Le Belge nouveau est arrivé

Le spectacle de Walter mis en bouteille par Gerson

Walter est belge. C’est à la mode, les belges. Surtout quand ils sont humoristes. On a installé sur la scène de Gerson une table et une chaise de bistrot, pour qu’il se sente comme chez lui. Mais pas trop. Il n’y a pas de bière. Il arrive dans un polo rouge et un jean Denim. Un allure faussement naïve et un nez retroussé qui le fait ressembler à Tintin. Il avertit le public : “On est dans une époque politiquement correcte, il faut faire attention à ce qu’on dit ”. Et ensuite il fait exactement le contraire. Il parle de tout. Des homos. “Avant c’était considéré comme une maladie par l’ONU : je ne peux pas venir travailler, je suis PD”. Des riches. “Ca sert à quoi d’avoir un bateau à Saint Trop s’il reste au port tout le temps ? “. Si quand, même. A boire du champagne avec des mannequins bulgares. Il vaut mieux être riche pour habiter Saint Trop’, Paris ou Londres. En général, il vaut mieux être riche.

 

Ce n’est pas encore une philosophie de la vie, mais déjà un constat. La vie est injuste. En attendant, ça le fait bien marrer. Il délire sur les prénoms “Jean-Kévin” ou “Clitorine” qui existent pour de vrai. “Il ne faut pas donner des prénoms de merde à vos enfants”. Bon, c’est trop tard. Les gens font n’importe quoi. C’est le principe de L’Oréalisme : parce que je le vaux bien. On se permet tout. Sont-ils plus éveillés qu’avant ? L’internet permet d’avoir tout sous la main, mais “Google n’est pas une bonne façon de découvrir le sexe”. Lui préférait la méthode à l’ancienne, les magazines Playboy volés en cachette et amortis pendant des semaines grâce une étude assidue. Il confie ses premiers émois adolescents, son goût pour les pages Lingerie du catalogue des 3 Suisses, ce qui pour un Belge montre une ouverture d’esprit admirable.

 

Non-non, on a perdu en liberté de ton, même sur la littérature. Il lit un passage érotique de SAS, puis le traduit en langage politiquement correct. Il a raison, c’est chiant. Malgré tout le mal que se donne leprince Malko pour varier les entrées de jeu, il n’y a jamais que trois serrures possibles avec la même clef. Il aime bien partager ses réflexions avec les gens mais ça ne plait pas à tout le monde : “quand l’ambulance est venue me chercher, j’ai médité sur ce proverbee : dans le doute, abstiens-toi”. Sans que ce n’est pas son genre, l’abstention. Ou : l’abstinence ? Enfin, bref. Un Belge à la férocité joyeuse qui étrille gaillardement tout ce qui passe à portée de micro. Il est en rodage pour son nouveau spectacle et Gerson l’a accueilli sur deux soirs. On va le retrouver à Lyon ou au Point Virgule à Paris, ou sur des radios (Europe 1, France Inter). Il se définit comme “Belge et Méchant”. Ce n’est pas vrai, il n’est pas méchant, il est féroce, nuance. Et puis, il est Belge.

 

Timéo Danaos

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