40 ans de Théâtre des Ateliers

Gilles Chavassieux publie les mémoires de son théâtre

C’est l’histoire d’un théâtre, surgi de nulle part, rue du Petit David en 1975. D’abord petit théâtre, puis théâtre-cinéma, puis double théâtre, petite et grande salle, cent et deux-cent cinquante places. Gille Chavassieux raconte. 

Ses débuts dans l’ombre des Roger Planchon et Marcel Maréchal, tellement peu soutenus par les autorités de la Ville que l’un s’en ira à Villeurbanne fonder le Théâtre de la Cité devenu ensuite TNP et l’autre s’en ira à Marseille au théâtre de la Criée.  A Lyon sous Louis Pradel, on aime la culture institutionnelle, le théâtre des Célestins et l’Opéra. Point. Aux Ateliers, Gilles Chavassieux veut faire du théâtre de création, à partir de textes contemporains. Il profite du grand chambardement du quartier Saint Antoine pour acquérir ce local et le transformer en théâtre, en 1975. S’en suivront quarante ans d’enthousiasmes et de galère racontés page après page. Les auteurs joués : Michel Vinaver, Arthur Adamov, Jean Genet, Marguerite Duras, Rainer Werner Fassbinder, Louis Calaferte. Il y en a plus d’une centaine. Les problèmes récurrents de financements qui n’arrivent pas, de manque de soutien. Car le théâtre des Ateliers veut être indépendant mais ne peut pas vivre sans les aides publiques. Il en trouvera un peu du côté du département. Un peu aussi du temps de Raymond Barre avec l’adjoint à la Culture Denis Trouxe. Un peu encore pendant une brève intermittence de l’ère Collomb, avec Patrice Béghain. Un peu aussi, mais de manière tellement versatile, avec Jean-Jack Queyranne. Certains personnalités trouvent grâce à ses yeux comme Jean-Jacques Pignard. D’autres moins comme Georges Képénékian traité “d’urologue débonnaire”, ce qu’on hésite à considérer comme un compliment.  Car on lit en filigrane au fil du récit les prodigieuses incohérences des politiques culturelles. Leur dérive progressive, après Jack Lang, vers une culture cantonnée au rôle de supplément d’âme rajouté à une politique d’image et d’attractivité des territoires, quand ce n’est pas encore plus prosaïquement un simple volet de l’offre de divertissement social. On lit l’inconséquence de ces politiques, changeant d’avis, revenant sur leurs engagements, rendant presque impossible la construction de projets dans la durée. Enfin on lit les ravages de la décentralisation brouillonne qui éclate les responsabilités entre la Ville, la Métropole, le département, la région, l’Etat….et les mécènes privés ! L’histoire s’arrêtera en 2014. Gille Chavassieux a quatre-vingt ans. Il n’a pas réussi à mettre en place un successeur qui ait la confiance des pouvoirs publics en plus de la sienne. Il en rend responsable un peu tout le monde, mais pas lui. La vérité est sans doute plus embrouillée que cela. Deux cents cinquante pages pour raconter ce que fut la formidable aventure des Ateliers. Un plaidoyer pro domo certes, mais pourquoi pas ?

Timéo Danaos

“Pour le Théâtre- Les Ateliers Lyon 1975-2014”, Gilles Chavassieux, Editions Michel Chomarat, 273 p., 20 €

 

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