Votez contre !

Tous les groupes humains, même fondés sur rien, développent un discours sur lequel ils fondent leur cohésion. Ce discours repose toujours sur les mêmes bases : 1. les autres, ceux de l’extérieur, sont mauvais 2. Nous sommes les bons, les good guys, ceux qui ont raison quand les autres ont tort. Cela rend évidemment tout débat impossible, mais une élection n’est pas un débat, c’est un combat. Ainsi parmi les adversaires de Collomb on développe l’idée qu’il est fini, ringard, dépassé et que l’avenir est de leur côté. Dans le camp de Collomb, que tous les autres sont des traîtres et qu’on incarne la fidélité (même quand on change d’avis). On note au passage que ceux qui avaient tous les défauts parce qu’ils sont restés vingt ans dans l’opposition sont soudainement parés de toutes les vertus depuis qu’ils ont changé de camp. Du côté du front anti-écolo on essaie d’affirmer que les écolos c’est nous et pas les écologistes qui seraient de dangereux extrémistes. Ce qui aboutit à des paradoxes difficilement tenables. Bruno Bernard est un dangereux extrémiste avec qui il est impossible de s’entendre à la métropole. Mais il est quelqu’un de tout à fait raisonnable avec qui il a été facile de trouver un accord à Villeurbanne où il est candidat. Le jeu des alliances opportunistes, d’une commune à l’autre, d’une circonscription métropolitaine à l’autre,  fait qu’on est adversaires ici mais partenaires là, il montre suffisamment à quel point ce sont de pures postures rhétoriques. La position N°2 “nous sommes les bons” devrait permettre d’affirmer en quoi on se distingue des autres positivement. Elle se traduit souvent par des formules du type “nous sommes les seuls qui…” Qui quoi ? Sur l’Anneau des Sciences par exemple. Tout le monde était contre. Sauf le camp Collomb qui était pour. Puis il est devenu contre pour rejoindre François-Noël Buffet. Puis il est redevenu pour mais pas trop, enfin pas maintenant, bref on ne sait plus. La plupart des autres éléments de programme des uns et des autres ne sont pas incompatibles entre eux, c’est juste affaire de nuances. Le seul moyen de se différencier c’est donc d’attaquer. Pas sûr que ce type d’arguments mobilise les électeurs. 

Pierre Gandonnière