Cosmocomiques

Quand les astronautes s’embrouillent

Pour une fois qu’on peut s‘envoyer en l’air dans un café-théâtre sans que ça ne choque personne ! Et là, il s’agit d’une expérience intersidérale. Bob John est dans son fauteuil, prêt à décoller. On est en 2025 et il va être le premier à coloniser Mars. Le premier et le seul.  Héros absolu. Le seul ? Pas sûr, voilà qu’un personnage inattendu se trouve pris dans les mailles de l’histoire. Un grain de sable dans la tuyère. Jean-Philippe n’aurait jamais dû se trouver là. C’est le chef de la maintenance venu passer un dernier coup de chiffon avant le décollage. Il est narcoleptique. Il s’est endormi sur place et le bruit des réacteurs l’a réveillé. Trop tard, les portes sont verrouillées. Impossible de sortir. La terre tremble, boucan d’enfer, ca clignote de partout, la fusée quitte le sol. Du moins, on a cette impression.

Les deux arsouilles sont condamnées à voyager ensemble au moins jusqu’à la planète rouge.Un fort en gueule, arrogant, dominateur, ne supportant pas la moindre contrariété. Un malingre, chétif, paumé et discret qui s’endort pour un oui ou pour un non. Le duo est explosif, mais la situation ne permet pas l’exubérance. Le trajet dure sept mois et il va falloir tout partager. Les deux vont apprendre à se supporter et à se détester tout en même temps. Comme huis clos, on atteint une sorte de climax. Même Jean-Paul Sartre n’y avait pas pensé. L’enfer, c’est les autres et il est dans le cockpit.

Le pilote va tenter d’imposer sa loi, avant de s’apercevoir qu’il ne pilote rien du tout. D’aventure en aventure, la dream team va tenter le sauvetage d’un équipage russe et féminine sur un astéroïde abandonné. Sortie de la fusée....en plein milieu de la salle  Dans un noir quasi absolu, il vont sans le savoir côtoyer des aliens, les toucher presque. Le public met du temps à comprendre que c’est lui, les aliens. Bref, la situation échappe à tout contrôle. Vont-ils revenir sur terre un jour ? On est embarqué avec eux dans un very bad trip ; on les suit pas à pas en train d’alourdir leur karma.

François Mayet est déconcertant de fausse gentillesse. Sous son air naïf se cache le vrai cerveau de l’équipe et une capacité inépuisable à persécuter son compère. Bertrand Ducrocq joue les matamores avec l’assurance d’un coq de bruyère. Les deux acteurs sont également auteurs. Les effets spéciaux se limitent à des jeux de lumières stroboscopiques et à une bande son qui décolle la rétine des yeux, mais on est au théâtre, ça suffit largement pour entrer dans le jeu. Le choc des contraires est un de grands classiques de la comédie, mais l’univers de la science fiction loufoque est beaucoup plus rare. Dépaysement garanti. La mise en scène est de Cécile Mayet, l’autre moitié de la direction du Complexe du Rire. La pièce est une création locale, programmée par exemple, le mardi en découverte.

 

Timeo Danaos

Complexe du Rire,  7 Rue des Capucins, 69001 Lyon, Téléphone : 04 78 27 23 59

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