Vers la mort du droit d’auteur ?

C’est une histoire incroyable qui arrive à Corinne Morel. En 2010 elle publie un livre intitulé “Le Guide du Tarot , les arcanes majeurs”. Elle n’est pas la première à s’intéresser  au célèbre jeu et à son interprétation ésotérique. Beaucoup d’autres l’ont fait avant elle à commencer par le célèbre Papus, et d’autres le feront encore. L’originalité de la démarche réside sans doute dans son approche pédagogique et dans le fait qu’elle mêle explications étymologiques ou historiques, lecture initiatique, symbolique et même psychanalytique.

 

Quelle n’est pas sa surprise de découvrir quelques mois après que son livre a été abondamment pillé et mis en ligne gratuitement sur internet. Un premier site s’en est emparé et d’autres, croyant que l’oeuvre était en accès libre, l’ont reprise, re-transmise,  diffusée gaillardement. Bien sûr, l’auteure porte plainte et c’est là que les choses se gâtent. Elle s’attend tout naturellement à ce que le tribunal lui donne raison tant les affaires de propriété intellectuelle sont simples : on est l’auteur ou on ne l’est pas. Et bien pas du tout. Le tribunal se met en tête d’essayer de savoir s’il s’agit à ses yeux d’une oeuvre originale ou non. Car, bien sûr, ce n’est pas elle qui a inventé les tarots de Marseille.

 

Le verdict du tribunal tombe : il s’agit d’un simple ouvrage “technique”, un peu comme le plan de montage d’une armoire Ikéa, il n’a pas à être protégé par le droit d’auteur. Pour être sûr que le message passe bien, le tribunal rajoute une clause dans laquelle il condamne la victime à indemniser ses plagiaires pour procédure abusive. Qu’à cela ne tienne, se dit l’auteure, il y a sûrement une nouille dans le piano, elle interjette appel. L’arrêt de la Cour d’Appel de Paris tombe le 29 mai 2015. Il est pire. Elle doit maintenant la somme de 42 000 euros à ses plagiaires au titre de l’article 700 pour les indemniser de leurs frais d’avocats.

 

Bien sûr, elle se pourvoit en cassation. Au delà du véritable enfer judiciaire que vit Corinne Morel à qui on demande d’apporter la preuve de l’originalité de son oeuvre, c’est le principe même du droit d’auteur qui est remis en question par ce verdict. A l’avenir n’importe qui pourrait se voir contester la qualité d’auteur, au regard d’un principe d’originalité laissé à l’appréciation du juge. Corinne Morel est diplômée de l’Université Lyon II. Elle a écrit une vingtaine d’ouvrages dont plusieurs sur la psychanalyse et la psychologie de l’enfant. Ca ne doit pas suffire aux juges. Ce long cri de colère est publié par LGO dans la Collection Les Gueules Ouvertes. Elle est soutenue par la Société des Gens de Lettres et l’Association des Ecrivains de Rhône-Alpes.

 

Timeo Danaos

Une décision d’injustice, de Corinne Morel, Editions LGO, Collection Les Gueules Ouvertes, 262p, 15 €

 

Relances

Son livre a été abondamment pillé et mis en ligne gratuitement sur internet

Elle doit maintenant la somme de 42 000 euros à ses plagiaires

 

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