Gégé Lapin, le bonheur et l’ambition

Bernard Soupre joue les La Fontaine moderne avec cette fable d’actualité

Notre Gégé Lapin régnait sur ses sujets,

En toute tranquillité, depuis tellement d’années.

Mais la sirène CIRCE toujours le tourmentait,

Attiré par les ors au sommet du royaume.

Mais comment terrasser lions et éléphants

Croquant et piétinant sans licences ni tourments ?

Alors Gégé Lapin, rusé et malicieux

Confia son expérience et toute sa clairvoyance

À ce Jeunot Lapin, intelligent, fougueux,

Pétri de certitude, étincelles dans les yeux,

Pour gagner par surprise le trône convoité,

Et renvoyant, penauds, les vaincus dans l’errance.

Ainsi, Jeunot Lapin étreignit son mentor,

Et lui confia enfin les clés de son trésor,

Un Ministère d’État, le pouvoir, les honneurs,

Et not’ Gégé Lapin ne cache pas son bonheur.

Mais après quelques mois, comme un amant lassé,

Ses rêves le ramènent à ses premières amours :

« Où êtes-vous gratins, quenelles de brochets,

Poulardes de Bresse, et pots de Beaujolais,

Vont-ils me pardonner de les avoir quittés ? »

Il leur promit de leur consacrer ses journées

Et reprit son fauteuil bien chaudement gardé.

Alors Gégé Lapin comprit qu’à son grand âge,

Bonheur et Ambition ne font pas bon ménage.