Lâche-moi la grappe ! Ou la ruée vers les vendanges

Samedi on vendangeait en fanfare sur les pentes de la Croix Rousse

Arrivé dans le Parc de la Cerisaie, on découvre Kim dans ses œuvres. Non pas comme président de la métropole, mais comme encore-maire du 4e arrondissement et donc invité d’honneur de la République des Canuts pour qui c’est jour de vendanges. « Ah ! On a de la chance, fait Kim, ce matin il faisait plutôt un temps à aller ramasser des escargots. » Clin d’œil appuyé à la Commune Libre de la Citadelle de Montbelliard, présente elle aussi, et qui arbore un formidable escargot sur son plastron, fier gastéropode au regard franc et aux oreilles de martien. Mais le ciel s’est dégagé, sans doute « la poursuite de la bénédiction de la ville» . Comme si le vœu des échevins concernait aussi le vin de messe ! Ensuite, toute la petite troupe descend les coteaux de la Cerisaie pour rejoindre les vignes. Elle est accompagnée par une fanfare qui aime beaucoup Annie Cordy : « Tata Yoyo, qu’y a-t-il sous ton grand chapeau ! » La République des Canuts ouvre la marche avec son président Gérard Truchet, le ministre des Affaires Courantes et tout le gouvernement. Ainsi que le garde-champêtre qui est un peu le Gérard Collomb de la Croix Rousse, en beaucoup plus sérieux. La Commune Libre de la Citadelle de Montbelliard, porte des tabliers couleur feuille de laitue, car il faut bien que les bestioles se nourrissent. Elle est suivie de la Confrérie du Cardon de Vaulx-en-Velin, l’Ordre des Compagnons du Bugey, adversaires résolus de l’eau minérale. Le carré de vignes est entouré de grillages, en toiture et sur les côtés, pour le protéger de la grêle, des oiseaux et autres malfaisants.

« Je déclare ouvertes les 29e vendanges », clame le président Truchet avec un accent lyonnais qui lui sert de passeport. Alors les marraines et parrains se jettent sur leur pied de vigne, armés d’un sécateur. Car chaque sarment est cornaqué par un bienfaiteur qui paie une cotisation pour assurer son entretien, et qui reçoit en contrepartie une bouteille du précieux breuvage, à boire avec des amis pour tester leur résistance. Un cep porte le nom de Gaby Caillet, l’ex-maire de la Croix-Rousse, fondateur de la République en 1986. Plus curieux : un autre porte le nom de Philippe Barbarin, car le cardinal aussi a pris son pied, même si personne ne se souvient à quand ça remonte. Bien sûr, il n’est pas présent, c’est Marie Guyon qui se dévoue pour le vendanger.

Pendant que chacun s’active, la fanfare et le président entonnent la java du sécateur « Clic-Clac, Clic-Clac, c’est la java du sécateur ». La récolte n’est pas très abondante, mais les grains sont jolis et bien colorés. On remplira presque trois des cinq grands bacs chargés de récolter le raisin. Cela va vite, il doit bien y avoir deux cents personnes dans les travées. Ça y est, un accident ! Un maladroit qui devait tailler un pied s’est entaillé la main ! Rien de grave. Il se désinfecte avec du jus de raisin, il paraît que ça soigne tout. Il faut remonter la pente maintenant, toujours accompagné par la fanfare dont les musiciens jouent en même temps, mais pas forcément ensemble.

Près de l’entrée du parc on a installé une tribune. Le président Truchet va procéder à une série d’intronisations de nouveaux parrains qui vont devoir prêter sarment dans un latin non pas de cuisine, mais de bistrot « Vitis Vinifira, Mon Cep Protégera ». Mais d’abord il faut chanter l’Hymne de la République des Canuts « Elle est née sur la colline, elle est une elle est uniiqueue... la République des Canuts ». Ah, c’était de belles vendanges, s’enthousiasme le président. Avec quelques émotions tout de même. « Marie Guyon est venue me trouver toute affolée : le Cardinal n’a plus de grappes ! » Éclat de rire général, Marie Guyon pas très contente. Il la rassure : « ça ne sortira pas d’ici, qui voulez-vous que ça intéresse ? »

Intiméo Véritas

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