Passé trente ans, y’a plus de limites

Etat d’urgence pour une nymphomane en peignoir

Brigitte Jaune est une traduction approximative. On la trouve vautrée sur son canapé, mitouflée dans un peignoir rose-malabar, un véritable tue-l’amour. Elle s’emmerde. Pourtant elle lit Marie-Claire ! C’est à n’y rien comprendre. Elle téléphone à Steve, un collègue de bureau, probable responsable du spleen nymphomaniaque qui la tourmente. Non, Steeve ne viendra pas. Aucun des plans pourris qu’elle essaie n’arrive à le décider. Bizarrement Steve préfère passer sa soirée à caramboler une bimbo. Elle va rester seule avec Marie Claire. Et son journal intime, il faut bien qu’elle s’appelle Brigitte Jaune pour quelque chose.

“Passé trente ans”, fait la voix off, “il y a trois raisons qui poussent un homme à dire à une femme qu’il l’aime”. Pour chacune des trois, un préservatif est chaudement recommandé. Le public aurait pu continuer de s’emmerder avec elle pendant toute la soirée, mais heureusement, un voisin idiot vient cogner à la porte sous le prétexte pitoyable qu’il a oublié ses clefs. Et qu’il ne peut pas rentrer chez lui. Alors pourquoi pas rentrer chez elle. Juste pour téléphoner. D’habitude, c’est la poule qui se jette dans la gueule du loup. Car ce n’est rien de dire qu’elle a faim, Brigitte. Elle a les dents qui lui sortent des gencives et des incendies de forêt un peu partout. Mais elle la joue l’air de rien. Pour ne pas effrayer.

On prend le temps de faire connaissance. Qu’est-ce qu’ils font dans la vie ? Elle fait le café à France Télévision et lui est musicien triangulaire. Aucun intérêt. De toutes façons tout le monde s’en fout, le problème n’est pas là. Le problème est de savoir s’il va y passer, le benêt. Et franchement, il a la tête de l’emploi, il faut que ça se passe !. Alors après, bien sûr, elle a des regrets. Comme si elle n’y était pour rien. Elle se met à l’engueuler, lui fait des reproches, lui crie dessus qu’il a abusé d’elle. C’est un comble ! Non, vraiment il n’en peut plus ! Il finit même par la foutre à la porte. Ce qui est idiot parce qu’il est chez elle.

Quand on pense qu’à un étage près ils ne se seraient jamais rencontrés, n’auraient pas séché ensemble deux bouteilles de vodka, ni dansé sur Dirty Dancing, ni revisité les plus belles répliques du cinéma français. C’est une femme-vampire, Brigitte. Et lui un lapin. Va-t-elle finir par trouver l’amour ? Va-t-il finir par trouver ses clefs? C’est tout l’enjeu de ce conte métaphysique. “Physique”, surtout. Joelle Dollat est accrocheuse comme un ruban velcro. Anthony Candellier a ce qu’il faut de candeur malicieuse pour que ne sache jamais vraiment qui a piégé l’autre.

 

Timéo Dunlopillos

 

Le Journal de Brigitte Jaune, de Pierre LEANDRI – Elodie WALLACE Les Tontons Flingueurs, 12 rue Romarin – 69001 Lyon Tel 06 29 85 51 50

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