Casting impossible pour Francine

Un duo corrosif au Complexe du Rire

Deux chaises, une table, un guéridon haut avec une caméra braquée dessus; et dans un coin un bar d’appartement. On est dans un drôle de lieu. On entend au loin une voix qui chante comme une casserole ébréchée et une autre qui lui fait savoir que ça va bien comme ça, pas la peine d’aller plus loin. Ca doit être un casting. D’ailleurs il arrive, le producteur, la trentecinquaine, un physique à la Vincent Elbaz. Il se croit seul il commence à se mettre à l’aise. Mais pas du tout. Une petite créature chiffonnée pointe son nez, la cinquantaine bien confirmée, qu’est-ce que c’est ? Ben, elle vient pour l’audition, pour le spectacle de Blanche Neige. Et bien ce n’est pas possible, c’est trop tard. Mais ça va être possible quand même parce qu’elle tape l’incruste,qu’il n’y a pas moyen de s’en débarrasser et que tout part en quenouille.

Les voilà enfermés dans cette loge par un accident de serrure, obligés de se supporter, elle profitant lâchement de la situation pour faire étalage de tous ses talents pour tenter de le convaincre : star américaine, cagole marseillaise, racaille de banlieue “comment vous me hackez ma life ! “ Elle prend tous les accents et essaie tous le rôles. Mais non, rien ne lui convient à Franck, jamais content.  “Trop grande, trop petite, mais c’est le casting de la Vache-Qui-Rit !”

Car on ne s’en débarrasse pas comme ça, de Francine, elle a de la ressource. On la voit se pointer avec le costume officiel de la Reine de Blanche Neige, une reine un peu tassée, et puis qui fait plutôt penser à Dark Vador, on a dû passer dans la quatrième dimension.

Lui fait le beau gosse, arrogant, sûr de lui, abusant de son pouvoir, un producteur. Sauf que ça ne lui sert à rien, il est toujours coincé dans le théâtre.

On assiste à de très jolis retournements de situation où le persécuteur devient le persécuté et on ne sait plus qui fait marcher l’autre par le bout du nez.

Evelyne Cervera incarne une comédienne ratée avec un sens de la réussite étonnant. Elle zappe littéralement d’un registre à l’autre entre mime, prouesse vocale, incarnation énervante de Mistinguett et fonctionnaire inquiétante qui menace de travailler. Pascal Gimenez passe du coq de basse-cour au héros d’opérette, menteur, tricheur, hâbleur et finalement gaffeur comme un Gaston. Les deux personnages sont faits pour aller ensemble comme l’allumette et la poudre. Le public passe une très belle soirée à les voir s’esbigner. La pièce vient de se créer, elle se joue jusqu’au 5 mai au Complexe, ensuite...on verra bien.

 

Le Casting de Ma Vie, de Fabrice Blind, avec Evelyne Cervera et Pascal Gimenez.

Le Complexe du Rire, 7 rue des Capucins 69001 LYON, Tel 04 78 27 23 59.

 

Relance : “Trop grande, trop petite, mais c’est le casting de la Vache-Qui-Rit  !”

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