue de soirée. Il manque un aboyeur à l’entrée pour saluer leur arrivée par un tonitruant : « Monsieur le vice-conseiller régional délégué à l’écologie des feuilles mortes, et Madame ! ».
Queyranne est là, Collomb aussi, avec leurs épouses respectives et réciproques. Michel Mercier s’est déplacé, au nom  du département du Rhône, de l’Aménagement du territoire, de l’Espace rural, du Grand Paris... et de son avenir incertain. Belle brochette de chefs d’entreprise, des mécènes ont investi dans le chausson : Monsieur Toupargel, Monsieur Partouche, Monsieur GL Events, Monsieur April Assurances. Le bronzage tient encore, ou alors c’est du fond de teint. Tous sont venus vérifier où était passé leur argent. Il danse, messieurs, il danse. D’ailleurs on voit passer deux houpettes en tulle qui ondulent entre les invités. Des fleurs de tutus fuchsia en collants blancs. Elles saluent avec grâce, c’est La Vie en Rose, le thème du défilé.
Dans la salle, Guy Darmet est ému, il s’est mis à parler en plusieurs langues. Il salue tous les partenaires de la biennale, c’est à dire presque toute l’assistance. Il lance un défi à Collomb : chiche de construire une nouvelle Maison de la Danse à la Confluence, comme promis ? Il présente sa successeure, Dominique Hervieu, qui dirait bien quelque chose mais qui n’a pas de micro.
Place aux ballets de Monte-Carlo. La reconstitution du Sacre du Printemps version 1913 par Nijinski, sur la musique de Stravinski. Puis un ballet moderne de Jean-Christophe Maillot sur le Magnificat de Monteverdi. Garçons en barboteuses ou en guêpières, filles en pantalons et justaucorps, et inversement. Les costumes de Karl Lagerfeld ne laissent pas indifférent et ringardisent du coup les timides audaces de l’assistance. Car le public s’est tout de même donné du mal. On s’en apercevra lors du cocktail qui suit et qui se déroule sur tous les étages, du balcon à l’orchestre.
Certes, on cherche en vain SAR la princesse de Monaco, promise pourtant sur les cartons d’invitation. Mais on croise tout de même un Prince de Galles en pure laine vierge, du moins le costume. Pas assez audacieux pour partir en quête d’un prince Albert, il aurait fallu fouiller les culottes, et ça, aucun journaliste digne de ce nom ne s’y risquerait, du moins : à jeun.
Magnifique, le smoking en satin rouge qui traverse la salle tel une fusée de détresse, s’il se perd dans un champ de luzerne, ça guidera les chiens. Etonnant, ce faux François-Marie Bannier, avec cette écharpe impossible emberlificotée autour de son cou. Le style bobo, ça se travaille.
Le buffet est assuré par Serge Magner, qui a des jours avec et des jours sans. La quiche est effondrée au fond du plat, baignant dans ses larmes. Quand la quiche est ratée, cela vient des œufs. Il ne fallait pas choisir des poules d’eau ! On se rabat sur de petits macarons salés gros comme des boutons de guêtres. Le champagne est frais, on pourra au moins faire danser les bulles. Pour les peoples qu’on a ratés lors du cocktail d’avant-scène, c’est un peu la session de rattrapage : Philippe Meirieu, Georges Verney-Carron, Erick Roux de Bézieux. Le secret d’un cocktail réussi, c’est de faire semblant de connaître tout le monde.
Timéo Danaos



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