On inaugure un nouveau commissaire

Il a été installé dans ses oeuvres mercredi dernier

Devant le commissariat de police du 1er, on a barrieré un carré long pour accueillir la cérémonie sans que les passant ne viennent baguenauder au milieu. De chaque côté, deux rangées de flics en uniforme, les flics de droite et les flics de gauche, ce qui ne préjuge de rien, bien au contraire, puisqu’il suffit de se retourner pour que les flics de droite soient à gauche et ceux de gauche au gnouf. Au milieu, une petite tribune tricolore, comme si quelqu’un allait faire un discours alors que non. Un peu plus loin un arbre centenaire planté il y a dix ans abrite de son ombre le parvis du commissariat, peut-être un chêne venu rendre la justice, ou un tilleul venu infuser l’apaisement. On est venu assister, soutenir et encourager le nouveau commissaire de police Bertrand Faivre-Tissot qui doit être “installé.

La sono crache une sonnerie militaire, du “Taratatata” en boîte. Suivi immédiatement de la Marseillaise et son quinsanquimpur. Les gradés en uniforme viennent saluer le drapeau qui porte gravée la devise : “Discipline, Valeur, Dévouement”.

Fermez le ban ! “Bertrand Faivre-Tissot, rejoignez votre emplacement”. Le nouveau taulier met un coup de raquette. La commissaire divisionnaire Sier-Ferry prend la parole : ”Le 1er septembre vous avez été nommé commissaire de police”. Mais, c’est comme pour les ponts, il est inauguré un peu plus tard. S’adressant à toute la famille en bleu : “vous le reconnaîtrez comme chef”. Et au patron, tout rutilant de feuilles de chênes : “je vous déclare installé”. C’est plus vite fait que de monter un meuble Ikéa !

En face, David Kimelfeld venu représenter l’autorité métropolitaine. Aucun discours fleuve. Pas de circonlocutions. Tout le scénario tient sur un timbre poste. Un peu plus loin Nathalie-Perrin-Gilbert et d’autres élus de son arrondissement.  

Le nouveau chef refait un tour carré pour saluer les troupes. Histoire pour chacun de vérifier que c’est bien lui et réciproquement. Fermes le ban ! Repos ! Garde-à vous ! Rompez les rangs !

C’est le signal de la récré, on peut ôter son képi et même fumer l’eau du bain, à travers un tube à buée. L’occasion de repérer une petite troupe qui porte fièrement un écusson en forme de scorpion. Rien à voir avec un groupe de heavy metal, c’est le nom de leur unité.

Une “collation” est prévue dans les étages. On monte les escaliers. On se retrouve en compagnie d’Elliott Aubin, un des responsables des Insoumis, dont les relations avec la maréchaussée sont à la fois épisodiques et marquées de beaucoup de contrariétés, notamment depuis la manifestation de la veille. On soupçonne qu’il vient en repérage dans la perspectives de prochaines gardes-à-vue.  

Ce n’est pas un apéro. On a le choix entre des jus de fruits, du coca de commissariat, de l’eau cristalline ou du mousseux qui doit servir également lors des interrogatoires. On découvre des tables couvertes d’assiettes de saucisson, de chips en tôle ondulée, de petits pâtés en croûte carrés, de chorizo fort et de tomates-cerise-tagada. Bref, comme on dit par ici : “il est temps de se mettre à table !”

Tout le monde papote assez gentiment, les policiers ont coincé leur képi sous le bras et les prévenus….pardon : les invités (mais il a bien fallu que quelqu’un les prévienne) se tiennent à distance respectueuse.

Au moment de quitter les lieux, on est saisi d’un doute. Car les commissariats de police ont ceci de commun avec les hôpitaux psychiatriques et les couvents de bonnes soeurs en rut : on n’est jamais sûr d’en sortir. Pile juste ! Arrivés au rez-de chaussée, la porte est fermée. On tambourine un peu. De l’autre côté le planton finit par nous ouvrir et nous laisse passer. On doit avoir l’air inoffensifs. Heureusement, on n’était pas avec Elliott Aubin !

Timéo Danaos

 

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