Le Schpountz : Pagnol en BD, un premier album prometteur

Fernandel et Raimu recréés en dessins et en couleurs

Le Schpountz en BD c’était une aventure ! On retrouve le personnage mythique d’Irénée dans l’épicerie de son oncle. Irénée est une catastrophe. Non seulement il ne sait rien faire, mais il le fait mal. “Tu n’es pas bon à rien, tu es mauvais à tout”.La fameuse scène des “anchois des Tropiques”, ou comment transformer une barrique de poissons avariés en succès commercial et en bombe bactériologique.  Irenée n’a aucun avenir possible dans l’épicerie, tout le monde s’en rend bien compte. Mais il se croit un destin de star de cinéma. Quand une troupe parisienne vient tourner un film dans son village, il pense que son heure est venue. Un Schpountz ! C’est à dire un benêt, un idiot, un illuminé, un secoué du bocal un fêlé de la cafetière, avec un égo gros comme une mongolfière. On dirait aujourd’hui : un petit péteux de la TV-Réalité. Bien sûr l’équipe du film va s’amuser avec lui et entrer dans son jeu : lui faire croire qu’il est engagé.

 

C’est l’histoire tragicomique et cruelle du monde d’en bas et du monde d’en haut. Et aussi de l’ironie du destin qui lui a donné un talent dont il ne voulait pas : lui qui se rêvait tragédien, il a le don de faire rire. Les planches se développent sur plus de 90 pages; le temps qu’il faut pour que le film tourné en 1938 par Marcel Pagnol trouve sa place.  Car la force de la transposition est qu’elle ne colle pas au film. Elle prend toutes les libertés qu’il faut pour utiliser à fond les ressources de l’art bédéiste. Le rythme qui saute d’une case à l’autre. Les mouvements bondissant comme sur des ressorts qu’aucun acteur réel ne pourrait se permettre. Les grandes fresques en pleine page où tout le cinéma comique connu en 1938 s’invite : Chaplin, Laurel et Hardy, Buster Keaton, Harold Lloyd et son horloge.

 

Dans le rôle d’Irenée, Fernandel lui même est revisité. Toujours une silhouette dégingandée, de grande dents, une coiffure bizarre et ce regard à la fois naïf et malicieux. L’oncle Baptiste s’est tassé encore davantage que lorsqu’il était joué par Raimu. Il est aussi large que haut et aussi rondouillet qu’il est bonhomme. La transposition ne colle pas au film, mais elle colle très exactement à l’écriture de Pagnol. C’est son histoire, ce sont ses personnages et ses dialogues. Un peu comme si la partition était jouée par un orchestre différent. Aux stylos : Serge Scotto et Eric Stoffel, scénaristes. Aux crayons et aux couleurs : Efix, dessinateur “tout terrain”. L’éditeur Grand Angle s’est mis en tête de transposer toute l’oeuvre cinématographique de Pagnol en BD. Le Schpountz est le premier album de la série, sorti le 31 Mai.

Timéo B.D.anaos

Le Schpountz, de Marcel Pagnol, par Serge Scotto, Eric Stoffel et Efix, Editions Grand Angle, 96 p. 16,90 €

 

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