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Keyword - Thierry Philip

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15fév.

Quand la mer monte...

La dernière fois qu’on a fréquenté le Terra Mundi, c’était pour en célébrer l’architecture jubilatoire, selon le président de Rhône-Alpes Habitat qui l’inaugurait alors. Ce vendredi, le personnel était réuni pour recevoir la bénédiction des vœux, moins d’un an après, pas question de jubilé. Dans la salle déjà bien pleine, une attachée de communication prenait des photos, toute habillée de noir par discrétion, mais avec les bords en satin moiré, parce que quand même. Collomb venait d’arriver.
A la tribune, le DG Daniel Godet décida de ressortir ce vieux rossignol de la rhétorique managériale : la métaphore maritime. On est tous dans le même bateau, ça secoue un peu, la mer est grosse, mais il s’agit de garder le cap (on s’étonne après ça que le personnel ait le mal de mer !). « Le navire, c’est Grand Lyon Habitat ». On avait compris. Construire toujours plus de logements, quand le bâtiment va, tout va.
Pendant qu’il parle, à ses côtés, Gérard Collomb fait sa tête des mauvais jours. Tandis qu’Yvon Deschamps révise son discours, il en profite pour rayer le « Cher Thierry » car Thierry Philip ne viendra pas. Il corrige et on se demande pourquoi, de toutes manières, il va parler d’autre chose.
Oh, lui ne va pas se risquer sur le thème de la navigation, pas devant Gérard Collomb qui est un marin chevronné ! D’ailleurs, il se souvient d’une « avoinée » qu’il avait prise, sur le bateau du maire, alors qu’il était à la manœuvre, les voiles fasseyaient, le bateau n’avançait plus ! « Je n’ai jamais su ce que j’aurais du faire », confie-t-il à l’assistance. Il aura au moins eu le mérite de s’être posé la question. Et puis il bavarde, toujours librement, les nouveaux logements  ne seront pas seulement HQE, ils seront « passifs ». C’est à dire ? Il explique : « ils ne consomment pas plus d’énergie qu’ils n’en utilisent ». A moins que ce ne soit - il se reprend :  « ils n’ont pas besoin de plus d’énergie qu’ils n’en consomment ». Enfin bon, « vous avez compris ». Finalement, ce n’est pas totalement idiot d’écrire un discours et de s’y tenir !
De nouveaux programmes de construction vont voir le jour, « La Darnaise à Vaulx-en-Velin » (sic). Il va falloir lui trouver aussi un plan de Vénissieux ! Enfin, c’était un beau discours. Où il fut question de l’opération « 8e art », qui doit faire descendre l’art contemporain dans la rue. Et puis finalement du personnel à qui il présente ses meilleurs vœux de président.
Collomb s’avance. Petite séance de rattrapage sur la navigation à l’intention d’Yvon Deschamps. C’est vrai, « on ne peut pas naviguer contre le vent » ! Et tout d’un coup mille choses s’éclairent. Le soutien à Ségolène Royal en 2007, parce que les sondages soufflaient dans ce sens. Le ralliement à DSK  en 2011 puis changement de cap après le Pot-au-Noir de New York, direction Hollande, profitant des Alizés. On ne peut pas naviguer contre le vent, « sinon les voiles fasseyent ». Ou alors, il faut « tirer des bords ». Et encore ! Pas « des bords carrés ». Oh que non. Et c’est ainsi que, nec mergitur, la ville a su se maintenir à flot :  « nous avons eu une gestion précautionneuse ».
Malgré  la crise, l’agglomération se développe de toutes parts, 19% de logements sociaux, et de telle qualité que pour un peu, Collomb rêverait lui-même d’y habiter. Mais pour un peu seulement.
Ah ce cher Yvon. On connaît son goût pour la culture mais tout de même « tu es président de Grand Lyon Habitat, pas du musée Guggenheim ». Buffet ! annonce le DG Daniel Godet : « selon la tradition, on offre du pain et du sel ». Qu’il a obligeamment remplacés par du champagne et des petits fours. Vu qu’on n’est pas des chèvres. Qu’il en soit remercié.

Timéo Danaos

26fév.

Trois petits fours et puis s’en vont

Vendredi, l’association Oasis Sans Souci fêtait ses vingt-cinq ans. On n’avait pas la moindre idée de qui c’était, mais le nom sonnait bien. On se présente donc dans les salons rouges de l’Hôtel-de-Ville avec un retard raisonnable. Une cinquantaine de personnes sont assemblées en demi-lune face à la cheminée, et au milieu coule la parole de Jean-Michel Daclin : « Il faut croire à son étoile » déclare-t-il comme s’il apportait l’encens et la myrrhe « et l’Oasis y croit ». Après une telle méharée, on s’attendait à ce que les suivants rament un peu sur le sable. Et justement, Najat Vallaud-Belkacem s’empare du micro. Elle complimente  l’Oasis, « une des rares associations conventionnées avec la mairie ». Car, insiste-t-elle, d’habitude on conventionne  celles qui sont « professionnelles et bien structurées ». L’Oasis n’est peut-être ni l’un ni l’autre, mais si les nuits sont fraîches, la voilà habillée pour l’hiver.

La nouvelle présidente doit parler, c’est son tour, elle s’approche du pupitre comme on monte à l’échafaud, elle n’aime pas s’exprimer en public, elle peine. Alors l’ancienne présidente vole à son secours, elle complète, elle développe, un autre participant s’en mêle, puis un autre, tout se termine par une sorte de bavardage collectif, chacun y va de son couplet. Enfin la présidente sonne la fin de la récré, d’un vibrant « Longue vie à l’Oasis ! » et tout le monde applaudit. Côte à côte, Thierry Philip et Pierre Berat n’ont pas moufté, ils dodelinent, ils jouent les palmiers. Ils ont pris un air végétal et se fondent dans le décor. Arrive le gâteau aux trois chocolats, surmonté de deux bougies en forme de 25. Bravo ! Hourra ! Crémant de Bourgogne et mignardises ! Rompez.

Et c’est là qu’une certaine Madame Gambini profite d’un moment d’inattention pour tenter de nous rallier à sa cause : le scrapbooking. Il s’agit de torturer conjointement un album de photos et des images, découper, trouilloter, peinturlurer, coller, mastiquer, rajouter des vrais bouts de réel, des cailloux, une brindille, des coquillages, des bricoles. Ca donne une sorte de nature morte ayant beaucoup souffert. Marie-Dominique Gambini se félicite d’avoir fait connaître cette activité en France grâce au professionnalisme du journal de Jean-Pierre Pernaut. On se dit que jeudi soir Nicolas Sarkozy l’a échappé belle. Heureusement personne n’a osé le couper, ni réussi à le coller. Il aurait pu, finir en Scrap-président.

« Il n’y a pas assez d’hommes », se plaignent les participantes. Et c’est vrai qu’elles représentent près de 90% de l’effectif. Pourtant l’Oasis  propose des activités comme : bridge, couture, point de croix, cuisine, chorale, patchwork. Et scrapbooking. Allez savoir pourquoi les hommes préfèrent le foot et la bière !

Bien sûr Simone André est venue. Elle est ici comme les pyramides d’Egypte, du haut de son chignon quarante siècles contemplent la vie associative lyonnaise. Elle s’approche de la présidente Hanta Barreau pour lui souhaiter : « Tout le meilleur ! Je suis derrière vous, pas devant, pas à côté... » Simone André : GPS intégré.

On s’échange des nouvelles de la famille : « le pauvre est tombé amoureux d’une jeune femme plus jeune que lui, mais elle a déjà un enfant ! ». Il aurait préféré un meuble Ikéa, on peut les monter soi-même...

Une dame arbore un bracelet magique. De ceux qui prétendent vous guérir des maux que vous n’avez pas et vous prémunir contre ceux que vous n’aurez jamais. Celui-ci promet de veiller sur « l’équilibre interne ». Elle n’en aura pas besoin. Personne n’envisage de lui faire danser un rock endiablé ni de tenter de l’arsouiller au crémant de bourgogne. En une heure tout est plié. Une coupe ou deux, trois petits fours et puis s’en vont.

Timéo Danaos

11fév.

Les 40 ans de Claude Bernard

Vendredi 28 janvier, l’Amphithéâtre de la Cité Internationale n’avait jamais si bien porté son nom. Il accueillait les 40 ans de l’Université Claude Bernard - Lyon 1. Près de 1 500 personnes garnissaient les gradins. Sur la scène, les personnalités étaient  logées dans des fauteuils-tulipes dont elles formaient le pistil : le maire de Villeurbanne, le président du Grand Lyon, celui de la région Rhône-Alpes, le recteur d’Académie  et Chancelier des Universités. Et Thierry Philip, dont les mérites n’étaient sans doute pas moindres, mais dont la contribution s’est bornée à garder le silence.

Lionel Collet, président de l’Université,  remonte les pendules de l’Histoire jusqu’à 1761 avec la création de la première école vétérinaire du monde à Lyon, 1928 la construction de la fac de médecine grâce à une subvention de la famille Rockefeller, et 1971 la fondation  de l’université  de sciences et de médecine, celle d’aujourd’hui, qui compte, affirme-t-il, 33 000 étudiants.

Jean-Paul Bret lui succède. Il est « très heureux d’être ici » et cela ne se voit pas du tout. Il salue les étudiants du campus qui sont d’après lui 23 000. Il enquille les prêts-à-mâcher des discours officiels : « associer l’essor de l’université au rayonnement de l’agglomération » (remplacez « université », par « industrie pharmaceutique », « bicyclette en ville », « patinage artistique » ou « blanquette de veau », ça marche aussi bien). Et qu’importe, cela fera toujours « une brique de plus dans la construction d’une métropole confrontée aux grands enjeux du monde ». Il a dû jouer au Lego quand il était petit. Collomb se souvient de ses années d’étudiant ; il était de gauche ; le recteur le jugeant trop trublion s’était débarrassé de lui en le nommant prof à Pont-de-Vaux.

Leçon retenue, Collomb lui-même n’ayant pas hésité à exiler ses adjoints indésirables dans des déserts caillouteux. Enfin, il se félicite de sa bonne santé, et de celle des autres sexagénaires du podium, laissant entendre qu’il ne sont pas près de décrocher.

En face de lui, les jeunes gens qui préparent leur avenir sont au désespoir. Enfin, le recteur Debbasch, au nom du gouvernement, ramasse la mise. Il félicite tout le monde et ses pairs, et principalement les étudiants qui sont devenus maintenant 36 000. Heureusement que ces gens-là ne font pas dans les sciences exactes.

Moment culturel, avec un mini-concert des chœurs de l’IUFM et la soliste en robe fuchsia « demi-Bachelot ». Egrenage de tout le programme de l’année d’anniversaire par deux étudiants en maîtres de cérémonie : « Que fais-tu de tes déchets ? ». Des fringues apparemment. Une sorte de retour du grunge. Le 8 juin ce sera « Mode et développement durable ». Buffet. Il est tard et la partie abstraite de la soirée a suffisamment duré. Le traiteur a su rester anonyme, il n’a inscrit son nom ni sur les serviettes ni sur les tenues des extras. Il a tort.

Qu’est-ce que ça grignote, des scientifiques de haut niveau, un soir de fête ? La même chose que le vulgum pecus, mais en tenant des propos totalement farfelus ou complètement incompréhensibles. On s’en fout, on a du métier maintenant, on fait semblant de comprendre et on sourit. Il y a là un troglodyte, plein de barbe et de cheveux, en arrêt devant des assiettes de carpaccio. Un Monsieur Rouflaquettes qui darde un œil de Sherlock Holmes sur de mystérieuses petites cassolettes noires. Deux jeunes gens qui chassent en meute, en avance sur le printemps et bien décidés à ne pas dormir sur la béquille.

Il est plus de 22 heures quand le gâteau à quatre étages fait son apparition. Lionel Collet le découpe avec la dextérité d’un d’Artagnan de la pelle à gâteau. Une coupe de champagne plus tard, on salue la flamme du traiteur inconnu ; elle vient de s’éteindre sous un reste de blanquette de veau. Et on rentre retrouver l’austérité du trolley C1.

Timéo Danaos



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