Mairie de Lyon : et si Kimelfeld saisissait la main tendue ?

En politique, il ne faut jamais dire jamais. Pour l’instant, rien ne semble plaider dans le sens d’une réconciliation Collomb-Kimelfeld. La proposition du premier de laisser finalement la Mairie de Lyon au second n’a pas, pour employer un euphémisme, provoqué un enthousiasme débordant. Mais qui sait ce que demain sera fait. Du coup, voilà que nous préférons jouer la prudence et ajouter un ultime chapitre à notre saga sur les possibles successeurs de Gérard Collomb à l’Hôtel de Ville.

Ainsi, après Fouziya Bouzerda, Thomas Rudigoz, Anne Brugnera et Guy Corazzol, Michel Le Faou, Karine Dognin-Sauze et Georges Képénékian, nous évoquons cette semaine l’éventualité d’une candidature de David Kimelfeld. Sur le papier, une telle hypothèse n’a rien d’absurde. Il ne faut pas oublier qu’il y a moins de trois ans -c’était lors de la traditionnelle visite des chantiers de la fin août- le scénario semblait bouclé. On était en pleine lune de miel. Gérard Collomb avait alors très officiellement intronisé Kimelfeld comme son dauphin à la Mairie de Lyon. Dans une interview accordée au Progrès, celui qui n’était pas encore ministre de l’Intérieur avait clairement annoncé la couleur, tressant des lauriers à celui dont il ne cessait de vanter les qualités :
« Je ferai un tandem avec David Kimelfeld pour les prochains Municipales. Si j’étais élu président de la Métropole, il pourrait être un excellent maire de Lyon ».

À l’époque, l’intéressé avait tranquillement rosi sous l’avalanche de compliments. Il n’avait bien évidemment pas boudé son plaisir quand Collomb avait ajouté à son propos :
« Si je suis élu président de la Métropole, il faut assurer que l’entente avec la Ville de Lyon soit bonne et je pense que David Kimelfeld est capable et a une vision stratégique. Je me reconnais en lui quand j’étais maire du 9e arrondissement ».

Difficile aujourd’hui de parler de bonne entente. Et même si réconciliation il y a, la guerre de ces six derniers mois aura laissé des traces qui risquent d’avoir des conséquences désastreuses le jour de l’élection.

Depuis qu’il préside la Métropole, Kimelfeld a choisi un positionnement politique nettement plus à gauche que son prédécesseur. Il saute sur toutes les occasions possibles pour se montrer accueillant envers les jeunes migrants isolés. Grand adepte du vélo en ville, il caresse les écologistes dans le sens du dérailleur en répondant « covoiturage et voie réservée aux transports en commun » quand on évoque devant lui l’Anneau des Sciences.

Voilà qui n’est probablement pas pour déplaire aux électeurs des 1er et 4e arrondissements face à une Nathalie Perrin-Gilbert dont les excès et le mauvais caractère risquent de décourager ceux qui lui ont fait confiance en 2014.

Pour mener une campagne municipale efficace, David Kimelfeld aurait impérativement besoin du soutien de Gérard Collomb. Là encore, une bonne dose d’imagination pourrait permettre de penser que les deux hommes finissent par jeter la rancune à la rivière et qu’ils fassent effectivement cause commune. S’il est incontestablement connu et apprécié à la Croix-Rousse dont il est maire depuis plus de sept ans, il n’en va pas de même dans les huit autres arrondissements de la ville. Il est vrai que du côté de la droite, le déficit de notoriété d’un Étienne Blanc et même d’un Pascal Blache est tout aussi réel.

On peut aussi penser que les socialistes, ou ce qu’il en reste, n’ont pas oublié que David Kimelfeld fut leur patron pendant plusieurs années en tant que premier fédéral. Même s’il a lui aussi abandonné le PS pour se jeter dans les bras de La République En Marche (LREM), il ne fait pas comme Collomb figure d’épouvantail auprès de ses anciens camarades.

Mais la médaille a un revers. David Kimelfeld aurait beaucoup plus de difficultés à séduire l’électorat centriste que Collomb a su habilement récupérer en débauchant quelques figures marquantes telles que Fouziya Bouzerda, Sophie Condemine, Blandine Reynaud et Thomas Rudigoz. Même si aujourd’hui l’ancien collaborateur d’Anne-Marie Comparini roule ouvertement pour Kimelfeld, chacun sait que son choix n’a rien de politique ; il relève d’abord de son opposition frontale avec Caroline Collomb. 

Enfin, une candidature de David Kimelfeld aurait bien du mal à passer auprès des proches de Gérard Collomb. Notamment de Richard Brumm et Roland Bernard qui, l’un et l’autre, ont dit tout le mal qu’ils pensent de celui qui a commis à leurs yeux un véritable crime en osant s’opposer à leur quasi Dieu vivant. Jusqu’à présent, Kimelfeld a joué le mépris en ne répondant même pas à leurs attaques. Reste que son inaction face à une mise en cause de son autorité donne l’impression d’un chef qui manque quelque peu d’autorité.

Cyrille Civoi-Desgea

Une pensée sur “Mairie de Lyon : et si Kimelfeld saisissait la main tendue ?

Laisser un commentaire