Deux canailles s’offrent le Petit bouchon

Au Petit bouchon-Chez Georges change de mains… mais reste un authentique bouchon lyonnais


Après treize années à trimer dès potron-minet et jusqu’à minuit, le sapeur Marc Gorgette rend son tablier. Au Petit bouchon-Chez Georges, on ne verra plus sa bonne bouille, petit sourire en coin dans les bons jours, se pointer en salle avec un plateau de cochonnailles fumantes : « J’avais envie de me poser mais je ne voulais pas vendre à des gens qui auraient tout changé. Je pars sans regret car je connais mes successeurs, je sais qu’ils vont respecter l’esprit bouchon ». Romain Camous et Nicolas Raminet, déjà proprios de Vieille canaille, dans le 7e, ont mené deux transactions de front. La reprise du Petit bouchon-Chez Georges et la vente d’un commerce de vins à Régis Marcon, à Saint-Bonnet-le-froid. Tout aurait dû se conclure au printemps. Mais les banquiers se sont faits tracassiers pour cause de corona. Finalement, la bienveillance de Régis Marcon a permis que la transaction soit finalisée au mercato d’été. Voilà comment deux quadras canailles ont investi ce bouchon authentiquement lyonnais depuis 1960.
Les deux compères n’ont pas touché à la déco, à un détail près, un long miroir apportant une profondeur bienvenue. Simplifiée, la carte conserve les classiques : le célèbre œuf cocotte au saint-marcellin (création de Marc Gorgette), le hareng pomme à l’huile, le gâteau de foies de volaille, la quenelle de brochet, le saucisson chaud sauce morgon, le baba au rhum maison… La grande nouveauté est un bifteack beurre noisette et ail en chemise. On a succombé à deux terrines maison fort goûteuses : l’une de foies de volaille et pistache, l’autre de langue de veau avec sa gelée escortée d’une dispensable cervelle de canut. Grâce à un secret de cuisine hérité de Marc Gorgette, le tablier de sapeur offre un mœlleux que bien des cuistots lyonnais, même chevronnés, sont en peine de lui donner. Seule critique adressée au chef Éric : l’excès d’acidité du gratin d’andouillette (trop de moutarde, trop de vin blanc ?). Il va corriger le tir, c’est promis. Fin des agapes avec une autre spécialité maison, les pruneaux au vin rouge, glace vanille.
La carte des vins s’est enrichie, Romain Camous et Nicolas Raminet devenant les clients du commerce qu’ils ont vendu à Régis Marcon. Avec la virevoltante Sarah en salle, bien dans l’esprit maison elle aussi, voilà un bouchon qui reste entre gens de qualité et de bonne compagnie.

Harry Covert

Au Petit bouchon-Chez Georges
Menu unique 24-27 € à midi, 29-33 € le soir. Du lundi au vendredi. Mâchon tous les jours à partir de 9h. 8, rue du Garet (1er). Tél. : 04 78 28 30 46.