Mon Cher Ami,

Depuis qu’il veille sur toutes les polices du Royaume, Choiseul ne ménage ni son temps, ni sa peine pour lutter contre les méchants Maures qui organisent  une nouvelle traite des nègres. Non content de batailler partout sur nos terres, il porte aussi le fer dans la lointaine Afrique, au-delà des déserts que seuls les chameliers aguerris s’aventurent à traverser. Il s’en revient ainsi de la belle ville d’Agadez où il a pu admirer la grande mosquée qui a pris sa forme générale actuelle au début du pénultième siècle. Elle se situe au nord-ouest de la vieille ville, juste à côté du Palais du sultan. Son minaret de 27 mètres a la forme d’une pyramide tronquée ; il est entièrement en terre crue et hérissé de pieux de bois servant d’échafaudage permanent. Dit de type soudanais, il est présenté comme le plus haut minaret entièrement fait de terre crue jamais construit. 

À Agadez, Choiseul a été cérémonieusement reçu par le très noble sultan de l’Air dont la famille règne sans partage depuis plus de trois siècles sur les tribus nomades touarègues qui se sont sédentarisées. Ce prince très craint et très respecté a offert une magnifique selle de chameau à l’ancien puissant lyonnais. Il imaginait probablement que Choiseul s’en allait retourner vers les rives de la Méditerranée en chevauchant cet étrange animal bossu. Notre ministre est sage ; en bon marin qu’il fut autrefois, il a finalement préféré voguer autrement, tout en conservant jalousement sa magnifique selle dont on imagine qu’elle ne va pas manquer de faire l’admiration de sa très jeune épouse.

Aux portes du désert, Choiseul a rencontré quelques malheureux africains qui ont cru les promesses que leur ont fait certains d’un monde meilleur. Le paradis annoncé ressemblait à un terrible enfer. Les habitants de ces contrées qui bordent la rive sud de la Méditerranée n’ont aucune pitié pour les malheureux africains au corps d’ébène. À Alger, à Tripoli, dans toutes ces villes ensoleillées, c’est le règne de la terreur et de l’esclavage. Tous ceux qui viennent des bords du Niger et des contrées situées au-delà de l’immense désert de sable sont traités comme des esclaves. Les femmes sont violées, les hommes battus, exploités et parfois purement et simplement tués quand leur famille n’a pas les moyens de payer leur rançon.

En entendant ces récits, Choiseul avait les larmes aux yeux. Il n’en est que plus déterminé à tout faire pour convaincre les africains qu’ils n’ont pas d’avenir dans notre Royaume et dans toute l’Europe.

Je vous embrasse comme je vous aime,

Vale

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