Les Petits Secrets d’Alexandra Bialy

Une pièce à sketchs drôle et touchante

 

Dans un coin,  une sorte de table de chevet en forme de caisson à roulettes comme on en trouve dans les bureaux de la Sécurité Sociale. Dessus : une carafe d’eau et un verre. Plus loin une pelle de terrassier plantée dans le sol. Une cage à oiseaux (vide) accrochée au plafond. Quand Alexandra Bialy arrive sous les applaudissements, elle porte un bouquet de fleurs dans ses mains, on dirait que le spectacle est déjà fini et qu’elle salue.

Blouson noir, jean noir, escarpins haut perchés, les cheveux savamment en bataille. Elle regarde le public “Vous n’imaginez pas le nombre de secrets qu’il y a dans cette salle”. Voilà la matière du spectacle : de vrais secrets “transmis de la bouche de vrais gens” et mis en sketchs. Entre chaque scène : un noir. Voilà une fashion-photographe aux prises avec une cliente qu’on soupçonne de ne pas correspondre aux critères de la mode en matière de taille mannequin. Ce n’est pas par méchanceté, mais elle ne peut pas s’empêcher de la maltraiter “Bon, viens par là, Père Dodu”. Mais la photographe est-elle vraiment ce qu’elle prétend être ?  

Noir. Contre-point, voilà une femme-entraîneur de rugby. Dans le vestiaire, elle harangue ses troupes avant le match. Elle sait tout sur tout le monde. Leurs petits défauts, leurs petites faiblesses, leurs petites lâchetés. Et la faiblesse, ce n’est vraiment pas son genre. Elle titille juste là où il faut pour faire réagir. De grands gaillards, ça ? Pfft! “La seule gonzesse dans ce vestiaire, ça devrait être moi”. Comment cette fille a-t-elle fait pour se retrouver entraîneur de rugby ? Noir. Une pédopsychiatre reçoit des clients accompagnés d’un enfant qui est, bien entendu, la huitième merveille du monde. Ouf ! Enfin une professionnelle ose dire aux parents que leur enfant n’est pas un surdoué hyperactif, mais qu’il est juste chiant et mal élevé ! Ca soulage.

Noir. On retrouve la femme d’Adam en train de s’embrouiller avec le taulier parce que son mec est vraiment une feignasse, ce n’est pas juste, tu parles d’un paradis terrestre ! Bon, elle arrivera à négocier des conditions de travail améliorées ce qui explique beaucoup de choses sur la situation actuelle des femmes.

Une dizaine de personnages, de secret en secret, jusqu’au secret final, celui du personnage principal. Car il ne s’agit pas simplement d’une succession de sketches mais d’une même histoire découpé en scénettes, ce qu’on découvre à la fin. Alexandra Bialy est étourdissante dans sa capacité à sauter d’un personnage à l’autre, d’un registre à l’autre, tour à tour percutante, agaçante, délirante, émouvante. Elle a eu la bonne idée de s’appuyer sur de vrais auteurs qui lui ont écrit des textes forts. Elle était à Gerson jusqu’au 21 octobre.Le spectacle reviendra sur d’autres scène lyonnaises. A ne pas manquer

 

Timeo Danaos

Alexandra Bialy : Petits Secrets. Ecrit par Jean-Rémi Chaize, Jacques Chambon, Gérémy Credeville, Jocelyn Flypo, Alex Ramirez, Jordan Topenas.

 

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