La Ministre veut-elle torpiller l’IDEX de Lyon ?

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Dans un courrier adressé le 4 juin dernier à l’administrateur provisoire de l’Université de Lyon, la ministre de l’Enseignement Supérieur  impose de telles conditions pour la fusion des universités de Lyon et Saint-Etienne qu’on se demande si elle ne cherche pas à faire capoter le projet. Il faut dire qu’il a du plomb dans l’aile. Il a même plus de plomb que de plumes.

Les statuts qui devaient régir la nouvelle université intégrée (IDEX), composée de Lyon 1, Lyon 3, Saint Etienne et  l’ENS ont été retoqués une première fois par le jury en décembre au motif qu’ils n’étaient pas assez “intégrés”. En février le président Khaled Bouabdallah, chef suprême de la future université était chaleureusement exfiltré vers l’Occitanie et remplacé par un administrateur provisoire. Après des élections annulées, l’Université Lyon 1 se retrouvait sans tête, gouvernée elle aussi par un administrateur provisoire. De même à Lyon 3 où les élections n’ont pas pu se tenir. Toutes ces instances aussi provisoires que peu légitimes auraient bien profité de la crise du coronavirus pour faire voter les maudits statuts en loudecé, mais le ministère avait fait savoir en mai qu’ils n’avaient le droit que d’expédier les affaires courantes (l’eau, le gaz, l’électricité). Nouveau courrier de la ministre, cette fois tout ce qu’il y a d’officiel, le 4 juin dernier. Et le moins qu’on puisse dire est qu’elle remet les pendules à l’heure. Elle impose un calendrier draconien : vote sur les statuts en septembre pour les universités qui ont des instances en état de fonctionner ; élections avant novembre et vote avant décembre pour les autres. Assortis d’une menace presque aimable : on ne change rien au projet et s’il y en a un seul qui vote contre, on annule tout. En langage ministériel, ça donne : “Si une des instances nouvellement élues devait refuser de les adopter, l’Etat mettrait un terme au projet IDEX”. Or entretemps, non seulement des conseils d’administration universitaires nouveaux siègeront, mais ils comporteront de nouveaux membres au titre de personnalités extérieures, suite aux élections municipales. Compte tenu des pressions qui s’exercent à Saint Etienne par le maire Gaël Perdriau et par le député Régis Juanico, à Lyon 3 par la fac de droit, et à l’ENS notamment par les étudiants, on n’est pas à l’abri d’un vote contre. Or, il suffit d’un seul domino. De la part de la ministre, ce courrier sonne comme un ultimatum. Le dernier signe qu’elle enverra. Et sans doute le chant du signe, car il y a peu de chances que Frédérique Vidal soit encore ministre de l’enseignement supérieur à la prochaine rentrée. 

Pierre Gandonnière

Lire ici le courrier de la ministre

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