La francophonie ce sont ceux qui en parlent le plus qui en mangent le moins. Mercredi soir, les premiers états généraux se décentralisaient à l’Hôtel du Département.

Mercier s’était fait excuser, sans doute retenu par un espace rural. Collomb avait rejoint Montpellier à la fraîche. Et Queyranne avait glissé jusqu’à  Ségolène Royal au Toboggan, à Décines.

« Je ne serai pas long », déclare l’orateur à la tribune, en guise de bienvenue. Aïe, ça commence mal. Puis il explique que tout a déjà été dit pendant les tables rondes de l’après-midi et qu’il n’a pas grand chose à rajouter.

Erreur de débutant. C’est comme ça qu’on tue le métier. S’il fallait s’abstenir de parler à chaque fois qu’on n’a rien à dire, il n’y aurait plus de politique possible. Bien au contraire, plus on a la tête vide et plus on a l’esprit libre. On ne connaît plus aucune limite au néant de sa propre pensée. On peut parler pendant des heures.

Heureusement, Thierry Cornillet sauve l’honneur. Il sait qu’il a affaire à un public de connaisseurs, de vrais amoureux de la langue. Il n’a rien à dire mais le dit bien. Il fignole, il tarabiscote, il raffine. Il les décore du titre de « Mesdames et Messieurs les membres du Corps Diplomatique ». Il leur donne du : « Distingués invités ».

Et c’est là que, voulant trop bien faire, emporté par son élan, il flingue au passage un imparfait du subjonctif qui ne lui avait pourtant rien fait : « Si elle l’avait pu, la région vous EUSSIEZ reçu  avec plaisir ». Les murs en tremblent encore. Par chance, il n’était pas en train de passer son certificat d’études.

Bon, tout le monde s’égaille vers les buffets, sans rancune. Il y a là tout un concentré d’Onu monoglote, 600 invités, 30 pays, 5 continents,  vêtus à l’européenne ou en boubous africains, toutes les couleurs de la francophonie qui viennent danser sur tous les tons, tous les vocabulaires, tous les accents. Des ambassadeurs, des maires, des élus. D’ici et d’ailleurs.

Erick Roux de Bézieux qui est à la francophonie ce qu’Alan Stivell est à la culture celte et l’Oncle Ben’s à la culture rizière. D’anciens élus écolos tombés dans le panneau solaire.

On croise des personnages considérables. Michel Thiers, l’ancien maire de Brignais, arbore une carte de visite longue comme un ticket de caisse, toute une liste de présidences et de vice-présidences prestigieuses, dans des organismes tellement inconnus qu’ils forcent le respect.

Le département a mis les petits plats dans les grands, surtout les petits. On croque des tomates de schtroumpfs, des fromages de Minimois. Et des mets plus incertains comme ce bol contenant des œufs de caille... ou des yeux de veau ? Impossible de distinguer au goût, il faudra attendre la digestion.

Les hôtes du monde entier découvrent le crémant de bourgogne accompagné de son antidote : le cassis. Ils s’étonnent devant le beaujolais, de retour enfin sur les tables lyonnaises.

L’arrivée des mignardises permet de vérifier que décidément, les macarons, ça rend con. Un pauvre gourmand en fait les frais. Il croyait  s’échapper avec une assiette garnie et se retrouve coincé par une bande de voraces encore plus gourmands que lui, il réussit à peine à sauver ses doigts.

Après les canapés, les sofas. Certaines éminences sont installées confortablement dans les salons et papotent calmement.

Il règne une ambiance de village planétaire. Et tout se serait bien passé sans ces deux traîtres, ces deux renégats, ces deux fourbes, à moitié dissimulés par une fausse plante verte, et qui profitent que personne ne les voit pour... PARLER ANGLAIS !

Timéo Danaos