Impossible sondage !

Le dernier sondage d’Opinion Way sur les élections municipales et métropolitaines a fait le tour de la presse lyonnaise. Est-ce bien raisonnable ?

On a compris avec Bourdieu que les sondages ne “mesurent” pas , l’opinion publique, ils la construisent. Ce qu’on appelle “opinion publique”, c’est ce qui est construit par les sondages et leur médiatisation. Le sondage d’Opinion Way a donc construit une réalité, à nous de la déconstruire. 

L’échantillon interrogé à Lyon est de 405 personnes. A ce niveau-là, la marge d’erreur est de 4% en plus ou en moins. Enorme. Ce qui veut dire que les trois premiers scores : Doucet (22%), Brugnera (22%) et Blanc (18%) se situent exactement dans le même fourchette. Plus ennuyeux, deux biais introduits dans les questions : Brugnera est affublée du sigle LREM (or elle n’a jamais été investie par le parti présidentiel) et Képénékian est affublé du sigle “Sans Etiquette”, alors qu’il réclame l’investiture LREM. Difficile de penser que c’est sans influence.

L’échantillon interrogé à la métropole est de 813 personnes. La marge d’erreur est environ 3% en plus ou en moins. Ca ne change pas grand chose pour Collomb mais beaucoup pour les quatre suivants qui sont tous à portée les uns des autres. Plus grave : l’échantillon. Tel qu’il est constitué, il n’y a aucune chance qu’il soit représentatif des quatorze circonscriptions où vont se dérouler les élections. C’est donc avant tout le poids de Lyon et de Villeurbanne qu’on mesure. Pour être rigoureux méthodologiquement il aurait fallu un échantillon de 1000 personnes dans chacune des 14 circonscriptions. A 1000 euros environ la question, personne n’a les moyens de s’offrir ça.

Il y a les questions qu’on pose et celles qu’on ne pose pas. Le sondage ne mesure pas l’importance d’un vote anti-Collomb qui semble se dessiner pourtant dans une partie de l’électorat. Il fait l’impasse sur les enjeux politiques de la campagne, les programmes ne sont pas encore finalisés, mais nul doute qu’ils vont peser lourd dans la décision des électeurs. Il absout les territoires, or les logiques locales seront un des déterminants, bien au delà des étendards politiques, notamment dans l’est et dans l’ouest. On votera sans doute pour des candidats connus localement, capables de représenter le territoire.

Ce sondage a le mérite d’exister et d’être le premier. Mais toutes ces imperfections devraient inciter à l’analyser avec une extrême prudence. Ceux qui croient à son caractère prédictif alors que la campagne n’a pas vraiment commencé risquent d’avoir des surprises. 

Docteur Com’

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