Le syndrome de Tex Avery


Dans nos cartoons préférés, le coyote monte des pièges extravagants pour coincer Bip Bip, et à chaque fois c’est lui qui tombe dedans. Il se passe la même chose en politique. En 1997, Chirac dissout l’Assemblée Nationale, convaincu de gagner les législatives avec 100 sièges d’avance. Il les perd. En 2002, Jospin inverse le calendrier électoral, certain qu’après avoir gagné la présidentielle, il emportera les législatives. Il est éliminé au premier tour. En 2015, Collomb monte une collectivité locale sur mesure avec un mode de scrutin aux petits oignons qui lui permettra d’être réélu et de gouverner les mains libres dès 2020. Nous y sommes. La question est : comment construit-on le récit qui mène à l’échec ? Depuis plusieurs années, Collomb use d’une rhétorique qu’il présente comme le moteur de sa réussite. Elle dit : « les berges du Rhône, si j’avais écouté tout le monde » ou bien « la confluence au début personne n’y croyait ». Bref : j’avais raison seul contre tous. Il construit un récit auquel il finit par croire. Et qui glisse doucement vers l’abîme. Pour que le récit se maintienne il faut empêcher qu’il soit contredit, on va éliminer progressivement toutes les voix discordantes, parmi ses alliés, puis dans son propre camp, puis parmi les collaborateurs, puis parmi ses plus anciens amis. Jusqu’à se retrouver tout seul entouré de Yes Men. Et la dernière mutation se fait. On passe de « je n’écoute pas mais j’ai raison » à « je n’écoute pas mais j’ai tort ». Les alertes des amis, les mauvais sondages, les réactions de la population, aucune information n’arrive plus à percer la carapace. Le piège est prêt, il ne reste plus qu’à tomber dedans : chaque attaque du camp Collomb renforce ses principaux adversaires. C’est lui qui construit méthodiquement le cauchemar vert avec des caricatures, des excès de langage, des fake news. Non seulement ça ne marche pas mais ça produit l’effet inverse, ce type d’argument discrédite plus celui qui le prononce que celui à qui il s’adresse. Et le cauchemar se réalise. En l’ayant si bien décrit, Collomb a confirmé que c’était possible. C’est l’histoire d’un homme qui s’enferme petit à petit dans sa propre prédiction autoréalisatrice. Et ce qu’il redoute le plus se produit.
P.G.