Un chien vaut mieux que deux tu l’auras

Camille Wehrlin et ses galères

On se demande si le chien sera là en vrai. Sur les affiches, le molosse blanc doit peser dans les quatre-vingt-dix kilos et semble avoir la force d’un buffle en train de tirer une locomotive. A supposer que ça serve à quelque chose. Il chante, le chien. On entend un concert de chansons de chien à l’ouverture du rideau. Mais il n’est pas là. Son maître oui. La trentaine un peu ébouriffée, petite cravate sobre, chemise de ville, il a l’air presque fréquentable. Ah ! Il raconte qu’il était batteur dans un groupe de rock avant. Ca n’arrange pas du tout son cas. Les batteurs ont la réputation d’être un peu secoués et pas forcément en rythme. Camille Werhlin n’aime pas les guitaristes, il attirent toute la lumière et comme la lumière attire les filles. Pire que les guitaristes ? Les chanteurs, c’est la même chose mais sans instrument. Bon, il a bifurqué vers une carrière d’humoriste “Mes idoles c’était Gad Elmaleh, Raymond Devos et Jean Lassalle” (Par bonheur il nous a épargné une carrière politique). “J’ai une qualité essentielle pour être un humoriste : une vie de merde”. Camille Wehrlin exagère, au moins, il se passe des choses dans sa vie. Trop, peut-être. En tous cas ça lui donne l’occasion de raconter ses galères, ses maladresses, ses séjours à l’hôpital avec un anesthésiste complètement perché et un infirmier mal dégrossi. Il a des théories sur tout, ça explique le monde. Comment le premier cheval a eu l’idée de se mettre à danser au risque de finir dans un cirque ?  Pourquoi le premier chirurgien était probablement portugais ?

Bien sûr, il y a des histoires de chien, car le molosse existe en vrai et sa femme (celle de Camille, pas celle du molosse) est justement comportementaliste animale (Elle parle comme Nabila). Malheureusement, ça ne marche pas avec les humains, d’après ce qu’on peut voir sur scène. Camille Wehrlin, c’est des histoires ordinaires poussées jusqu’à l’absurde, racontées, mise en scène, un formidable talent pour croquer les situations et les personnages.  La scène de la boite échangiste, qui tourne à la soirée de retrouvailles, quand il mime successivement tous les personnages en situation, on se demande si on est dans une chorégraphie de Kamel Ouali ou dans le plan de montage d’un meuble Ikéa, traduit en langage des signes. Camille Wehrlin vient de Paris et presque tout ce qu’il raconte est vrai. Ou mériterait de l’être. Il a retrouvé le théâtre après dix ans de galères professionnelles. Il a joué au Café Oscar, au Don Camilo, il a terminé finaliste du Kandidator 2016. A Lyon au moins jusqu’en mai. Et le chien? Il n’est pas venu. Mais sur la photo il a l’air de bien se marrer. Sans doute qu’il a le droit d’assister aux répétitions.

Timéo Danaos

 

Camille Wehrlin, "Chienne de Vie" Les Tontons Flingueurs 12 Rue Romarin, 69001 Lyon Téléphone : 06 29 85 51 50

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