On l’a appris par sa participation à l’émission Un dîner presque parfait, le ministre de la Culture l’est également de la gastronomie. Ben : pas de la mode masculine ! Frédéric Mitterrand à Lyon, c’est vintage 50’s, un costume qu’il a du emprunter à Vincent Auriol, une chemise de chef de bureau à la SNCF. Il était très attendu à l’inauguration de la Biennale d’art contemporain, ce mercredi à la Sucrière. Et très photographié. On l’aurait surpris rajustant le nœud de cravate d’un officiel pour la photo, avec un doigté qui dénote une longue expérience.

Frédéric Mitterrand est cool. A son aise dans un aréopage composé de cultureux, reconnaissables à leurs lunettes aux formes compliquées, leurs écharpes chamarrées même en plein soleil, et chez certains hommes, ces curieuses coiffures en oreilles de cocker.

Ca y est, la tribune aux palabres s’éclaire. Gérard Collomb s’avance vers le lutrin en plexiglas. Sans notes. Et peu importe, le roi  du hors sujet dit toujours à peu près la même chose. Il commence par les projets de la Confluence et finit par la réhabilitation de l’usine Tase. Si le ministre s’en bat l’œil, il se débrouille pour que ça ne se voit pas. Il cligne les paupières.

Jean-Jack Queyranne lui succède. Il dépose devant lui un petit bristol, c’est qu’il ne sera pas long. « Une biennale belle et terrible est née ! », clame-t-il en paraphrasant le titre. On le sent prêt à se jeter dans la tragédie grecque, et puis non, il fait un détour par la grotte Chauvet, il y croise le cinéaste Werner Herzog qui vient d’y tourner un film 3D. Ah ! l’art est bien le seul qui se dresse face au chaos, le seul qui vienne « fourailler aux entrailles des choses ». Fin de bristol. Magnifique.

Et le voilà, le Frédo, avec son costume de conservateur de la Culture. Il est accompagné d’une liasse de huit feuillets. On n’y échappera pas. Il salue chacun par son titre : « Monsieur le maire » aussitôt suivi d’une adresse plus familière, « Cher Gérard Collomb ». Il semble sincèrement heureux d’être là, comme soulagé d’échapper un instant au microcosme. Bah, plus que huit mois ! Il part en free style sur la biennale, puis sur l’accueil lyonnais, avant de revenir au discours tracé par les fonctionnaires de la Culture, où il ne manque pas un bouton de guêtre. Un petit mot de Thierry Raspail  pour finir ? Oups, on est placé trop près, on voit des choses qu’on ne devrait pas (quand même, il aurait pu faire ses racines).

Voici le moment de remettre le Prix de l’artiste francophone avec la Maison de la Francophonie. Mais là, au lieu de tendre la cuillère à Erick Roux de Bézieux, Frédéric Mitterrand repasse le plat à Gérard Collomb. Bon, le maire ne renonce jamais à parler même s’il n’a rien à dire. Il se met à lire ce qu’il a trouvé devant lui : la liste des membres du jury. Sinon il y avait aussi l’étiquette de sa cravate : soie naturelle, ne pas laver, dégraissage only. Et donc le gagnant est... Dominique Petitgand. Il est là. Il monte sur scène. Il ne comprend pas très bien ce qu’il y fait : « j’aimerais bien connaître les raisons de ce choix ». Panique à bord, personne ne sait. Sauf : Erick Roux de Bézieux, vous voyez bien qu’il fallait lui donner la parole. Le président de la Maison de la Francophonie explique : le travail avec les mots, une langue ouverte qui fait dialoguer en permanence le français avec l’anglais. En l’écoutant ébahi, l’artiste arrive à se convaincre que oui, c’est bien lui qui a fait tout ça. Il accepte le prix. Qu’il en soit remercié.

On va pouvoir se jeter sur le buffet. Faudra faire vite. En dehors d’une excellente bière Duvel, on ne trouvera guère à croquer que des tranches de pains aux noix, avec deux grains de raisin.

Haguenauer et Gelas sont habituées à mieux. Elles vont noyer leur désespoir un peu plus loin emportant au passage un exemplaire du Progrès. Si c’était pour les pages saumon, il fallait prendre Le Figaro.

Timéo Danaos