La Préfecture célèbre la laïcité…

...avec la bénédiction des cultes.

Confier des diplômes sur la laïcité à la faculté catholique, c’est un peu comme confier un séminaire contre l’alcoolisme à Gérard Depardieu. C’est ce qu’on se disait en arrivant à la préfecture lundi 16 octobre. On exagérait, mais pas tant que ça. C’était jour de remise des diplômes « Religion, liberté religieuse et laïcité » ainsi que des “certificats de connaissance de la laïcité” mis en place par l’Université Catholique et l’Université Lyon3.

Les officiels, sans doute frappés par la grippe s’étaient beaucoup fait représenter par leurs collaborateurs. Le préfet Henri-Michel Comet, (dont la grippe s’appelle Collomb) était succédané par Caroline Gardon, sa directrice de cabinet, une des rares qui avait échappé au fléau. La République était représenté par Anne Brugnera, le président de la catho par son vice-président et le président de Lyon 3 par un autre. On découvre la présence de Jean-Pierre Chevènement, déformolisé pour l’occasion, en tant que représentant de la fondation pour l’Islam de France. En toute laïcité. Huit chaises sont disposées sur l’estrade. Pourvu qu’ils n’aient pas tous envie de parler. Si.  

Parmi les diplômés : des aumôniers, des militaires, des fonctionnaires, des responsables associatifs et des enseignants, des flics en civil et des élus. La sous-préfète salue l’implication de l’université catholique et explique l’importance du dialogue interreligieux, on a l‘impression d’être à un congrès oecuménique. Le représentant de la catho Michel Younes en remet une couche en insistant sur la théologie et l’enseignement du fait religieux. Ensuite c’est un militaire à trois barrettes. On lui a donné quatre minutes, donc il parlera en quatre points Et il s’y prendra en quatre fois. C’est carré, un militaire. On appelle les deux majors de promotion. Ils ont droit à une faveur spéciale, on leur remet leur diplôme en rouleau sous les auspices directes du “Che”. Ensuite chacun des lauréats, à l’appel de son nom, monte sur l’estrade pour recevoir son rouleau. L’occasion de vérifier que la laïcité qu’on leur a enseigné n’est vraiment pas encombrante puisqu’elle  n’a dissuadé personne d’arborer des signes vestimentaires “ostensiblement religieux”, dans un palais de la République.

L’ambiance est bon enfant. Un des intervenants de la formation confiera en privé que l’intérêt principal de ce genre de séminaire est de permettre à des gens de culte différent de se rencontrer, d’échanger ensemble et de mieux se comprendre. Le vice-président de Lyon 3 est enfin arrivé à la bourre. Il lit un discours sans conviction où il parle du “vivre ensemble”, ça ne mange pas de pain,même béni. Il se lance dans des métaphores à l’architecture hasardeuse : “les petits ruisseaux font les grandes rivières, chacun à son échelle”.

Kamel Kabtane a préparé une longue intervention. Il vante les mérites de l’Institut de Théologie Musulmane sous les lambris de la République. Malheureusement pour lui, il parle un peu loin du micro, personne n’arrive à suivre ce qu’il dit, on a l’impression d’entendre la radio dans la pièce d’à côté. Enfin la guest star prend la parole.

Du temps de sa splendeur, Chevènement  était le seul ministre qui s’auto-limogeait régulièrement. Aujourd’hui il fait dans le consensus. Bien que représentant la Fondation pour l’Islam de France, il est quasiment le seul à parler de laïcité. Il invoque les mânes de Jules Ferry et termine en priant pour des lendemains féconds. La photo de famille sera difficile à réussir avec une soixantaine de personnes à faire tenir sur le cliché. Puis tout le monde se retrouvera pour un verre de l’amitié qui a pris soin d’éliminer les nourritures ou boissons qui pourraient froisser des susceptibilités religieuses. Quant aux susceptibilités laïques, elles n’auront qu’à aller s’essuyer les pieds ailleurs.

 

Timéo Danaos

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